
L'Odyssée de Christopher Nolan divise la critique : épopée ambitieuse ou spectacle surchargé avant sa sortie le 17 juillet
Premier scénario solo du réalisateur depuis 1998, le film suscite à la fois des éloges pour son ambition et des critiques pour son excès, avec Matt Damon en Ulysse et un casting comprenant Anne Hathaway et Tom Holland.
Christopher Nolan retourne au cinéma le 17 juillet avec « L'Odyssée », son adaptation du poème épique d'Homère. Il s'agit de son premier scénario solo depuis son premier film « Following » en 1998, et il arrive après le succès aux sept Oscars d'« Oppenheimer » (qui a dépassé les 800 millions de dollars dans le monde). Les critiques hispanophones ont rendu un verdict partagé : certains y voient une traduction audacieuse et fidèle du texte antique en langage de blockbuster, tandis que d'autres trouvent un film étouffé par sa propre emphase et une action incessante.
Un réalisateur au sommet de son art, qui prend le plus grand risque
Nolan a réalisé 13 longs métrages qui allient signature d'auteur et attrait commercial. Pau Gómez, auteur de « La épica del tiempo », note que Nolan a grandi en regardant les blockbusters américains avant leur sortie au Royaume-Uni, voyant « Star Wars » 12 fois et décidant de devenir réalisateur à l'âge de 12 ou 13 ans après avoir regardé « Blade Runner » et « Alien » de Ridley Scott. Ses collaborateurs réguliers restent : sa femme Emma Thomas produit, son frère Jonathan Nolan co-écrit certains projets, et son oncle John Nolan apparaît dans de petits rôles. Pour « L'Odyssée », cependant, Nolan écrit seul, créditant Homère comme auteur original.
Il dit avoir vu « Star Wars » 12 fois et, après « Blade Runner » ou « Alien », de Ridley Scott, il était convaincu de vouloir devenir réalisateur.
Le poids d'un texte classique
Les critiques d'El País notent que l'approche de Nolan ajoute toujours des couches : texture, format, photographie, musique, montage. Avec « L'Odyssée », cet instinct d'emphase devient un danger. La critique décrit un film bon, avec des moments excitants, mais pas extraordinaire ou indiscutable. La décision de tourner en IMAX et 70 mm crée une complication : à peine une poignée de cinémas dans le monde peuvent projeter le film dans son format prévu. El País demande comment le même plan rapproché peut fonctionner quand un écran coupe le front et un autre laisse de l'air au-dessus, ou comment la hauteur totale d'une tour en feu n'est visible que dans le ratio quasi carré IMAX 1,43:1 mais pas dans le format panoramique 2,39:1.
Tourner et projeter « L'Odyssée » avec des caractéristiques (IMAX et 70 millimètres) que seule une poignée de cinémas dans le monde possède est, pour le moins, étrange.
Des éloges pour une adaptation fidèle et furieuse
Eldiario.es prend le point de vue opposé, qualifiant le film d'adaptation impeccable et furieuse. Le média retrace le chemin de Nolan vers ce projet : en 2004, après le succès de « Memento » et « Insomnia », Hollywood lui a offert un film sur Troie. Wolfgang Petersen a pris ce projet à la place, et Nolan a relancé Batman, remodelant le cinéma de super-héros. Maintenant, après « Oppenheimer » et une rupture avec Warner à cause de la sortie pandémique de « Tenet », Nolan a utilisé son influence pour adapter la mère de toutes les histoires. La critique soutient qu'à une époque de franchises et d'effets visuels paresseux, Nolan revient à l'essence de la narration, insistant sur le fait que les classiques parlent au présent.
Nolan a utilisé sa position privilégiée pour adapter un classique de manière fidèle, mais en le ramenant au présent et en soulignant quelque chose de très important : les classiques parlent de nous.
Un festin pantagruélique qui laisse certains sur leur faim
El Confidencial est moins convaincu, qualifiant « L'Odyssée » de festin pantagruélique également insipide. La critique note que Nolan s'entoure des visages les plus populaires d'Hollywood, mais l'excès dissout l'émotion. Le film, long de près de trois heures, ressemble à une bande-annonce accélérée qui raconte mais ne grandit jamais ni ne bouge le public. Matt Damon en Ulysse et Anne Hathaway en Pénélope apparaissent aux côtés de Tom Holland en Télémaque, mais les personnages semblent minces. Le critique cite le Zeus d'Homère : les hommes blâment les dieux pour leur propre excès de peines, une ligne qui résonne dans la première moitié riche en action de Nolan.
C'est à voir comment les mortels ne cessent d'accuser les dieux, leur attribuant tous leurs maux. Et ce sont eux-mêmes qui, par leurs propres folies, apportent leur excès de peines.
Le cauchemar et le solennel
20 minutos met en lumière les moments où Nolan plonge dans le cauchemar : la grotte du Cyclope, une Scylla lovecraftienne, et Circé interprétée par Samantha Morton, décrite non pas comme une femme fatale mais comme une héraut de l'horreur corporelle. La critique dit que Nolan, réalisateur conservateur et rationnel qui porte un costume sur le plateau, est à son meilleur quand il garde les terreurs dans l'ombre et évite de trop expliquer. La friction entre le spectacle de blockbuster et la tradition orale antique ne se résout jamais complètement, mais le contact est productif.


