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Conflits·-2 h

Au Sénégal, la réélection de Sonko à la tête du Pastef creuse le fossé avec le président Faye et aggrave la crise politique

Ousmane Sonko a été réélu samedi à l’unanimité président du parti Pastef au pouvoir au Sénégal, confortant sa position de figure politique dominante, quelques semaines seulement après que le président Bassirou Diomaye Faye l’a limogé de son poste de Premier ministre.

Un congrès en pleine crise ouverte

Ousmane Sonko a été réélu à la tête du parti panafricain Pastef lors de son premier congrès national depuis sa fondation en 2014. Le scrutin, organisé samedi soir à Diamniadio près de Dakar, a été unanime : 589 délégués ont soutenu Sonko pour un mandat de six ans, selon RFI. Blick.ch rapporte 583 délégués venus des sections nationales et de la diaspora. La candidature de Sonko était la seule acceptée par le parti, a noté Europa Press.

Ce congrès intervient un peu plus de deux semaines après que le président Bassirou Diomaye Faye a limogé Sonko de son poste de Premier ministre, le 22 mai. Sonko a ensuite été élu président de l’Assemblée nationale, un poste doté d’une influence considérable sur le gouvernement. Cette rupture reflète la fragilité de l’alliance politique qui a porté Faye au pouvoir en 2024, lorsque Sonko, interdit de se présenter en personne, a désigné Faye comme son candidat de substitution.

Désormais, le Pastef trace sa propre voie avec son Guide de la révolution, sans le président actuel de la République. Parce que nous ne parlons plus le même langage.

L’horizon 2029

La réélection de Sonko a été explicitement cadrée autour de la prochaine élection présidentielle. Les partisans présents au congrès ont évoqué la poursuite du même objectif, de 2019 et 2024 à 2029 : placer Sonko à la tête du pays. Le parti n’a pas tranché le statut des ministres restés dans le nouveau gouvernement malgré l’appel au boycott, ni celui du président Faye, qui demeure membre honoraire du Pastef malgré la rupture avec son ancien mentor.

Le député Bakary Diedhiou a déclaré à RFI que ceux qui étaient restés au gouvernement s’étaient de facto exclus : « Le parti a publié un communiqué disant que tous ces anciens ministres doivent quitter le gouvernement, et que celui qui reste le fait en son nom propre, pas au nom du Pastef. » Sonko doit tenir un meeting populaire d’investiture à l’Arène de Diamniadio dimanche après-midi.

Un gouvernement qui pourrait tomber

Le Pastef détient 130 des 165 sièges à l’Assemblée nationale. Sonko a déclaré le 2 juin que le parti pourrait renverser le gouvernement en 72 heures, mais qu’il ne le ferait pas. « Si le Pastef veut, dans 72 heures, ce gouvernement peut tomber. Mais nous ne le censurerons pas. Nous les accompagnerons », a-t-il affirmé, selon Blick.ch.

Le parti peut déposer une motion de censure à tout moment ou contester le gouvernement lors de la présentation de son programme, bien qu’aucune date n’ait été fixée pour cela. Le président Faye conserve cependant des options : il peut former un nouveau gouvernement après une censure et dissoudre l’Assemblée nationale à partir de novembre 2026, soit deux ans après son installation. Il pourrait aussi invoquer l’article 52 de la Constitution pour gouverner par ordonnance pendant trois mois sans l’approbation du Parlement.

Pression économique et FMI

Le Sénégal est lourdement endetté et mène des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un nouveau programme de prêt. Le FMI a suspendu un crédit de 1,8 milliard de dollars en 2024 après la découverte de milliards de dollars de passifs non divulgués laissés par l’ancienne administration, a rapporté Europa Press. Sonko, critique virulent du FMI, a parfois refusé d’envisager une restructuration de la dette, une ligne plus dure que la position plus modérée adoptée par Faye et le nouveau Premier ministre, le banquier Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô.

Si le Pastef veut, dans 72 heures, ce gouvernement peut tomber. Mais nous ne le censurerons pas. Nous les accompagnerons.

L’instabilité politique pèse sur la confiance des investisseurs alors que le pays fait face à des milliards de dollars de dettes cachées. Le nouveau gouvernement formé le 2 juin est boycotté par le Pastef mais inclut des partis alliés et des membres dissidents du parti.

Les principaux événements de la rupture Faye-Sonko
  1. Bassirou Diomaye Faye remporte l’élection présidentielle après l’interdiction de candidature de Sonko ; Sonko le désigne comme son remplaçant.
  2. Faye nomme Sonko Premier ministre.
  3. Le président Faye limoge le Premier ministre Sonko et dissout le gouvernement.
  4. Sonko est élu président de l’Assemblée nationale.
  5. Le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô forme un gouvernement boycotté par le Pastef.
  6. Sonko est réélu à l’unanimité à la tête du Pastef lors du premier congrès national du parti.
Diamniadio · Dakar

8 sources

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