
Les fonds de cohésion de l'UE deviennent un point de friction dans la réponse à la crise énergétique, les régions résistent
La Commission européenne a exhorté les États membres à réaffecter les fonds de cohésion existants pour faire face à la crise énergétique, mais la proposition a suscité une vive opposition de la part des dirigeants régionaux, qui accusent Bruxelles de traiter les budgets d'investissement à long terme comme un « distributeur automatique » d'urgence.
La proposition de la Commission
Le vice-président exécutif de la Commission européenne, Raffaele Fitto, a officiellement écrit aux 27 États membres de l'UE, les exhortant à mobiliser d'urgence les ressources existantes de la politique de cohésion pour faire face à la crise énergétique en cours. Dans une lettre de trois pages, Fitto a identifié trois fonds spécifiques pouvant être sollicités : le Fonds de cohésion général, le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds pour une transition juste (FTJ).
Utilisons d'urgence tous les outils disponibles : l'Union dispose des ressources pour répondre et nous devons les mobiliser maintenant.
Fitto a souligné qu'il ne s'agit pas de nouveaux fonds, mais de reprogrammer les allocations existantes. Il a cité la révision à mi-parcours de la politique de cohésion, qui a vu 34,6 milliards d'euros redirigés vers la compétitivité, la défense, le logement, l'eau et l'énergie, comme preuve qu'une telle flexibilité est à la fois possible et rapide. La lettre expose également des actions concrètes, notamment la création de nouveaux instruments financiers pour avancer les paiements et l'adoption des ajustements programmatiques nécessaires.
La réaction des régions
Presque immédiatement, la proposition a suscité de vives critiques de la part des représentants régionaux. Kata Tutto, présidente du Comité européen des régions, a publié un message cinglant sur X, accusant la Commission de saper la politique d'investissement à long terme.
Désigner les fonds de cohésion comme un distributeur automatique d'urgence, une fois de plus, transforme la politique d'investissement en une aspirine politique : un soulagement temporaire, un sous-investissement chronique.
Tutto a fait valoir que ces fonds sont déjà engagés et que la politique de cohésion a joué un rôle déterminant dans l'amélioration de la résilience et de la durabilité énergétiques de l'UE. Elle a terminé son message par une remarque sarcastique selon laquelle la transition juste devrait « reposer en paix ». Fitto a répliqué sur les réseaux sociaux, insistant sur le fait que l'initiative concerne une flexibilité que les régions elles-mêmes avaient demandée, et que Bruxelles n'oblige personne à y participer.
Les fonds en jeu
Les trois instruments représentent un socle financier massif pour l'UE. Pour le cycle 2021-2027, la politique de cohésion mobilise environ 392 milliards d'euros. Le FEDER seul représente environ 226 milliards d'euros, finançant les infrastructures, la numérisation, le soutien aux PME et les projets de transition verte. Le Fonds de cohésion, réservé aux États membres dont le revenu national brut est inférieur à 90 % de la moyenne de l'UE, vaut environ 42,6 milliards d'euros et cible les grands réseaux de transport et d'environnement. Le FTJ, créé en 2021 avec environ 19,2 milliards d'euros, soutient les régions fortement dépendantes du charbon, de l'acier et des industries à fortes émissions.
- Politique de cohésion totale
- 392 € billions
- Fonds européen de développement régional (FEDER)
- 226 € billions
- Fonds de cohésion (FC)
- 42.6 € billions
- Fonds pour une transition juste (FTJ)
- 19.2 € billions
Les réactions politiques en Italie
La proposition a également déclenché un débat politique en Italie. Valentina Palmisano, députée européenne du Mouvement Cinq Étoiles, a qualifié la lettre de Fitto d'aveu de défaite pour la Première ministre Giorgia Meloni. Palmisano a affirmé que Bruxelles offre un lot de consolation tout en fermant la porte à la demande centrale de l'Italie d'exclure les dépenses énergétiques des calculs du Pacte de stabilité.
Aucune ressource nouvelle ou supplémentaire n'est allouée, mais des fonds qui appartiennent déjà à l'Italie sont mis à disposition et seront désormais retirés aux régions pour les transports, les politiques actives de l'emploi et la construction de crèches.
Elle a mis au défi les gouverneurs régionaux de centre-droit de retourner à Bruxelles pour protester contre Fitto, positionnant son parti du côté des autorités locales.
Ce que les fonds peuvent financer
La communication de Fitto, basée sur le cadre AcceleratorEU, détaille les mesures éligibles spécifiques. Les États membres peuvent élargir le soutien existant aux ménages et aux entreprises pour amortir les hausses des prix de l'énergie, améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments publics comme les écoles et les musées, accélérer le déploiement des énergies propres et investir dans la mobilité durable. Le plan comprend également une composante d'action sur les engrais, soutenant le développement d'usines de traitement des eaux usées, la production d'engrais organiques et biosourcés, et le renforcement de la compétitivité des PME dans le secteur des engrais.


