
Le Venezuela notifie officiellement l'ONU de son retrait de la Cour pénale internationale, invoquant un « biais géographique » contre l'Amérique latine et l'Afrique
Le ministre des Affaires étrangères Félix Plasencia a déclaré que la décision est « ferme et irrévocable », et que le retrait prendra effet un an après la notification en vertu de l'article 127 du Statut de Rome.
Notification formelle aux Nations Unies
Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Félix Plasencia a annoncé le 24 juillet 2026 que le gouvernement, agissant sur ordre de la présidente par intérim Delcy Rodríguez, avait officiellement notifié au secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, sa décision « ferme et irrévocable » de dénoncer le Statut de Rome et de se retirer de la Cour pénale internationale. Cette démarche invoque l'article 127 du traité, ce qui signifie que le retrait prendra effet un an après la réception de la notification. Plasencia a soutenu que la CPI fait preuve d'un « biais géographique » en concentrant ses travaux de manière disproportionnée sur les pays africains et latino-américains, un schéma qui, selon lui, « révèle une justice internationale qui a été instrumentalisée pour approfondir les inégalités entre les peuples et nier leur droit à l'autodétermination et à la souveraineté. » Caracas accuse en outre la Cour de « lawfare » (guerre juridique) qui perpétue la persécution contre le peuple vénézuélien et sert des intérêts étrangers à la justice.
Ce biais n'est pas une simple coïncidence procédurale, mais le reflet d'une institution qui a mis ses mécanismes au service d'intérêts étrangers à la justice et aux peuples qu'elle prétend protéger.
Une enquête active pour crimes contre l'humanité
La CPI enquête depuis 2021 sur des crimes présumés contre l'humanité au Venezuela, en se concentrant sur les événements des manifestations anti-gouvernementales de 2017 qui ont fait environ 200 morts. L'enquête couvre également la torture, les détentions arbitraires, les disparitions forcées et les violences sexuelles commises sous le gouvernement du président déchu Nicolás Maduro. Selon El País, plus de 8 000 victimes de persécution politique ont soumis des témoignages à la Cour. Les tensions se sont accrues en décembre 2025 lorsque le parlement contrôlé par le chavisme a voté à l'unanimité une loi abrogeant l'adhésion du Venezuela au Statut de Rome, peu après que la CPI a annoncé la fermeture de son bureau de Caracas le 1er décembre en raison d'un manque de « progrès réels » dans la coopération avec les autorités. La CPI a déclaré dans un communiqué qu'elle n'avait pas encore été officiellement informée du retrait mais a regretté que le Venezuela souhaite « se départir de l'effort collectif visant à mettre fin à l'impunité pour les crimes internationaux les plus graves. »
Caracas et Washington s'alignent contre la Cour
La décision vénézuélienne est intervenue deux jours après que le secrétaire d'État américain Marco Rubio a publié un article dans le Wall Street Journal déclarant l'intention de Washington de démanteler la CPI « brique par brique si nécessaire. » Rubio a écrit : « en utilisant tous les outils à la disposition de notre gouvernement, en travaillant main dans la main avec tous les alliés que nous pouvons rassembler, nous démantèlerons la CPI. » Les analystes cités par El País notent que les deux gouvernements partagent une volonté d'impunité : Caracas pour un long passé de persécution politique contre les opposants, et Washington pour les opérations militaires en Iran, à Gaza et dans les eaux des Caraïbes où les bombardements antidrogue ont incité la vice-présidente de l'époque, Delcy Rodríguez, à réclamer des enquêtes de la CPI pour exécutions extrajudiciaires. Cet alignement reflète une poussée plus large visant à saper la cour internationale permanente.
Ce n'est que le début. En utilisant tous les outils à la disposition de notre gouvernement, en travaillant main dans la main avec tous les alliés que nous pouvons rassembler, nous démantèlerons la CPI.
La suite
En vertu de l'article 127, le Venezuela reste soumis au Statut de Rome jusqu'au 24 juillet 2027, et la CPI a déjà jugé que les enquêtes en cours ne sont pas affectées par les retraits. L'enquête ouverte de la Cour sur les abus de l'ère Maduro se poursuit depuis La Haye. Le même jour que l'annonce du Venezuela, l'Assemblée de la CPI a révoqué le procureur Karim Khan, qui supervisait le dossier vénézuélien, pour des accusations d'agression sexuelle. La sortie du Venezuela s'ajoute à un petit groupe d'États ayant quitté la Cour depuis sa création en 2002 et reflète la pression croissante sur la justice pénale internationale.
- La CPI ferme son bureau de Caracas, invoquant un manque de progrès réels dans la coopération.
- Le parlement vénézuélien adopte à l'unanimité une loi abrogeant l'adhésion au Statut de Rome.
- Le ministre des Affaires étrangères Plasencia notifie officiellement l'ONU de la décision de retrait.
- Le retrait prend effet en vertu de l'article 127 ; l'enquête de la CPI se poursuit.


