En Norvège, une commission propose d'autoriser les investissements dans des groupes de défense liés à l'arme nucléaire
Une commission nommée par le gouvernement a recommandé jeudi 15 octobre que le fonds souverain norvégien, doté de 2 300 milliards de dollars, soit de nouveau autorisé à acheter des actions d'Airbus, de Boeing et de Lockheed Martin, aujourd'hui exclus en raison de leurs liens avec l'arme nucléaire.
Une proposition de réouverture aux valeurs de défense
Une commission nommée par le gouvernement et présidée par Svein Gjedrem, ancien gouverneur de la banque centrale, a recommandé jeudi 15 octobre que le fonds souverain norvégien soit de nouveau autorisé à investir dans les grands groupes de défense occidentaux exclus pour leur rôle dans la production d'armes nucléaires. Le fonds, valorisé à 2 300 milliards de dollars, exclut actuellement 14 entreprises, dont Airbus, BAE Systems, Boeing, Lockheed Martin et Safran. L'exception proposée couvrirait les entreprises basées dans un État reconnu comme puissance nucléaire au titre du Traité sur la non-prolifération et allié de la Norvège au sein de l'OTAN. Svein Gjedrem a déclaré que ce changement permettrait de reprendre les investissements dans plusieurs groupes d'armement britanniques, français et américains. Le rapport de 434 pages de la commission doit encore être adopté par le Parlement norvégien avant toute entrée en vigueur.
Une refonte plus large des règles éthiques
La proposition s'inscrit dans un vaste réexamen des lignes directrices éthiques commandé par le gouvernement en novembre dernier, après que la politique d'exclusion du fonds a provoqué des tensions avec l'administration Trump. Le Parlement avait suspendu l'an dernier plusieurs cessions prévues pour des raisons éthiques à la suite de plaintes de Washington, et le rôle du Conseil d'éthique avait été mis de côté pendant cet examen. La commission recommande désormais de rétablir les instruments éthiques suspendus en novembre, avec un seuil élevé pour l'exclusion : le fonds devrait éviter les entreprises lorsqu'il existe un risque inacceptable qu'elles contribuent à des violations graves des normes ou en soient responsables. L'engagement par les droits de propriété, comme les discussions avec la direction et les votes aux assemblées d'actionnaires, devrait primer, la cession n'intervenant que si elle s'avère inefficace et ne nuit pas à la large diversification du fonds. La commission souhaite aussi que le Conseil d'éthique évalue les risques sans émettre de recommandations et que soit supprimée la possibilité de placer des entreprises sous observation. Les autres critères d'exclusion, portant sur les armes biologiques et chimiques, les mines antipersonnel, les armes à sous-munitions, le charbon, le tabac et le cannabis, resteraient inchangés.
Réactions et justifications
La commission de Svein Gjedrem a jugé paradoxal que le fonds ne puisse pas investir dans des entreprises qui pourraient être essentielles à la sécurité de la Norvège à un moment de vulnérabilité géopolitique accrue. Le ministre des Finances, Jens Stoltenberg, ancien secrétaire général de l'OTAN qui avait demandé à la commission de réexaminer les lignes directrices, a soutenu ces conclusions. Il a fait valoir que la chaîne de valeur est de plus en plus intégrée et qu'il est difficile de distinguer les produits civils des produits militaires. Grete Herlofson, présidente de la Croix-Rouge norvégienne, a déclaré dans un communiqué écrit à Reuters qu'investir dans de telles armes envoie au monde le signal qu'elles sont acceptables et met des vies en danger. Des organisations de la société civile ont estimé que les propositions affaiblissent les règles éthiques du fonds et créent un précédent régressif que d'autres investisseurs internationaux pourraient suivre.
Contexte de marché et politique
Le fonds a annoncé un rendement de 15,1 % en 2025, soit 247 milliards de dollars, et plus de la moitié de ses actifs sont investis aux États-Unis. La proposition fait suite aux critiques de l'administration Trump après la vente par le fonds de sa participation dans l'entreprise américaine Caterpillar. Elle intervient alors que la Russie menace de plus en plus de recourir à l'arme nucléaire et que la Chine développe son arsenal. Le rapport a été remis au ministre des Finances, et le gouvernement devrait se prononcer sur les recommandations, qui devraient ensuite être approuvées par le Parlement.
