Lors de la première commémoration Dreyfus, Macron appelle à la vigilance contre l'antisémitisme alors qu'une statue trouve sa place
Lors de la première journée nationale de commémoration d'Alfred Dreyfus, 120 ans après l'annulation de sa condamnation injustifiée pour trahison, le président Macron a appelé à une « vigilance constante » face à la montée de l'antisémitisme et a assisté à l'installation d'une statue longtemps attendue à la Cour de cassation.
Cérémonie à la Cour de cassation
Le président Emmanuel Macron a présidé la première journée nationale de commémoration d'Alfred Dreyfus le dimanche 12 juillet 2026, exactement 120 ans après que la Cour de cassation a annulé la condamnation pour trahison de l'officier juif en 1894. La cérémonie, tenue devant la façade de la Cour sur l'Île de la Cité, a rassemblé 150 invités. Charles, le petit-fils de Dreyfus âgé de 99 ans, y assistait, ainsi que la ministre des Armées Catherine Vautrin, le président du CRIF Yonathan Arfi et le grand rabbin Haïm Korsia. Aucun dirigeant de parti politique n'était présent.
L'avertissement de Macron sur l'antisémitisme
Macron a profité de l'occasion pour évoquer une recrudescence des actes antisémites en France, qui ont atteint 1 320 en 2025, le chiffre le plus élevé des trois dernières années selon le ministère de l'Intérieur. Il a établi un parallèle direct avec l'affaire Dreyfus.
Nous savons que les vieux démons de l'antisémitisme n'ont jamais entièrement quitté notre pays.
Il a ajouté que « face au retour de l'antisémitisme odieux, la vigilance est un devoir à chaque instant ». Le président a lié la lutte historique pour la réhabilitation de Dreyfus à une responsabilité civique plus large, qualifiant les « dreyfusards » de modèle pour refuser la suspicion collective et toujours préférer la preuve à la rumeur.
L'affaire Dreyfus et son héritage
Dreyfus, officier d'état-major français, fut dénoncé comme espion pour l'Empire allemand et condamné sur la base de preuves forgées dans un climat antisémite. Il fut déporté à l'île du Diable en Guyane française. La lettre ouverte « J'accuse » de l'écrivain Émile Zola a attiré l'attention du public sur cette erreur judiciaire, et après une campagne menée par des figures comme Georges Clemenceau, Jean Jaurès, Anatole France et Marcel Proust, l'innocence de Dreyfus fut finalement reconnue le 12 juillet 1906.
Le dreyfusisme est un état d'esprit qui refuse que l'appartenance d'une personne à une religion, une origine, une communauté puisse être l'alibi pour la livrer à une justice et une opinion aveugles.
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Une statue enfin installée
Une statue en bronze de 3,5 mètres de Dreyfus, créée par l'artiste Tim en 1985 et destinée à une place publique, a passé quatre décennies à être déplacée entre entrepôts et sites temporaires. Elle a été érigée à la Cour de cassation pour la cérémonie, debout au garde-à-vous, le sabre brisé. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a annoncé que la voisine place Maurice Barrès, nommée d'après l'écrivain nationaliste qui fut l'un des plus virulents opposants de Dreyfus, sera rebaptisée place Lucie Dreyfus en l'honneur de l'épouse du capitaine, qui a milité sans relâche pour sa réhabilitation.
Honorer les Justes
Macron a déclaré qu'il était temps d'inscrire les noms des Justes sur chaque bâtiment où des Juifs ont trouvé refuge pendant l'occupation nazie. « Chaque commune de France doit se l'approprier », a-t-il déclaré, élargissant la portée de la cérémonie d'une injustice du XIXe siècle à la mémoire de ceux qui se sont opposés à la « barbarie nazie ».


