
Macron au congrès mondial : « Rien n’est acquis » alors que 68 % des Français sont favorables à un référendum sur la peine de mort
S’exprimant lors du 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, le président Macron a fait face à la montée du soutien intérieur à la peine capitale, 68 % des Français étant désormais favorables à un référendum sur son rétablissement.
Le congrès s’ouvre à Paris
Le 9ᵉ Congrès mondial contre la peine de mort, organisé par l’ONG Ensemble contre la peine de mort (ECPM), a débuté mardi à la Maison de la Radio et de la Musique à Paris. Il se poursuit mercredi dans le même lieu avant de se déplacer jeudi à l’Hôtel de Lassay, la résidence officielle du président de l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron s’est adressé à des milliers de participants à l’ouverture, marquant les 25 ans depuis que la France a contribué à inaugurer le premier congrès à Strasbourg en 2001.
Un débat qui resurgit en France
Macron a déclaré à l’assemblée « rien n’est acquis », avertissant que la peine de mort est revenue dans le débat public 45 ans après son abolition en France. Deux crimes violents récents, le meurtre d’une enfant nommée Lyhanna et le lynchage de Louis à Narbonne, ont ravivé l’émotion, et le président a observé que beaucoup de gens « se remettent à penser que la peine de mort serait une réponse ». Un sondage CSA publié le 14 juin a révélé que 68 % des personnes interrogées en France soutiennent désormais un référendum sur le rétablissement de la peine capitale pour certains crimes. Des personnalités publiques comme l’animatrice télé Karine Le Marchand ont pris des positions radicales ; elle a écrit sur les réseaux sociaux :
Tu enlèves la vie, on t'enlève la vie.
Aucun effet dissuasif
Le président a vivement rejeté l’argument sécuritaire, déclarant :
Il a ajouté que la peine capitale « n'a jamais eu la valeur dissuasive que certains pouvoirs, souvent autoritaires, qui la défendent, voudraient lui accorder ». Macron a insisté sur le fait que le débat doit reposer sur des preuves plutôt que sur des perceptions.La peine de mort n'a jamais rendu une société plus sûre. Jamais. Parce qu'elle ne dissuade pas. C'est faux. Ça a été montré, observé, mesuré.
La dignité de la personne
Macron a présenté l’abolition comme une reconnaissance de la dignité humaine. Il a soutenu que même ceux qui commettent les crimes les plus graves conservent une humanité irréductible :
Tout en reconnaissant le devoir de punir, de réparer le préjudice causé aux victimes et à la société, il a affirmé que les démocraties ne doivent pas bannir le délinquant de la communauté humaine. « On le réduit, on le sanctionne, on le punit. On le soigne parfois », a-t-il noté.Quoi que l'un ou l'une d'entre nous ait pu faire, nous n'avons pas le pouvoir de lui nier cette appartenance à notre humanité.
Paysage mondial
Macron a exprimé son inquiétude face à la hausse du nombre d’exécutions dans les pays rétentionnistes et a cité les mouvements anti-abolitionnistes en Israël et dans la région du Sahel. Malgré ces risques, il a soutenu que la peine de mort est l’un des rares droits humains à progresser régulièrement et que l’abolition universelle reste « un horizon accessible ». Il a appelé à la vigilance, avertissant que les sociétés démocratiques ne peuvent pas tenir l’abolition pour acquise.


