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Diplomatie·-3 j

Séisme politique au Sénégal : Ousmane Sonko élu président de l'Assemblée nationale, quatre jours après son limogeage

Quatre jours seulement après avoir été démis de ses fonctions de Premier ministre, Ousmane Sonko a été élu président de l'Assemblée nationale du Sénégal, devenant la deuxième personnalité de l'État et ouvrant une période de profonde incertitude politique.

Un retour fulgurant et surprenant

Dans un retournement politique spectaculaire, l'ancien Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a été élu président de l'Assemblée nationale ce mardi 26 mai, quatre jours seulement après avoir été limogé par le président Bassirou Diomaye Faye. Sonko a obtenu 132 voix sur 133 exprimées, avec une abstention et aucune voix contre, après un boycott des députés de l'opposition qui ont dénoncé la session comme un « coup d'État constitutionnel ». Cette élection hisse Sonko au rang de deuxième personnalité de l'État, remplaçant El Malick Ndiaye, qui a démissionné de son poste dimanche.

Le vote a eu lieu après que Sonko a récupéré son siège parlementaire, une démarche que l'opposition juge contraire au règlement intérieur. Le député Abdou Mbow a déclaré à la presse :

Nous avons décidé de ne pas participer à cette farce. M. Sonko a perdu son mandat de député et ne peut le récupérer.

Malgré la protestation, le parti Pastef de Sonko détient 130 des 165 sièges au Parlement, assurant sa facile victoire.

Une alliance brisée au sommet

La rupture entre Sonko et le président Faye marque l'effondrement stupéfiant de l'alliance qui les a portés au pouvoir. Faye s'était présenté à la présidence parce que Sonko était emprisonné à l'époque. Après des mois de tensions publiques croissantes, Faye a limogé Sonko ce week-end et a nommé lundi l'économiste Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo comme nouveau Premier ministre. La présidence a indiqué que cette nomination visait à « dynamiser la mise en œuvre des priorités nationales, renforcer l'efficacité de l'action publique et accélérer les réformes pour le bien du peuple sénégalais. »

Lo, 60 ans, était auparavant secrétaire d'État à la Présidence, chargé du suivi du plan Sénégal 2050. Il a dirigé la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) de 2018 à 2023. Dans ses premières déclarations, Lo a reconnu l'état difficile des finances publiques, en partie dû au conflit au Moyen-Orient, et a déclaré que le pays se trouve à un « tournant qui nécessite la mobilisation de la nation. »

Le message de Sonko : coopération sous conditions

Dans son discours d'investiture, prononcé en partie en wolof, Sonko a adopté un ton à la fois conciliant et menaçant. Il a promis de ne pas utiliser son nouveau poste pour « organiser le chaos institutionnel, créer une crise institutionnelle ou des problèmes au président de la République. » Il a insisté sur le fait qu'aucun député n'utiliserait l'institution pour une « vendetta personnelle. »

Cependant, il a clairement indiqué que l'Assemblée ne serait pas une chambre d'enregistrement.

L'Assemblée nationale ne sera pas une chambre d'enregistrement. Elle utilisera de manière responsable tous les leviers du contre-pouvoir. Nous voterons les lois conformes à l'intérêt général et rejetterons celles qui ne le sont pas.

Sonko a également critiqué l'exécutif pour ne pas avoir consulté le parti Pastef avant de nommer le nouveau Premier ministre et de former un gouvernement, signe que la lutte de pouvoir est loin d'être terminée.

Une cohabitation sans précédent

Les analystes politiques décrivent la situation émergente comme une cohabitation « sans précédent ». Ellimane Haby Kane, directeur du think tank Legs Africa, a suggéré que Sonko « fait des manières » mais cherche en réalité à « contrôler l'exécutif ». Gilles Yabi, fondateur du think tank citoyen Wathi, a noté que le retour combatif de Sonko place le président Faye dans une position difficile pour gouverner et faire passer des réformes à un moment où le Sénégal fait face à de graves difficultés économiques, dont une dette publique à 132 % du PIB.

Dans toutes les démocraties, l'exécutif ne peut nommer un gouvernement sans consulter la majorité. C'est la majorité à l'Assemblée nationale qui doit gouverner.

Quelle suite ?

La question immédiate est de savoir si le président Faye dissoudra l'Assemblée nationale et convoquera des élections législatives anticipées pour sortir de l'impasse. Un communiqué de Pastef mardi soir a indiqué que des contacts avaient été pris par la présidence avec des membres du parti concernant la formation du gouvernement, mais a également posé des conditions pour la participation. Les jours à venir révéleront si les deux anciens alliés peuvent forger une relation de travail ou si le Sénégal se dirige vers une crise institutionnelle prolongée.

Chronologie des événements clés de la crise politique sénégalaise
  1. Le président Bassirou Diomaye Faye limoge le Premier ministre Ousmane Sonko après des mois de tensions.
  2. El Malick Ndiaye démissionne de la présidence de l'Assemblée nationale, invoquant un choix personnel et l'intérêt supérieur de la nation.
  3. L'économiste Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo est nommé nouveau Premier ministre.
  4. Ousmane Sonko est élu président de l'Assemblée nationale avec 132 voix, devenant la deuxième personnalité de l'État.
Dakar

8 sources

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