
Le ministre de l'Intérieur ordonne une enquête sur le traitement d'une plainte pour viol d'enfant en 2025 contre le suspect de la disparition de Lyhanna
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé le 3 juin l'ouverture d'une enquête administrative pour comprendre pourquoi une plainte pour viol déposée en août 2025 contre le principal suspect de la disparition de Lyhanna, 11 ans, n'a pas été traitée pendant des mois.
L'enquête administrative
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé mercredi 3 juin à l'Assemblée nationale qu'il avait décidé avec la ministre de la Justice d'ouvrir une enquête administrative sur le traitement d'une plainte pour viol d'enfant visant Jérôme Barella, 41 ans, mis en examen pour l'enlèvement de Lyhanna. L'enquête, confiée à l'Inspection générale de la justice et à l'Inspection générale de la Gendarmerie nationale, doit déterminer s'il y a eu des dysfonctionnements dans la chaîne judiciaire.
J'ai parlé avec la ministre de la Justice et nous avons décidé sur ce sujet de lancer une enquête administrative.
Cette annonce faisait suite à une question du député du Gers David Taupiac lors des questions au gouvernement. La procureure d'Auch, Clémence Meyer, a confirmé que l'enquête pour viol est toujours en cours et a programmé une conférence de presse à 17h00.
La chronologie de la plainte de 2025
Une mère a déposé plainte le 22 août 2025 à la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne, affirmant que sa fille de 10 ans avait été violée à plusieurs reprises au domicile de Barella à Montestruc-sur-Gers entre septembre 2024 et mai 2025. Le parquet de Toulouse a enregistré la plainte en octobre 2025, puis l'a transmise au parquet d'Auch le 28 octobre, car les faits présumés s'étaient produits à Montestruc-sur-Gers.
- Début présumé des viols d'une fillette de 10 ans au domicile du suspect à Montestruc-sur-Gers (jusqu'en mai 2025)
- Une mère dépose une plainte pour viol à la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch, Haute-Garonne
- Plainte enregistrée par le parquet de Toulouse
- Le parquet de Toulouse transmet l'affaire au parquet d'Auch car les faits se sont produits à Montestruc-sur-Gers
- La procureure d'Auch, Clémence Meyer, reçoit le dossier
- Dossier transmis à la gendarmerie de Fleurance pour débuter l'enquête
- Disparition de Lyhanna ; le suspect n'a toujours pas été interrogé dans l'affaire de viol
La procureure Meyer a indiqué avoir reçu le dossier en décembre 2025 et l'avoir transmis à la gendarmerie de Fleurance le 9 janvier 2026. Neuf mois après le dépôt de la plainte, au moment de la disparition de Lyhanna, Barella n'avait toujours pas été interrogé dans cette affaire. La mère de la victime, Audrey, a déclaré à BFMTV qu'en appelant à plusieurs reprises la police pour avoir des nouvelles, les agents lui ont dit qu'elle les ennuyait et ont menacé de déposer une plainte pour harcèlement contre elle.
Nouvelle plainte et témoignages
Le 3 juin, le père d'une autre fillette de 11 ans a déposé une plainte pour viol contre Barella à la gendarmerie d'Auch, selon La Dépêche du Midi. Les faits présumés se seraient produits fin août 2025 lors d'une soirée pyjama au domicile de Barella à Montestruc-sur-Gers, en présence de trois ou quatre mineurs. Le père a raconté aux journalistes que sa fille avait été réveillée le lendemain matin par Barella qui lui caressait les fesses.
La mère de Lyhanna avait également jugé le comportement de Barella inapproprié lors d'une soirée pyjama. Elle a confié à ICI Occitanie que Barella avait chatouillé sa fille, après quoi elle avait dit à Lyhanna de ne pas lui parler. Elle a ajouté que Barella se présentait quotidiennement devant l'école, apportant des goûters à Lyhanna et à d'autres enfants, et voyait Lyhanna chaque matin lorsqu'elle descendait du bus.
Appels à un changement systémique
Martine Brousse, présidente fondatrice de la fédération de protection de l'enfance La Voix de l'Enfant, a dénoncé la lenteur de la justice sur franceinfo. Elle a estimé qu'une plainte pour viol impliquant un mineur devrait être traitée avec la même urgence qu'une plainte liée au terrorisme.
Il n'est plus tolérable que tous les moyens soient déployés dès qu'une personne est soupçonnée de terrorisme ou de trafic de drogue, et que ce ne soit pas le cas pour les enfants.
Brousse a appelé à la multiplication des unités d'accueil pédiatriques pour l'enfance en danger (UAPED), où les témoignages des enfants sont recueillis, et à des améliorations urgentes dans la prise en charge judiciaire, sociale et psychiatrique des auteurs. L'ancien procureur général Jacques Dallest a déclaré à franceinfo que les infractions sexuelles et les violences contre les mineurs devraient bénéficier d'un traitement prioritaire, reconnaissant que le temps ne joue jamais en faveur des enquêteurs.
La disparition et le suspect
Lyhanna a été vue pour la dernière fois le 29 mai vers 15h00 quittant l'école Hubert-Reeves de Fleurance, où des témoins ont rapporté l'avoir vue monter dans une voiture. Plus de 170 gendarmes, accompagnés de chiens, d'un hélicoptère et de plongeurs, fouillent les champs, les bois et les rivières autour de Fleurance. Barella, propriétaire du véhicule, a été placé en garde à vue et mis en examen le 1er juin pour enlèvement et séquestration d'un mineur de moins de 15 ans. Il a été placé en détention provisoire.
Lors de sa garde à vue, Barella a reconnu que la fillette était montée dans sa voiture après l'école, mais a affirmé l'avoir déposée à la piscine municipale. Depuis sa mise en examen, il garde le silence devant le juge d'instruction. Son avocat maintient son innocence, soulignant qu'il n'a jamais été interrogé dans le cadre de l'enquête pour viol de 2025. Les parents de Lyhanna, par l'intermédiaire de leur avocat François Roujou de Boubée, ont déclaré rester dans la plus grande inquiétude, demander le respect de leur vie privée et avoir confiance dans l'institution judiciaire.


