Le Congrès des députés espagnol approuve le projet de loi sur la citoyenneté pour les Sahraouis nés sous la domination coloniale
Le Congrès des députés espagnol a adopté une loi accordant la nationalité aux Sahraouis nés avant septembre 1977 et à leurs descendants, envoyant la mesure au Sénat.
Approbation parlementaire et résultats des votes
Le 10 septembre 2026, le Congrès des députés espagnol a approuvé un projet de loi accordant la citoyenneté espagnole aux Sahraouis nés sous l'administration espagnole ainsi qu'à leurs descendants directs. La chambre basse a adopté l'initiative avec 168 voix pour, 31 contre et 145 abstentions. La coalition gouvernementale du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et de Sumar a soutenu le texte, aux côtés d'alliances parlementaires régionales. Le Parti populaire (PP) conservateur et Junts se sont abstenus, tandis que le parti d'extrême droite Vox a voté contre. Le projet de loi est désormais transmis au Sénat pour un dernier examen législatif avant sa promulgation. Selon des estimations issues de diverses sources, le nombre de bénéficiaires éligibles se situerait entre 70 000 et 110 000 personnes, d'autres calculs faisant état de 80 000 voire 200 000 personnes.
- Pour
- 168 voix
- Abstentions
- 145 voix
- Contre
- 31 voix
Mécanismes juridiques et critères d'éligibilité
La loi établit des circonstances exceptionnelles pour accorder la citoyenneté espagnole par lettre de naturalisation (carta de naturaleza) aux Sahraouis nés au Sahara occidental avant le 29 septembre 1977, quel que soit leur lieu de résidence légale actuel. Les demandeurs peuvent prouver leur éligibilité par des documents officiels, notamment des cartes d'identité nationales espagnoles expirées (DNI), des reçus de recensement des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental, des actes de naissance ou des documents administratifs espagnols. Les demandes dans le cadre de ce mécanisme seront gratuites et ouvertes pendant trois ans après sa mise en œuvre, avec une possible prolongation d'un an. Les descendants au premier degré de ceux qui obtiennent la citoyenneté disposeront de cinq ans pour soumettre leurs demandes. En outre, la loi modifie le Code civil espagnol pour réduire de dix à deux ans la période de résidence légale requise pour les Sahraouis demandant la citoyenneté, alignant ainsi leur statut sur celui des ressortissants des pays d'Amérique latine, d'Andorre, des Philippines, de Guinée équatoriale, du Portugal et des personnes d'origine séfarade. La loi entrera en vigueur quatre mois après sa publication au Journal officiel (BOE).
Débat en séance et positions des partis
L'initiative a été rédigée et présentée par la coalition de gauche Sumar, menée par le député Tesh Sidi, le premier parlementaire d'origine sahraouie au Parlement espagnol. Au cours du débat, Sidi s'est adressé à l'assemblée devant des représentants sahraouis installés dans la tribune du public.
Avec l'adoption de cette loi, nous restituons - et j'insiste, restituons - la carte d'identité nationale espagnole à ces Sahraouis qui l'ont autrefois détenue et à qui cet État l'a retirée.
Alors que les partenaires gouvernementaux présentaient le texte comme une restitution juridique pour le territoire administré par l'Espagne jusqu'en 1976, les partis d'opposition ont contesté la procédure. Le Parti populaire a fait valoir que la citoyenneté devrait découler de la résidence plutôt que de décrets ministériels. Le député du PP, Pedro Muñoz, a expliqué la position lors de son intervention.
Nous défendons qu'il puisse y avoir des naturalisations, bien sûr, mais pas par lettre de naturalisation, mais après avoir prouvé une résidence de deux ans en Espagne, comme c'est le cas pour les citoyens de Guinée équatoriale ou des pays ibéro-américains.
Vox s'est opposé au texte dans son ensemble, estimant que les critères étaient trop larges et manquaient de garanties suffisantes.
Contexte diplomatique et relations avec le Maroc
Ce vote intervient dans une période de tensions entre Madrid et Rabat suite à l'arrivée irrégulière d'au moins 70 000 migrants dans l'enclave nord-africaine espagnole de Ceuta le 30 juillet 2026. Le Maroc revendique la souveraineté sur le Sahara occidental et s'oppose à toute reconnaissance internationale du territoire, tandis que le Front Polisario, soutenu par l'Algérie, réclame l'indépendance de la République arabe sahraouie démocratique. L'Espagne avait auparavant soutenu un référendum supervisé par les Nations unies pour le territoire jusqu'en 2022, date à laquelle le Premier ministre Pedro Sánchez a modifié la position de Madrid pour approuver le plan d'autonomie marocain, le qualifiant de sérieux, crédible et réaliste. De nombreux Sahraouis vivent actuellement dans des camps de réfugiés autour de Tindouf, en Algérie, ou à l'étranger.
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