
Macron préside la première commémoration nationale de Dreyfus à Paris alors que les actes antisémites atteignent des niveaux records en France
La cérémonie sur l'île de la Cité à 12h30 marque les 120 ans de la réhabilitation par la Cour de cassation de l'officier juif injustement condamné pour trahison en 1894, et intervient dans un contexte de recrudescence des actes antisémites.
Emmanuel Macron présidera dimanche 12 juillet la première journée nationale de commémoration reconnaissant l'innocence d'Alfred Dreyfus, exactement 120 ans après que la Cour de cassation ait définitivement réhabilité l'officier juif. La cérémonie, prévue à 12h30 sur l'île de la Cité, se déroulera dans un contexte de hausse des actes antisémites en France, qui ont atteint 1,320 en 2025 selon le ministère de l'Intérieur, le niveau le plus élevé enregistré au cours des trois dernières années.
L'affaire Dreyfus : une injustice de douze ans
Alfred Dreyfus est arrêté en octobre 1894 et accusé de haute trahison en faveur de l'Allemagne, alors ennemie jurée de la France, sur la base de preuves fabriquées. Un conseil de guerre le condamne à la déportation perpétuelle le 22 décembre 1894, et il est envoyé à la tristement célèbre colonie pénitentiaire de l'île du Diable en Guyane française. Après un second procès et plus de quatre ans sur l'île, Dreyfus est finalement blanchi par la Cour de cassation le 12 juillet 1906.
- Alfred Dreyfus arrêté pour de fausses accusations de haute trahison en faveur de l'Allemagne.
- Le conseil de guerre condamne Dreyfus à la déportation perpétuelle. Il est envoyé sur l'île du Diable.
- La Cour de cassation réhabilite définitivement Dreyfus, blanchissant son nom.
- Première journée nationale de commémoration, présidée par Macron sur l'île de la Cité.
Philippe Oriol, historien spécialiste de l'affaire Dreyfus, a déclaré au Temps que le scandale, qui a divisé la société française pendant plus d'une décennie, reste une lentille permettant de comprendre les mécanismes de la haine. Il a décrit l'affaire comme une conspiration alimentée par un antisémitisme profondément enraciné au sein des cercles politiques et militaires.
Discuter de l'affaire Dreyfus permet de comprendre les mécanismes de la haine.
Une journée nationale, qui sera célébrée chaque année
Instituée par Macron un an avant la fin de son mandat présidentiel, la commémoration aura lieu chaque année le 12 juillet. L'Élysée a décrit cette journée comme symbolisant « la victoire de la justice et de la vérité sur l'arbitraire et le mensonge, ainsi que la lutte contre l'antisémitisme ».
À travers Alfred Dreyfus et ses défenseurs, la Nation tout entière se rappelle son devoir de vigilance et de persévérance.
La cérémonie honorera également les « dreyfusards » qui ont lutté pour prouver son innocence, dont le plus célèbre est l'écrivain Emile Zola. Le maire de Paris, Emmanuel Gregoire, est attendu comme orateur, aux côtés de Charles Dreyfus, petit-fils d'Alfred Dreyfus âgé de 99 ans et l'une des dernières personnes vivantes à l'avoir connu personnellement.
La montée de l'antisémitisme cadre ce moment
La commémoration intervient alors que les actes antisémites en France ont atteint des niveaux sans précédent. Le ministère de l'Intérieur a recensé 1,320 actes de ce type en 2025, les trois dernières années constituant la période la plus élevée jamais enregistrée. L'Élysée a indiqué que Macron annoncera une nouvelle initiative liée à la lutte contre l'antisémitisme lors de la cérémonie.
Un cycle mémoriel plus long
L'événement de dimanche s'inscrit dans un effort mémoriel soutenu de Macron, ponctué par six entrées au Panthéon, dont celle de l'historien et résistant Marc Bloch le 23 juin. La commémoration de Dreyfus ajoute un rendez-vous annuel récurrent à ce cycle, liant la mémoire de l'affaire à un appel actuel à la vigilance institutionnelle.

