Attal dépose une plainte pour désinformation russe alors que trois candidats à la présidentielle française sont ciblés par des deepfakes
L'ancien Premier ministre français Gabriel Attal a déposé une plainte en justice à Paris vendredi soir pour ingérence étrangère de la part de réseaux russes, après que des deepfakes et des contenus médiatiques falsifiés l'ont ciblé, lui et deux autres candidats potentiels à la présidentielle, à huit mois de l'élection française de 2027.
La plainte d'Attal et la chronologie
Gabriel Attal, ancien Premier ministre et leader du parti Renaissance, a déposé une plainte en justice à Paris vendredi soir dénonçant « des actes d'ingérence étrangère, de manipulation de l'information, de fabrication de contenus falsifiés » susceptibles de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation et à l'intégrité de la prochaine élection présidentielle. Ses avocats, Sacha Ghozlan et Lucas Veil, ont déclaré à l'AFP que les autorités de l'État ont d'abord alerté Attal mercredi sur une « ingérence numérique externe » provenant de Russie, puis l'ont informé vendredi d'une nouvelle opération d'ingérence survenue jeudi, « à nouveau en provenance de réseaux russes ». Attal a été alerté par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et son unité Viginum, qui surveille les ingérences numériques étrangères.
- Le site frauduleux blastinfo.fr devient actif, typosquatting du site authentique de Blast, blast-info.fr
- Blast déclare sur X que 181 de ses pages ont été copiées à l'identique pour héberger un seul article falsifié
- Les autorités de l'État alertent Attal d'une « ingérence numérique externe » en provenance de Russie (mercredi)
- Nouvelle opération d'ingérence détectée ; Attal met en garde sur RTL radio (jeudi)
- Attal dépose une plainte en justice à Paris vendredi soir
- Les avocats Ghozlan et Veil publient une déclaration à l'AFP (samedi)
Contenus falsifiés et usurpation d'identité
Selon les avocats d'Attal, plusieurs comptes sur X, certains se faisant passer pour des médias français et internationaux, ont diffusé de faux reportages vidéo, de fausses une de journaux et des contenus imitant les logos et les chartes graphiques d'organisations médiatiques. Ces documents attribuaient de fausses déclarations, actions et positions publiques à Attal et à ses collaborateurs « destinés à le discréditer en tant que candidat ». Attal y était présenté comme potentiellement atteint de la maladie de Parkinson. Les avocats ont également identifié des documents conçus pour « semer la confusion sur l'origine des deepfakes » en donnant l'impression qu'Attal avait « lui-même orchestré la désinformation le ciblant ». L'intelligence artificielle a été utilisée comme outil pour produire ces contenus falsifiés, selon le radiodiffuseur allemand N-tv.
Trois candidats ciblés
En l'espace de quelques jours, une série d'opérations de déstabilisation attribuées à des réseaux prorusses ont ciblé trois candidats déclarés ou potentiels à la présidentielle. Le candidat centriste Édouard Philippe (Horizons) a fait l'objet de fausses allégations sur sa santé. L'eurodéputé de gauche et critique du Kremlin Raphaël Glucksmann a été ciblé via sa compagne, la journaliste Léa Salamé. Une vidéo falsifiée alléguait que Salamé avait offert 50 000 euros aux rédactions de Libération, Le Monde, Marianne et Mediapart pour une couverture favorable à la campagne de son compagnon. La vidéo dirigeait les internautes vers un site à l'adresse blastinfo.fr, un typosquatting du site authentique de Blast, blast-info.fr (avec un trait d'union). Les données d'enregistrement montrent que le site d'imitation était actif depuis le 24 juillet 2026, et Blast a déclaré sur X le 1er août que 181 de ses pages avaient été copiées à l'identique pour héberger un seul article falsifié. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour déterminer si Glucksmann a été la cible d'une campagne de déstabilisation. N-tv a rapporté que ces opérations visaient à favoriser la candidate populiste de droite Marine Le Pen.
Portée et visibilité
Une source sécuritaire citée par l'AFP a décrit ces opérations comme ayant une visibilité « relativement faible » auprès du public français, et l'entourage d'Attal a indiqué que l'action contre lui n'avait généré que quelques milliers de vues. Cependant, un décompte partiel des Observateurs de France 24 a montré que la vidéo avait été partagée depuis 14 pays ou territoires pour environ un million de vues, principalement par des comptes s'adressant à un public étranger plutôt que français. Parmi eux figuraient des profils pro-MAGA opérés depuis le Nigéria, des comptes prorusses signalés par Debunk.org, et des comptes soutenant l'Alliance des États du Sahel.
Mises en garde et prochaines étapes
Attal a mis en garde jeudi sur RTL radio en déclarant que l'élection pourrait être compromise si aucune mesure de protection n'était prise.
Si nous ne faisons rien pour nous protéger, l'élection pourrait être truquée.
Il a accusé la Russie de vouloir « voler cette élection au peuple français ». Glucksmann a écrit que les services de sécurité russes avaient commencé leurs opérations pour déstabiliser la campagne électorale de 2027. Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a rapporté qu'une nouvelle loi visait à ralentir ces opérations de trolls, et que des demandes avaient émergé pour fermer la plateforme X d'Elon Musk en France avant le vote de 2027. Le premier tour de l'élection présidentielle est prévu en avril 2027, dans huit mois.


