Iustitia Europa demande à une juge d'enquêter sur des navires de guerre marocains dans les eaux espagnoles au large de Ceuta
Le gouvernement a qualifié d'incident isolé l'incursion fin juillet d'une frégate et de patrouilleurs marocains dans les eaux espagnoles au large de Ceuta, tandis qu'un collectif d'accusation populaire demande à la juge de l'Audience nationale María Tardón de l'examiner.
Une demande d'élargissement de l'affaire de Ceuta
Iustitia Europa, qui porte l'accusation populaire dans l'affaire devant l'Audience nationale sur l'entrée massive de migrants à Ceuta, a demandé à la juge María Tardón d'enquêter sur l'entrée de navires de la Marine marocaine dans les eaux espagnoles au large de la ville fin juillet. La requête, rapportée par Europa Press le 14 octobre 2026, indique que ces navires sont entrés alors que de nombreuses personnes arrivaient du Maroc. Le parti soutient que l'épisode pourrait relever d'infractions contre l'indépendance de l'Espagne, son intégrité territoriale et sa sécurité extérieure.
Le document décrit la présence d'une frégate et de plusieurs patrouilleurs comme un sujet nécessitant une enquête distincte. Il demande à la juridiction d'obtenir les archives militaires, les ordres de la Marine et les rapports de renseignement, et d'établir quelles autorités espagnoles étaient informées de la présence des navires étrangers et quelles décisions ont été prises. Selon le parti :
introduit une dimension d'une gravité extraordinaire pour la souveraineté, l'intégrité territoriale, la défense nationale et la sécurité extérieure de l'Espagne
Le gouvernement parle d'un incident isolé
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a reconnu l'incursion devant des journalistes au Palais royal le 12 octobre, lors de la réception donnée ce jour-là par le roi. Le 13 octobre, la porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, l'a qualifiée d'incident isolé lors de la conférence de presse suivant le Conseil des ministres, déclarant :
Nous parlons d'un incident isolé
Elma Saiz a été interrogée à trois reprises sur les raisons pour lesquelles l'épisode n'a été révélé que le lundi 12 octobre, lorsque El País l'a publié, et pourquoi Sánchez ne l'avait pas mentionné lors de son intervention devant le Congrès le 3 septembre sur la crise de Ceuta. Les dates clés sont détaillées ci-dessous.
- Une frégate et des patrouilleurs marocains entrent dans les eaux espagnoles au large de Ceuta alors que des migrants arrivent dans la ville
- Sánchez s'exprime devant le Congrès sur la crise de Ceuta, puis est critiqué pour ne pas avoir mentionné la présence navale
- La juge María Tardón ordonne aux organismes militaires de fournir des images satellites et de surveillance
- Sánchez reconnaît l'incursion devant des journalistes, et El País la révèle le même jour
- La porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, qualifie l'incident d'isolé
- Iustitia Europa demande à la juridiction d'enquêter sur l'incursion navale marocaine
L'opposition exige des réponses
Miguel Tellado, secrétaire général du PP, a mis la ministre de la Défense Margarita Robles au défi de se démarquer de la version du gouvernement. Dans un message sur X, il a écrit :
Margarita Robles a une dernière chance de se démarquer, mais elle ne le fera pas, car pour être ministre de Sánchez, il faut être comme Sánchez
Miguel Tellado a soutenu que les événements de Ceuta étaient loin d'être isolés. Le mardi 13 octobre, le chef du PP Alberto Núñez Feijóo a déclaré que si le Maroc n'avait pas interrompu l'opération à ce moment-là, l'étape logique aurait été de faire clairement savoir à Rabat que l'Espagne déploierait l'armée à la frontière. Il a accusé Sánchez de mentir sur le sujet et affirmé que les relations avec le Maroc devaient allier loyauté et bon voisinage à la fermeté, car l'intégrité territoriale n'est pas négociable.
Les éléments que la juge attend encore
Selon des sources proches de l'enquête citées par El Confidencial, María Tardón n'a pas encore reçu les rapports qu'elle a demandés. Son ordonnance du 16 septembre a demandé à l'État-major de la défense (EMAD), au Centre de renseignement des forces armées (CIFAS) et au Commandement conjoint du cyberespace, ainsi qu'à tout autre centre ayant pu mener de tels travaux, des éléments sur les événements. La même ordonnance a convoqué comme témoin le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas.
Elle a demandé des images satellites couvrant la période du 20 juillet au 7 août. Sa première demande porte sur la zone de la plage de Fnideq au Maroc et sur la plage d'El Trampolín à Ceuta, distantes d'environ 12 kilomètres par la route. Elle a également demandé les vidéos prises par les commandements opérationnels aérien, maritime et terrestre, ainsi que les alertes de risque et analyses émises sur ces événements, avec leurs destinataires.
Commentaires et questions ouvertes
Des chroniques d'opinion dans El País et El Confidencial soutiennent que les explications antérieures du gouvernement, qui mettaient en cause les passeurs et les réseaux sociaux, ont omis la présence navale. Ces textes relèvent du commentaire et non du reportage. Les sources n'indiquent pas quand les éléments militaires parviendront à la juridiction, ni si María Tardón élargira son enquête aux navires de guerre comme le demande l'accusation populaire.

