
Une commission parlementaire colombienne ordonne la suspension provisoire du président Petro, le gouvernement la juge inconstitutionnelle
La présidente de la Commission d'accusation de la Chambre a ordonné mercredi la suspension provisoire du président Gustavo Petro, invoquant son ingérence présumée dans la campagne électorale en cours. Le gouvernement a immédiatement rejeté cette mesure comme nulle et non avenue.
L'ordre de suspension
Gloria Arizabaleta, présidente de la Commission d'enquête et d'accusation de la Chambre des représentants colombienne, a ordonné mercredi la « suspension provisoire » du président Gustavo Petro. L'ordre, contenu dans un document de sept pages signé uniquement par Arizabaleta, suspendrait Petro de ses fonctions jusqu'au 21 juin à 16 heures locales (21 heures GMT), heure de la fermeture des bureaux de vote pour le second tour de l'élection présidentielle. Arizabaleta, membre du propre parti de Petro, le Pacte historique, enquête sur le président pour des messages publiés sur son compte X entre le 6 et le 9 juin, lesquels constitueraient une participation à la politique électorale.
La suspension peut être ordonnée à condition qu'il existe des éléments de jugement sérieux permettant d'établir que le maintien en fonction, en poste ou dans le service public permet à l'auteur de la faute d'interférer dans le cours de l'enquête.
Arizabaleta a qualifié l'intervention politique présumée de « faute très grave » et a déclaré qu'aucun appel n'était possible contre sa décision. Cette mesure est sans précédent dans l'histoire récente de la Colombie et intervient à seulement 11 jours du second tour.
Contestation gouvernementale et juridique
Le ministre de l'Intérieur, Armando Benedetti, a immédiatement rejeté l'ordre, arguant que la Commission d'accusation n'a pas l'autorité constitutionnelle pour suspendre un président en exercice. Il a déclaré que la commission n'est qu'un organe d'enquête et que seul le Sénat plénier peut suspendre un président, et uniquement après que la Chambre plénière a agi en tant qu'accusateur.
En droit, il n'existe pas que la Commission d'accusation puisse suspendre le Président car c'est une commission d'instruction. Seul le Sénat peut le faire après que le plénum de la Chambre agit comme organe d'accusation, pénalement ou disciplinairement.
Benedetti a ajouté que la commission ne peut pas suspendre le président, « encore moins par la volonté d'un seul représentant ». Sa position a été reprise par la sénatrice indépendante sortante Angélica Lozano, qui a cité l'article 194 de la Constitution, et par l'ancien président du Sénat et ex-candidat à la présidence Roy Barreras, qui a jugé la décision juridiquement nulle.
Origines de l'enquête
Petro a été dénoncé à plusieurs reprises pour sa prétendue participation à la politique pendant la campagne pour désigner son successeur. La Commission d'accusation a officiellement ouvert une enquête le 26 mai. Selon la Constitution colombienne, si l'enquête de la commission trouve des motifs de sanctionner le président, elle doit porter des accusations devant le Sénat, qui seul détient le pouvoir de le suspendre. Des juristes consultés par plusieurs médias conviennent que la mesure de mercredi manque de validité juridique.
Où se trouve Petro
Le président Petro se trouve actuellement à New York, où il s'est adressé mercredi au Conseil de sécurité des Nations unies. Il n'a pas encore commenté la décision de la commission. Le second tour de la présidentielle du 21 juin déterminera son successeur dans le cadre d'une campagne qu'El País qualifie de profondément polarisée.
- La Commission d'accusation ouvre une enquête sur Petro pour ingérence électorale présumée
- Petro publie des messages sur X qui deviennent le centre de l'enquête (6-9 juin)
- La présidente de la commission Arizabaleta ordonne la suspension provisoire de Petro
- Fin prévue de la suspension ; fermeture des bureaux de vote pour le second tour de la présidentielle


