
L'Italie rejette l'ultimatum espagnol et maintient les contrôles aux frontières Schengen jusqu'au 15 août
L'Italie a refusé la demande de l'Espagne de lever les contrôles aux frontières imposés après la crise migratoire de Ceuta, affirmant qu'elle maintiendra la suspension de Schengen au moins jusqu'au 15 août, invoquant des risques sécuritaires et terroristes.
L'Espagne intensifie la confrontation diplomatique
Le gouvernement espagnol a lancé un ultimatum vendredi 7 août, exigeant que l'Italie lève les contrôles aux frontières pour les voyageurs en provenance d'Espagne d'ici dimanche 9 août, sous peine de "mesures proportionnées". Les contrôles ont été rétablis le 1er août par le gouvernement de la Première ministre Giorgia Meloni à la suite d'une entrée massive et irrégulière de migrants à Ceuta depuis le Maroc vers le 30 juillet. Selon les chiffres du ministère espagnol de l'Intérieur présentés par le ministre Fernando Grande-Marlaska, environ 72 000 personnes sont entrées irrégulièrement à Ceuta, dont environ 70 000 ont déjà été renvoyées au Maroc.
- Environ 72 000 personnes entrent irrégulièrement à Ceuta depuis le Maroc
- L'Italie annonce la suspension de l'accord de Schengen avec l'Espagne
- L'Italie rétablit les contrôles aux frontières pour les voyageurs en provenance d'Espagne
- L'Espagne lance un ultimatum exigeant que l'Italie lève les contrôles d'ici dimanche 9 août
- L'Italie rejette l'ultimatum, maintient les contrôles jusqu'au 15 août au moins
- Date d'examen par l'Italie pour une éventuelle levée de la suspension de Schengen
Le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares, s'exprimant à son arrivée en Colombie pour l'investiture du nouveau président Abelardo de la Espriella, a qualifié la mesure italienne d'"injustifiée" et a déclaré qu'elle attaque "la dignité des Espagnols". Il a noté que la situation à Ceuta est "largement maîtrisée" et qu'aucun des migrants entrés irrégulièrement n'a atteint le continent espagnol ni l'espace Schengen, compte tenu du statut spécial de Ceuta au sein de l'accord.
Cette mesure va, en premier lieu, contre la dignité des Espagnols, mais, en second lieu, c'est un torpille dans la ligne de flottaison de l'unité européenne.
L'Italie rejette l'ultimatum
Le gouvernement italien a répondu le même après-midi par une déclaration du Palazzo Chigi affirmant que "l'Italie n'accepte pas les ultimatums ou les impositions de l'étranger en matière de sécurité nationale et de contrôle des frontières". L'Italie a confirmé qu'elle maintiendra la suspension partielle de Schengen au moins jusqu'au 15 août, invoquant des arrivées attendues de nouveaux migrants à cette date et des risques terroristes.
Le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi, s'exprimant lors d'un événement de Fratelli d'Italia à Sorrente, a déclaré qu'"il est difficile de soutenir que ces conditions de risque n'existent pas à l'heure actuelle", en référence aux traités européens qui autorisent des mesures exceptionnelles lorsque la sécurité nationale est en jeu. Il a ajouté que les services de renseignement espagnols avaient averti que les appels à une nouvelle entrée massive à Ceuta le 15 août sont "bien fondés".
Nous avons adopté cette mesure avec le seul objectif de protéger la sécurité nationale : nous le ferons de manière limitée. Une fois que nous aurons la certitude que le danger est passé, nous serons heureux, d'abord pour l'Espagne, puis pour l'Europe, et enfin, aussi pour l'Italie.
Les contre-arguments de l'Espagne
Le gouvernement espagnol, dans un communiqué publié vendredi à midi, a qualifié la décision italienne de sans précédent dans l'histoire récente, adoptée "sans préavis, unilatéralement, et avec des arguments fallacieux qui ne sont conformes ni au code frontières Schengen ni à la vérité". L'Espagne a souligné que Ceuta bénéficie d'un régime spécial au sein de Schengen, ce qui signifie que les entrants irréguliers ne peuvent pas accéder librement à l'espace Schengen.
L'Espagne a également souligné que, selon Frontex, l'Italie est l'État membre de l'UE qui a connu le plus de passages irréguliers ces dernières années, "avec des chiffres qui ont atteint le double de ceux de l'Espagne", et que Rome ne respecte pas le règlement de Dublin depuis 2022, "générant une charge supplémentaire de pression migratoire sur les autres États membres". L'Espagne a noté qu'elle n'a jamais imposé de contrôles à l'Italie et a fait preuve de solidarité, notamment en accueillant des migrants arrivés à Lampedusa en 2023.
- Entrées irrégulières à Ceuta
- 72000 personnes
- Renvoyés au Maroc
- 70000 personnes
La suite
L'Italie a indiqué qu'elle évaluera si les conditions permettent de lever la suspension après le 15 août. Le gouvernement italien a souligné que sa décision "ne compromet pas les relations avec un pays ami comme l'Espagne" et a déclaré qu'il reste disposé à poursuivre un dialogue constructif. Parallèlement, les autorités frontalières italiennes garantiront une accessibilité maximale aux citoyens espagnols et européens, qui ne sont pas concernés par le rétablissement des contrôles aux frontières aériennes et maritimes, selon le communiqué italien. Plus de 11 millions de personnes ont voyagé de l'Italie vers l'Espagne par avion l'année dernière, selon les données d'Aena.

