Sécurité · Fleurance, Nanterre et Alexandria

L'organisme américain de protection de l'enfance avait signalé le suspect du meurtre de Lyhanna des années avant le drame, mais la police française n'a pas agi

Des années avant le meurtre de Lyhanna, 11 ans, le National Center for Missing and Exploited Children a envoyé plusieurs alertes aux autorités françaises concernant l'activité en ligne de Jérôme Barella, mais les avertissements sont restés sans suite, en raison d'un sous-effectif chronique et d'un flot de signalements.

Texte IA fondé sur les articles de La Libre.be, Franceinfo, SudOuest.fr et d’autres médias. Publié . Comment il est fait

Pour les membresLes 30 premières secondes en écoute libre. Voix de synthèse (IA).

En bref

Fleurance, Nanterre, Alexandria · France, États-Unis
Comment on en est arrivé là
  1. 29 maiLyhanna, 11 ans, est portée disparue à Fleurance (Gers).
  2. 4 juinLyhanna est retrouvée morte. Barella est mis en examen pour enlèvement et séquestration.
  3. 19 juinUn rapport d'inspection sur les éventuelles défaillances judiciaires doit être publié.

Une cascade de signaux d'alarme

En 2023, le National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC), basé aux États-Unis, a transmis à l'Office français des mineurs (Ofmin) au moins une alerte concernant Jérôme Barella, l'homme aujourd'hui accusé d'avoir enlevé et tué Lyhanna dans le Gers. L'alerte, relative à un échange avec un mineur sur une application de messagerie, ne contenait ni image ni langage violent. Elle ne comportait qu'un numéro de téléphone, sans nom, et a été considérée comme un « signal faible ». Les enquêteurs français n'ont découvert les signalements du NCMEC qu'après la mort de Lyhanna, en fouillant les dossiers. La brigade de gendarmerie locale qui avait reçu des plaintes antérieures contre Barella n'a jamais demandé de recoupement technique qui aurait pu l'identifier.

Un suspect au long passé

Barella, intérimaire de 41 ans et père de deux enfants, avait attiré l'attention bien avant 2023. En 2017, une mère l'a signalé pour une relation avec sa fille de 17 ans, mais l'affaire a été classée car la fille était majeure sexuelle et la relation semblait consensuelle. En 2020, il a été sanctionné dans une école de Lectoure (Gers) pour avoir envoyé des messages à caractère sexuel à une élève, ce qui a conduit à son licenciement en février 2021 – un incident qui, selon le ministre de la Justice Gérald Darmanin, n'a jamais été signalé à la justice. Une plainte pour viols répétés sur une fillette de dix ans a été déposée en août 2025, et des examens médicaux en septembre et octobre ont révélé des lésions compatibles avec un viol. Pourtant, Barella n'avait toujours pas été interrogé lorsque Lyhanna a disparu le 29 mai 2025. En février 2026, un autre enfant a déclaré avoir été touché lors d'une pyjama party chez Barella.

Un office submergé par les signalements

L'Ofmin reçoit entre 200 000 et 318 000 signalements par an, la grande majorité provenant des États-Unis. Avec un effectif d'environ 53 enquêteurs en 2025, l'unité ne peut traiter qu'une fraction des cas. Les agents doivent prioriser les signaux les plus urgents, comme les abus sexuels sur enfants diffusés en direct, laissant des milliers d'alertes de moindre priorité sans suite.

« 200 000 alertes, dont 95 % viennent des États-Unis. On arrive à en traiter 5 %. On ne peut pas faire plus. »

Cyril Mancone, coordinateur national d'investigation pour le syndicat Alliance Police Nationale

« En 2023, on a reçu 318 000 alertes – 870 par jour. »

Gabrielle Hazan, ancienne cheffe de l'Ofmin

Le NCMEC, fondé en 1984, regroupe les signalements des fournisseurs d'accès internet et des plateformes technologiques en vertu de la loi américaine et les transmet aux polices nationales. Dans le cas Barella, les rapports sont arrivés au siège de la police judiciaire française à Nanterre mais n'ont jamais été transmis aux parquets. Une source proche de l'enquête a confié au Parisien que le dossier contenait « un numéro de téléphone inconnu » et aurait nécessité une procédure d'identification formelle qui n'a jamais été lancée.

Conséquences et examen officiel

Lyhanna a été signalée disparue le 29 mai et retrouvée morte le 4 juin. Barella a été mis en examen pour enlèvement et séquestration. Un rapport d'inspection officiel sur d'éventuelles défaillances dans cette affaire doit être publié le 19 juin. Les révélations ont suscité une colère nationale, avec des questions sur la raison pour laquelle de multiples signaux d'alarme – plaintes familiales, alerte internationale – n'ont pas empêché un récidiviste.

« La loi américaine oblige les fournisseurs d'accès internet ou les entreprises en ligne à signaler tout contenu suspect, comme la pédopornographie, le trafic sexuel ou la violence contre les enfants. »

David Benowitz, avocat américain spécialisé dans la lutte contre la pédocriminalité

L'affaire a amplifié les appels à davantage de ressources pour les unités de protection de l'enfance françaises, déjà surchargées. Comme l'a résumé un délégué syndical de police : « On est incapables d'en traiter plus. »

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Sources et contexte

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