La Commission européenne juge le projet de loi français interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans incompatible avec le règlement sur les services numériques
La Commission européenne a estimé que le projet de loi français visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans n'est pas entièrement compatible avec le règlement européen sur les services numériques (DSA), obligeant les législateurs français à le remanier.
Avis de la Commission
La Commission européenne a jugé lundi que le projet de loi français visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans n'est pas entièrement compatible avec le règlement européen sur les services numériques (DSA). Cet avis, rendu après examen du texte tel que fortement amendé par le Sénat, soutient l'objectif de protection des mineurs mais prévient que la version actuelle empiéterait sur le DSA et accorderait des pouvoirs excessifs au régulateur français des médias, l'Arcom.
Nous partageons pleinement l'objectif des autorités françaises : les mineurs doivent être mieux protégés en ligne.
L'avis de la Commission contribue à garantir que toute mesure nationale soit efficace et conforme au droit de l'UE. Nous devons minimiser la fragmentation des systèmes nationaux, qui pourrait créer une insécurité juridique ou affaiblir l'application de la loi.
La Commission avait signalé fin janvier que la France avait le droit d'imposer une telle interdiction, mais avait souligné qu'il faudrait vérifier que les règles étaient applicables et conformes au droit de l'UE. Selon des sources proches du dossier, la Commission craint que le projet de loi ne confère trop de pouvoir à l'Arcom, empiétant sur ses propres prérogatives.
Parcours législatif
Le projet de loi a été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale en janvier, imposant une large interdiction de tout « service de réseau social en ligne fourni par une plateforme ». Le Sénat a ensuite profondément remanié le texte, introduisant un système à deux niveaux que le gouvernement avait averti pouvoir entrer en conflit avec le DSA. Suite à l'avis de la Commission, une commission paritaire sera réunie pour remanier le texte.
Un objectif à notre portée.
Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée du Numérique, a indiqué que la commission se réunirait dans les jours à venir et que le gouvernement est prêt à aider les parlementaires à trouver un compromis.
- L'Assemblée nationale adopte en première lecture le projet de loi initial interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
- Le Sénat amende fortement le texte, créant un système à deux niveaux malgré les avertissements du gouvernement sur des conflits potentiels avec le droit européen.
- La Commission européenne rend un avis selon lequel le projet de loi dans sa forme actuelle n'est pas entièrement compatible avec le règlement sur les services numériques.
- Le comité d'experts de l'UE doit remettre ses recommandations sur l'harmonisation des interdictions des réseaux sociaux pour mineurs entre États membres.
- Date la plus précoce à laquelle la loi peut être définitivement adoptée, rendant l'échéance de la rentrée de septembre peu probable.
Pression du calendrier
Le président Emmanuel Macron et le gouvernement espéraient que l'interdiction soit en place pour la rentrée scolaire de septembre. Cependant, la procédure européenne signifie que la loi ne pourra pas être définitivement adoptée avant le 10 août, rendant cet objectif difficile à atteindre. Le projet de loi s'inspire en partie de l'interdiction australienne des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.
Harmonisation européenne
La Commission européenne explore également la possibilité d'harmoniser ces mesures entre États membres. Un comité d'experts doit remettre ses recommandations le 13 juillet, ce qui pourrait façonner un futur cadre européen sur l'accès des mineurs aux plateformes sociales.


