Le PNV et Junts resserrent l'étau sur Sánchez mais refusent une motion de censure, préférant des élections anticipées
Le PNV basque et Junts catalan intensifient la pression sur le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez dans le cadre du scandale Zapatero, mais les deux partis se montrent réservés quant à une motion de censure formelle, craignant qu'elle ne profite à leurs rivaux et ne les oblige à une alliance avec l'extrême droite.
Une pression calculée, pas un coup d'État
Le gouvernement minoritaire espagnol fait face à sa pression interne la plus sérieuse depuis des mois, mais ses alliés parlementaires clés s'arrêtent à un cheveu de lui porter un coup fatal. Le Parti nationaliste basque (PNV) et les indépendantistes catalans de Junts resserrent publiquement l'étau sur le Premier ministre Pedro Sánchez, mais leurs calculs sont dominés en privé par la stratégie électorale plutôt que par un désir immédiat de renverser l'exécutif. Le catalyseur de cette tension renouvelée est l'enquête judiciaire visant l'ancien Premier ministre José Luis Rodríguez Zapatero, mais le moteur sous-jacent est la crainte partagée d'un « super dimanche » en 2027, où les élections générales coïncideraient avec les scrutins locaux et régionaux.
Il serait irresponsable de continuer au-delà de 2026, sans cap, sans budgets, sans majorité stable et avec une agenda incontrôlée et judiciarisée.
Le cauchemar du super dimanche
Pour le PNV comme pour Junts, la perspective d'une élection nationale et locale simultanée constitue une menace existentielle. Les dirigeants des partis craignent qu'une campagne nationale dominée par le choc idéologique entre le PP et le PSOE n'étouffe les débats régionaux sur l'autogouvernance et la gestion locale, le terrain même où les partis nationalistes prospèrent. Le président du PNV, Aitor Esteban, a explicitement prévenu que les élections générales ne devraient pas être retardées au-delà de 2026 pour éviter ce choc. En interne, le PNV craint qu'une campagne nationalisée ne réactive le vote constitutionnaliste au Pays basque et n'alimente la concurrence avec la gauche indépendantiste d'EH Bildu.
Si le PNV croit vraiment que prolonger cette situation est irresponsable, le PNV doit accepter que continuer à soutenir cette situation est aussi irresponsable. Les mots seuls ne suffisent pas.
Le poison d'une alliance avec la droite
L'obstacle le plus important à une motion de censure formelle est le coût politique de l'arithmétique nécessaire. Pour évincer Sánchez, le Parti populaire (PP) centriste aurait besoin des voix du PNV et de Junts, mais aussi du soutien de l'extrême droite Vox. Pour Junts, tout pacte facilitant un gouvernement PP soutenu par Vox déclencherait une offensive totale du reste du mouvement indépendantiste catalan. Des partis comme l'ERC, la CUP et l'Aliança Catalana préparent déjà un récit selon lequel Junts a abandonné la confrontation pour devenir une force de droite pragmatique prête à traiter avec Madrid. Le PNV partage cette allergie à Vox, son porte-parole parlementaire déclarant clairement que ne pas être avec Sánchez ne signifie pas soutenir le leader du PP Alberto Núñez Feijóo.
Le PP attend l'appel
Le PP, dirigé par Feijóo, adopte une stratégie de pression passive. La direction du parti considère les récents avertissements du PNV comme des « contorsions vides » et un bluff, rappelant qu'il y a huit ans, Esteban avait retiré son soutien au budget de Mariano Rajoy pour laisser tomber le gouvernement une semaine plus tard. Bien qu'il ait un projet de motion de censure instrumentale prêt dans un tiroir du siège du parti, rue Génova, le PP refuse de faire le premier pas. Le calcul du parti est qu'il lui manque encore quatre voix pour réussir, et Feijóo craint d'offrir à Sánchez une victoire politique. Au lieu de cela, le PP exige que les alliés du gouvernement assument la responsabilité de leur mécontentement.
Ne pas être avec Sánchez ne signifie en aucun cas soutenir Feijóo.
Une question de confiance comme échappatoire
La motion de censure étant jugée trop toxique, le scénario idéal pour le PNV est une question de confiance initiée par Sánchez lui-même. Lors d'un tel vote, les nationalistes basques seraient prêts à laisser tomber le Premier ministre sans subir les dommages collatéraux d'être perçus comme complotant activement avec la droite espagnole. Cette préférence est partagée lors de conversations privées avec Junts, avec lequel le PNV a intensifié les contacts pour unifier une position visant à acculer Sánchez. Les deux partis se sentent assez forts pour forcer la fin de la législature, mais ils sont aussi liés par des négociations en suspens : Junts attend toujours le retour promis de Carles Puigdemont et le transfert complet des pouvoirs en matière d'immigration, tandis que le PNV veut achever le transfert d'autres compétences, dont la Sécurité sociale, qui est sur le point d'être lancée.


