
Tomac affirme qu'un État de droit fort ne craint pas la liberté d'expression, après que des juges roumains ont dénoncé la subordination politique
Eugen Tomac, le Premier ministre désigné de la Roumanie, a déclaré qu'un État de droit fort ne craint pas les questions de la presse et des ONG, après que le conseil des juges du pays a dénoncé une « attaque sans précédent » contre l'indépendance judiciaire.
Rapport du CSM : les juges dénoncent la subordination politique
La section des juges du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) de Roumanie a publié un document de 76 pages détaillant ce qu'elle a appelé une « attaque sans précédent » contre l'indépendance judiciaire. Selon le CSM, les 239 tribunaux – y compris les tribunaux inférieurs, les tribunaux et les cours d'appel – ont tenu des assemblées générales de juges plus tôt dans la semaine. Le vote a montré que 98,6 % des juges présents, représentant 84 % de l'ensemble des juges en activité, ont dénoncé la « dégradation constante de l'État de droit en Roumanie par la tentative soutenue de subordonner le pouvoir judiciaire au pouvoir politique ».
Le document rendu public énumère des personnalités politiques, des organisations non gouvernementales et des articles de presse que la section considère comme faisant partie d'une campagne de dénigrement et d'« actions de harcèlement » contre les juges et la présidente de la Haute Cour de cassation et de justice, Lia Savonea. La déclaration du CSM a indiqué que le dénigrement « ne visait pas à améliorer l'acte de justice mais avait pour effet de promouvoir des changements imposés concernant les règles et les personnes occupant des postes clés », et a décrit des « manifestations explicites d'hostilité » de la part de représentants du facteur politique.
Les actions de dénigrement ne visaient pas à améliorer l'acte de justice mais avaient pour effet de promouvoir des changements imposés concernant les règles et les personnes occupant des postes clés.
Réponse de Tomac : équilibrer indépendance et liberté d'expression
Le Premier ministre désigné Eugen Tomac, s'exprimant jeudi sur RFI Roumanie, a reconnu l'autonomie constitutionnelle du CSM et son droit d'exprimer sa position. Il n'a pas directement contesté le rapport mais a insisté sur le fait qu'une démocratie mature exige la garantie de la liberté d'expression parallèlement à une justice indépendante. « Un État de droit fort ne craint pas les questions de la presse ou des ONG », a déclaré Tomac, soulignant que des institutions étatiques efficaces et un système judiciaire indépendant fonctionnent mieux lorsqu'ils sont soumis au contrôle public.
Je crois qu'un État de droit fort ne craint pas les questions de la presse, des ONG, et évidemment je respecte l'autonomie constitutionnelle du CSM et c'est le droit de cette institution d'exprimer sa position.
Tomac a ajouté que « du point de vue du jeu démocratique, il est essentiel de garantir la liberté d'expression, tout comme nous devons respecter l'indépendance de la justice », et que ce n'est qu'à cette condition que les citoyens auront une plus grande confiance dans la société et dans les valeurs qui définissent la Roumanie aujourd'hui. Il a déclaré qu'une démocratie solide ne peut exister sans un État de droit fort et a exprimé le souhait que le futur gouvernement agisse avec plus de fermeté, de transparence et d'intégrité dans la défense des institutions.
Appel au dialogue au milieu de la controverse
Interrogé sur le fait qu'il était préoccupé par la position sans précédent du CSM et ce que certains observateurs ont décrit comme une « liste noire des ennemis de la justice », Tomac a refusé d'en dire plus. Il s'est limité à réitérer qu'un État de droit fort ne craint pas la liberté d'expression et a souligné la nécessité d'un dialogue constant. « Nous avons besoin d'un dialogue constant, d'une approche ouverte, car dans une société démocratique ouverte, la clé est le dialogue et non ces approches extrêmement compliquées, qui peuvent malheureusement produire des effets que personne ne souhaite », a-t-il déclaré.
La Roumanie a encore besoin d'un système judiciaire indépendant et de la garantie de la liberté d'expression.
Cet échange intervient à un moment sensible pour la gouvernance de la Roumanie, alors que Tomac s'apprête à former un gouvernement tandis que la justice signale un profond malaise face aux pressions politiques. Le CSM a indiqué qu'il informerait les organismes internationaux de la tentative présumée de subordination.


