
La coalition allemande veut interdire l'expropriation des géants du logement au niveau régional, le SPD et la gauche de Berlin crient au scandale
Le gouvernement CDU/CSU-SPD veut interdire les reprises de grands bailleurs par les Länder, une réponse directe au référendum de Berlin en 2021. Les critiques y voient un cadeau fait à la gauche avant les élections municipales de septembre.
L'intervention fédérale
La coalition au pouvoir en Allemagne s'est mise d'accord pour adopter une loi fédérale qui empêcherait les différents Länder d'exproprier les portefeuilles locatifs des grandes sociétés de logement. La décision, annoncée après une réunion du comité de coalition, est présentée comme une mesure visant à restaurer la confiance des investisseurs et à stimuler les nouvelles constructions. Le chancelier Friedrich Merz (CDU) a déclaré que le débat sur l'expropriation avait suscité des inquiétudes au niveau international. « In der ganzen Welt wird gefragt: Was ist da in Deutschland los? », a-t-il déclaré aux journalistes, ajoutant que lorsque les décisions au niveau régional créent des problèmes à l'échelle nationale, le gouvernement fédéral doit agir.
Lorsque les décisions au niveau régional entraînent des problèmes pour toute l'Allemagne, nous réagissons.
Le vote de Berlin en 2021 et la nouvelle offensive
En 2021, une majorité d'électeurs berlinois a soutenu un référendum non contraignant visant à socialiser le parc de logements des sociétés de plus de 3 000 unités. L'initiative « Deutsche Wohnen & Co enteignen » a soumis un projet de loi en septembre dernier, préparant une nouvelle initiative populaire. L'interdiction fédérale préempterait une telle initiative. Plusieurs députés SPD de Berlin ont critiqué le projet. Hakan Demir l'a qualifié de « cadeau de campagne à la gauche » qui restreindrait la marge de manœuvre politique de Berlin. Annika Klose, porte-parole du groupe parlementaire SPD pour la politique sociale, a noté que l'expropriation est ancrée dans la Loi fondamentale et doit rester une option pour les Länder.
Une interdiction au niveau fédéral restreindrait la marge de manœuvre politique de Berlin et, compte tenu des débats en cours, serait un cadeau de campagne à la gauche.
La gauche promet une résistance
Le parti de gauche, qui est monté en tête des récents sondages à Berlin, a réagi avec fureur. La chef du groupe parlementaire, Heidi Reichinnek, a accusé le gouvernement de placer les profits des entreprises au-dessus des droits constitutionnels. « Vonovia frohlockt, die Aktienkurse steigen », a-t-elle déclaré, affirmant que le gouvernement protégeait des « requins de l'immobilier ». La candidate tête de liste à Berlin, Elif Eralp, s'est engagée à défier l'interdiction et à poursuivre la socialisation, insistant sur le fait que la ville a besoin de plus de logements abordables et que la volonté des électeurs berlinois doit être respectée.
Cette annonce n'est rien de moins qu'un aveu consternant que, pour ce gouvernement, les intérêts des entreprises de logement priment sur les droits protégés par la Constitution.
Pénurie de logements et crise de la construction
Le contexte est celui d'une crise du logement qui s'aggrave. Plus d'un million de logements manquent en Allemagne, et les achèvements sont tombés à 206 600 en 2025, avec une nouvelle baisse attendue cette année. Les coûts de construction ont grimpé : le coût moyen de construction d'un mètre carré de surface habitable dans une grande ville a atteint 4 630 €, soit une hausse de plus de 50 % depuis 2020, hors prix du terrain. La coalition affirme que le simple débat sur l'expropriation a dissuadé les investisseurs. Le chef de la CSU, Markus Söder, a rejeté l'idée que l'interdiction vise principalement à empêcher une victoire de la gauche à Berlin, insistant sur le fait qu'il s'agit d'en finir avec le « socialisme » et de relancer la construction privée.
- L'initiative berlinoise « Deutsche Wohnen & Co enteignen » soumet un projet de loi pour la socialisation des grandes sociétés de logement.
- La coalition fédérale s'accorde pour interdire l'expropriation au niveau régional des portefeuilles locatifs privés.
- Élection régionale à Berlin ; la gauche est en tête des sondages, faisant de l'expropriation un thème central de campagne.
Autres mesures et réactions
Parallèlement à l'interdiction, la coalition a convenu de créer une société fédérale de logement (WBG) pour soutenir la construction de logements sociaux. La ministre du Bâtiment, Verena Hubertz (SPD), s'est félicitée de cette clarification, estimant que l'accent doit être mis sur l'investissement, les nouvelles constructions et une forte protection des locataires. Le porte-parole de la CDU pour la construction, Jan-Marco Luczak, a qualifié le débat sur l'expropriation de « coup fatal » pour le logement privé et a exhorté les partis berlinois à mettre fin à leur « campagne électorale populiste sur les loyers ». L'expert immobilier Michael Voigtländer de l'IW Köln a averti qu'une nationalisation sans compensation au prix du marché aurait déclenché une fuite des capitaux.
Nous créons de la clarté par la loi fédérale et nous nous concentrons sur ce qui aide vraiment les gens sur les marchés du logement tendus : l'investissement, la nouvelle construction et une forte protection des locataires dans le parc existant.


