Affaire Zapatero : bijoux, agendas secrets et 16 millions d'euros détournés du sauvetage de Plus Ultra vers un réseau de trafic d'or
L'enquête judiciaire se resserre autour de l'ancien Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, la police ayant saisi bijoux et agendas dans son bureau et retracé des millions provenant du sauvetage de la compagnie aérienne Plus Ultra vers des comptes opaques liés à un réseau de trafic d'or.
La situation judiciaire de l'ancien Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero s'est considérablement aggravée après la publication d'un résumé judiciaire. L'enquête, menée par le juge de l'Audience nationale José Luis Calama, a mis au jour un réseau complexe de trafic d'influence présumé, de blanchiment d'argent et de détournement de fonds publics provenant du sauvetage de la compagnie aérienne Plus Ultra en 2021.
La perquisition du bureau et les biens saisis
Lors d'une perquisition policière au bureau de Zapatero, rue Ferraz à Madrid, des agents de l'Unité de délinquance économique et financière (UDEF) ont saisi une trentaine de bijoux dans un coffre-fort. Les objets comprenaient des boucles d'oreilles en or, des bracelets, des bagues, plusieurs montres dont une Omega, et un pendentif avec le chiffre 13, le tout trouvé dans un sac marqué « Présidence du gouvernement ». Sa secrétaire, Gertrudis Alcaraz, également mise en examen, a d'abord refusé de remettre les clés, affirmant que les bijoux appartenaient à l'épouse de Zapatero, Sonsoles Espinosa, dans le cadre d'un héritage. Des experts consultés par 20minutos estiment que certaines pièces, notamment des diadèmes et pendentifs avec des pierres sombres, pourraient être « d'origine arabe » et valoir entre 50 000 et 150 000 euros, bien qu'une évaluation complète soit en attente.
Ce ne sont pas des pièces de haute joaillerie, ce sont des pièces de stock d'une bijouterie correcte mais standard.
Au-delà des bijoux, les enquêteurs considèrent les deux douzaines d'agendas, disques durs et clés USB saisis comme ayant une valeur probante bien plus grande. L'UDEF décrit le bureau non pas comme un simple espace administratif mais comme un « noyau d'émission d'instructions » canalisé via le compte de messagerie 'presidentezapatero'. Un deuxième centre opérationnel a été identifié au domicile privé de Zapatero, prétendument utilisé pour des « transactions sensibles et la réception d'envois » afin de maintenir l'opacité.
La piste de l'argent de Plus Ultra
L'enquête se concentre sur le sauvetage public de 53 millions d'euros accordé à Plus Ultra le 9 mars 2021. Le juge Calama soupçonne qu'une partie de cet argent a été « immédiatement » transférée vers des comptes bancaires opaques de sociétés écrans impliquées dans la vente d'or d'origine inconnue. Au total, 16 millions d'euros auraient été détournés vers un réseau de blanchiment d'argent « transnational ». La première tranche de 19 millions d'euros a été décaissée le 18 mars 2021, et 5,92 millions ont commencé à affluer vers des sociétés étrangères le même jour. 10 millions supplémentaires ont été détournés après la deuxième tranche le 10 août 2021.
- Début présumé de la planification avec des contacts aux niveaux gouvernemental et d'influence.
- Le Conseil des ministres approuve le sauvetage de 53 millions d'euros pour Plus Ultra.
- Première tranche de 19 millions d'euros décaissée ; 5,92 millions immédiatement détournés à l'étranger.
- Deuxième tranche décaissée ; 10 millions d'euros supplémentaires détournés.
- Le fisc suisse alerte l'Espagne sur les transactions de Plus Ultra avec Allpa Wira Trading, liée à l'or.
- Le juge Calama émet un mandat d'arrêt contre l'actionnaire de Plus Ultra, Rodolfo Reyes.
- Zapatero doit témoigner devant le juge Calama.
Les fonds ont été retracés jusqu'à des sociétés instrumentales, notamment Valerian Corporation SA, Allpa Wira Trading AG et Wailea Investment LTD, avec des transferts vers des comptes bancaires à Gibraltar, en Suisse, au Monténégro, au Royaume-Uni et à Maurice. Les procureurs suisses avaient alerté l'Espagne en 2024 au sujet des transactions de Plus Ultra avec Allpa Wira Trading, une société appartenant à l'homme d'affaires Simon Verhoeven, soupçonnée d'être impliquée dans le trafic d'or.
La planification de ces événements a commencé en mars 2020, lorsqu'une ligne de contacts au niveau gouvernemental et une autre à un niveau d'influence moins exposé publiquement ont été activées.
Le labyrinthe d'entreprises et l'implication familiale
Le juge Calama a identifié un réseau de 39 sociétés gérées par Julio Martínez Martínez, un proche associé de Zapatero. Ces entités, dont Caletón, Summer Wind et Afitta, sont accusées de simuler une activité par le biais de fausses factures et de contrats pour justifier des paiements. Le rapport de l'UDEF allègue que les filles de Zapatero, Laura et Alba, ont joué un rôle important via leur société, Whathefav, en émettant des fausses factures ad hoc pour fournir une couverture formelle aux mouvements financiers. La police considère Whathefav comme un « élément finaliste » et un « centre de distribution des flux économiques » au sein du système. Fait crucial, Zapatero était un signataire autorisé sur les comptes bancaires de ses filles où ces fonds étaient déposés.
Répercussions politiques
Les révélations ont provoqué une onde de choc dans la politique espagnole. Le Parti populaire (PP) conservateur a choisi d'attendre que les alliés parlementaires du gouvernement « deviennent nerveux » plutôt que de déposer immédiatement une motion de censure. Le président du PNV, Aitor Esteban, a suggéré à Pedro Sánchez de convoquer des élections anticipées, déclarant qu'il serait « très difficile d'achever la législature ». Le porte-parole du PP, Borja Sémper, a exigé des actes, affirmant que « les mots seuls ne suffisent pas ». Le scandale est considéré comme un coup sévère porté à la crédibilité morale du Parti socialiste, les analystes se demandant si le gouvernement peut survivre jusqu'à la date prévue des élections de 2027.


