
Le gouvernement espagnol dénonce l'interdiction « arbitraire » du juge empêchant l'épouse du Premier ministre d'assister au sommet de l'OTAN, insiste sur l'absence de risque de fuite
Le ministre de la Justice Félix Bolaños a accusé un juge suppléant d'avoir fait une distinction « arbitraire » après que Begoña Gómez a été empêchée d'assister au sommet de l'OTAN à Ankara mais autorisée à se rendre à la remise de diplôme de sa fille à Londres.
La décision judiciaire
Le juge Antonio Viejo, remplaçant le juge d'instruction Juan Carlos Peinado en congé, a statué le 6 juillet que Begoña Gómez, épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, peut se rendre à Londres du 8 au 10 juillet pour la remise de diplôme de sa fille, mais ne peut pas accompagner son mari au sommet de l'OTAN à Ankara. Le juge a estimé que la Turquie « n'appartient pas à l'espace de liberté, de sécurité et de justice de l'Union européenne » et que Gómez n'a aucun rôle actif au sommet, tandis que le Royaume-Uni offre une bonne coopération judiciaire même après le Brexit. La décision maintient les mesures conservatoires imposées précédemment par Peinado : retrait de son passeport et obligation de se présenter au tribunal toutes les deux semaines.
La réaction du gouvernement
Depuis la salle de presse de la Moncloa après le Conseil des ministres, Bolaños a qualifié les mesures de « simplement et manifestement inutiles » et a décrit la distinction Ankara-Londres comme « arbitraire ». Il a souligné que ni le Royaume-Uni ni la Turquie ne font partie de l'espace judiciaire de l'UE, mais que l'Espagne entretient une « coopération judiciaire et policière extraordinaire » avec les deux. Le ministre a révélé avoir rencontré le ministre turc de la Justice à Madrid il y a quelques semaines et prévoit une visite de retour dans les mois à venir.
Étant donné que le risque est nul, les mesures conservatoires sont, comme la communauté juridique l'a déterminé et je me joins à tous les arguments juridiques, simplement et manifestement inutiles.
Le débat sur le risque de fuite
L'argument central du gouvernement est que Gómez présente un « risque nul » de se soustraire à la justice car elle est en permanence entourée d'agents de la police nationale. Bolaños a insisté sur le fait que les mesures conservatoires exigent un risque réel de fuite, qui selon lui n'existe pas. Le magistrat Joaquim Bosch, commentant à la télévision, a remis en question la proportionnalité : s'il n'y a pas de probabilité sérieuse de fuite, toute restriction des droits fondamentaux serait disproportionnée. Il a noté que des prévenus risquant des années de prison dans d'autres procès n'ont pas eu leur passeport retiré.
Existe-t-il vraiment une probabilité sérieuse que Begoña Gómez puisse fuir ? Si non, toute limitation de ses droits serait disproportionnée.
Répercussions politiques et méfiance envers la justice
La polémique se déroule dans un contexte de baisse de confiance dans le système judiciaire. Une récente enquête du CIS a révélé que neuf Espagnols sur dix estiment que la justice ne traite pas les hommes politiques de manière égale, et 77 % doutent de son impartialité dans les affaires liées aux partis. Le chroniqueur Juan Soto Ivars a accusé le gouvernement et ses médias alliés de semer le soupçon, tandis que Bolaños a soutenu qu'un petit nombre de décisions « incompréhensibles » de certains juges alimentent la méfiance du public. Il a également appelé à une régulation du mécanisme d'accusation populaire pour empêcher son utilisation « fallacieuse » et « antidémocratique » par des organisations d'extrême droite comme Hazte Oír.
- Estiment que la justice ne traite pas les hommes politiques de manière égale
- 90 %
- Doutent de l'impartialité dans les affaires liées aux partis
- 77 %
Prochaines étapes
Gómez a fait appel des mesures conservatoires, et des sources gouvernementales ont déclaré à ABC qu'elles sont confiantes que la Cour provinciale les annulera lors d'une audience prévue le 13 juillet. Le sommet de l'OTAN se déroule sans elle ; Sánchez est arrivé à Ankara mardi soir. Le voyage à Londres reste autorisé du 8 au 10 juillet.
- Le juge Peinado retire le passeport de Gómez et ordonne une signature bimensuelle.
- Le juge suppléant Viejo refuse le voyage à Ankara, autorise le voyage à Londres.
- Sánchez arrive à Ankara sans Gómez ; Bolaños critique la décision.
- Gómez se rend à Londres pour la remise de diplôme de sa fille (jusqu'au 10 juillet).
- Audience de la Cour provinciale sur l'appel contre les mesures conservatoires.


