
Les socialistes français publient un programme électoral de 140 pages mais restent sans candidat alors que Philippe Brun entre dans la course à la primaire
Le Parti socialiste a dévoilé mardi un programme de 600 propositions pour l'élection présidentielle de 2027, fruit de plus d'un an de travail, mais le parti n'a toujours pas de candidat officiel. Quelques heures plus tard, le député Philippe Brun s'est lancé dans la primaire interne imminente, promettant de défendre une ligne pro-travailleurs et anti-austérité.
Un programme sans porteur
Après un an d'auditions, de déplacements sur le terrain et de contributions, le Parti socialiste (PS) a publié le matin du 30 juin un document de 140 pages contenant 600 propositions. Le texte, approuvé par 83 % des militants, couvre un large éventail de sujets et constitue l'effort programmatique le plus substantiel du parti depuis le mandat de Martine Aubry il y a quinze ans. Pourtant, il arrive à un moment de paralysie stratégique profonde : le PS, qui n'a pas encore choisi son candidat à la présidentielle, est plus divisé que jamais sur la manière et le moment de le désigner. Le premier secrétaire Olivier Faure a qualifié le programme de « pas décisif dans la perspective de la campagne que nous allons mener – une feuille de route qui nous rassemble et montre le chemin que nous voulons pour le pays ».
Philippe Brun se lance dans la course en tant qu'outsider
Ce même matin, Philippe Brun, le député de l'Eure âgé de 34 ans, a annoncé sur RMC qu'il se présentera à la primaire interne si le parti décide d'en organiser une. « Je serai candidat à la primaire interne … pour porter une ligne populaire », a-t-il déclaré, se présentant comme le seul concurrent à parler des salaires. Son discours se concentre sur une critique acerbe de la fiscalité : « Les travailleurs sont les vaches à lait du système. L'écart entre le salaire brut et le net est gigantesque et nous avons un gros problème de pouvoir d'achat en France. » Il propose une forte baisse de la CSG, financée par une augmentation des prélèvements sur le capital, et insiste sur le fait que sa candidature est « une candidature d'idées » d'une nouvelle génération qui veut que le PS renoue avec les employés ouvriers.
Je propose que nous réduisions massivement la CSG, que nous rapprochions le salaire brut du net. L'effort doit être mieux réparti – le capital est très peu taxé, le travail est trop taxé, je propose de le détaxer.
Affrontement interne sur les règles de la primaire
L'organe suprême du PS, le conseil national, se réunit mardi soir pour résoudre un différend de longue date sur le processus de sélection du candidat. Olivier Faure veut une primaire à l'automne ouverte aux Écologistes et au reste de la gauche non mélenchoniste, tandis que ses opposants internes (menés par le chef du groupe parlementaire Boris Vallaud) privilégient un candidat de consensus, arguant que le parti devrait se rallier à celui qui est le mieux placé dans les sondages. Faure a proposé un compromis : d'abord, une primaire fermée au sein de l'espace social-démocrate (PS et Place publique), dont le vainqueur déciderait ensuite s'il participe à une primaire plus large ultérieure. Certaines figures du parti s'attendent à ce que le conseil converge vers une question de vote unique pour un scrutin militant le 9 juillet. « Mardi nous convergerons vers une proposition unique : une primaire des sympathisants de la social-démocratie », a prédit l'eurodéputé François Kalfon.
Un champ de candidats potentiels bien rempli
Brun rejoint une liste déjà longue de candidats officiels ou présumés. Raphaël Glucksmann, le leader de Place publique qui est arrivé en tête du vote de gauche aux élections européennes sur une liste commune avec le PS, est crédité d'environ 13 % dans les premiers sondages mais refuse de participer à une primaire, comptant sur ses chiffres pour faire de lui le choix tactique. L'ancien président François Hollande envisage également une candidature, aux côtés des figures du parti Jérôme Guedj, Karim Bouamrane et Boris Vallaud. Sans candidat encore désigné et avec les vacances d'été qui approchent, le PS risque de perdre un temps précieux de construction de campagne alors que d'autres familles politiques sont déjà en ordre de bataille. À l'extrême gauche, La France insoumise est solidement derrière Jean-Luc Mélenchon, tandis que le Rassemblement national décidera la semaine prochaine si Marine Le Pen ou Jordan Bardella mène sa liste, en attendant un verdict dans le procès des assistants parlementaires.
Un pas décisif dans la perspective de la campagne que nous allons mener – une feuille de route qui nous rassemble et montre le chemin que nous voulons pour le pays.
Une course contre la montre
L'été politique français a commencé, et avec lui la dernière ligne droite avant que les partis ne doivent se fixer sur un champion. L'analyse du Temps rappelle qu'en juillet 2016, Emmanuel Macron était déjà en route, suggérant que toute nouvelle candidature providentielle pourrait déjà être trop tardive. Pour le Parti socialiste, la réunion du conseil de mardi soir est moins une célébration d'un programme achevé qu'une tentative de mettre fin à une impasse qui l'a laissé sans porte-étendard pour une campagne qui ne commencera officiellement que dans quelques mois.

