
Avocats et magistrats français organisent des manifestations « justice morte » contre la réforme de la justice pénale de Darmanin
Lundi, magistrats, avocats et personnels de justice ont manifesté dans des villes de Paris à Agen pour s’opposer à une réforme de la justice pénale du gouvernement, quelques heures avant que le projet de loi ne soit examiné en première lecture à l’Assemblée nationale.
Un front uni rare
Avocats, magistrats, greffiers et même certains policiers se sont rassemblés lundi 29 juin sur les marches des palais de justice dans toute la France pour une manifestation conjointe inédite « justice morte ». L’appel, soutenu par la Conférence des bâtonniers, le principal syndicat de magistrats et plusieurs organisations de personnel, a réuni une chaîne pénale qui manifeste rarement ensemble. À Paris, quelques dizaines de personnes en robes noires et rouges ont exigé le retrait pur et simple du projet de loi SURE (justice criminelle et respect des victimes), la veille de son débat à l’Assemblée.
Ce que changerait le projet de loi SURE
Bien que le gouvernement ait retiré un mécanisme de plaider-coupable pénal début juin, les opposants insistent sur le fait que le texte affaiblit toujours les droits de la défense. Le bâtonnier de Paris, Louis Degos, a souligné « la réduction de la régularité procédurale » et « le doublement de la détention provisoire alors que l’accusé est encore présumé innocent ». À Bordeaux, le bâtonnier Stéphane Guitard a pointé l’extension des tribunaux criminels départementaux sans jurés populaires et la neutralisation de certaines nullités procédurales.
Nous sommes ici pour dire que cette loi SURE n’est pas acceptable.
L’affaire Lyhanna et la crise des moyens
Les tensions ont grimpé après que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a accusé les magistrats de manquements dans l’affaire du meurtre de Lyhanna. Le principal syndicat de magistrats a répliqué que le ministre avait « jeté les magistrats en pâture ». Les syndicats insistent sur le fait que le vrai problème est le sous-financement chronique. « Réclamer des moyens n’est pas indécent ; c’est une exigence démocratique », ont-ils déclaré lors du rassemblement d’Agen.
Nous ne sommes pas opposés à toute réforme. Nous savons mieux que personne que la justice française est lente, sous-dotée, parfois épuisée. Mais la réponse ne peut être de sacrifier les droits des justiciables. La solution est connue : recruter massivement des juges, des greffiers et des personnels judiciaires.
Mobilisation nationale
Des rassemblements ont été signalés dans au moins sept villes. À Nantes, une centaine de professionnels du droit se sont tenus sur les marches du palais de justice, et un magistrat s’est plaint d’insultes quotidiennes. À Brest, la police et des associations de victimes se sont jointes à la deuxième protestation en quatre jours. Les barreaux d’Agen et de Dax ont adopté des motions formelles ; celle de Dax disait : « Nous refusons une justice de flux qui sacrifie l’humain aux statistiques. » À Saintes, les avocats ont délibérément maintenu le tribunal ouvert en raison de conditions locales déjà dégradées.
Nous refusons une justice de flux qui sacrifie l’humain aux statistiques.
Quelle suite
Les députés commencent à examiner le projet de loi SURE mardi 30 juin. Le Syndicat de la magistrature, par la voix de sa secrétaire générale Mathilde Thimotée, a appelé au rejet à la fois de la SURE et du projet de loi RIPOST connexe. Avec les professions judiciaires dans la rue et un examen transpartisan au Parlement, le chemin du projet de loi est déjà contesté.
- Magistrats et personnels de justice à Brest organisent une première manifestation, dénonçant les conditions de travail et le manque de moyens.
- Le Conseil de l’Ordre des avocats d’Agen adopte une motion formelle contre la réforme de la justice pénale.
- Journée nationale « justice morte » : avocats, magistrats et greffiers manifestent à Paris, Nantes, Bordeaux, Saintes, Brest, Agen et Dax.
- Le projet de loi SURE doit être débattu à l’Assemblée nationale.

