
Zapatero, premier ex-chef de gouvernement mis en examen, dans le viseur pour des bijoux et des paiements d’un ami via sa société
Autrefois icône morale de la gauche espagnole, l’ancien président du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero fait désormais l’objet d’une enquête pour corruption portant sur 1,3 million d’euros de bijoux et de paiements non déclarés, acheminés via le cabinet de conseil d’un ami. Pedro Sánchez a serré les rangs, traitant l’affaire comme une question de famille.
Cinq mois qui ont détruit une icône
Depuis le 19 janvier, date à laquelle EL MUNDO a révélé que Zapatero avait reçu des paiements de Julio Martínez, un homme d’affaires mis en examen dans l’enquête sur le sauvetage de la compagnie aérienne Plus Ultra, la réputation de l’ancien dirigeant s’est effondrée. La police a perquisitionné Plus Ultra le 11 décembre 2025 et arrêté Martínez. En février, il est apparu que Zapatero avait gagné 450 000 euros d’Análisis Relevante, un cabinet de conseil lié à Martínez, soit 45 % du revenu total de la société. Le 17 juin, il est devenu le premier ancien président du gouvernement espagnol mis en examen pour corruption.
Le coffre rempli de bijoux
Lorsque les enquêteurs ont ouvert le coffre du bureau de Zapatero, ils ont trouvé des bijoux estimés à 1,3 million d’euros. Aucune explication immédiate n’a été fournie. L’entourage de l’ancien président a d’abord évoqué un héritage familial, puis, après l’estimation, un cadeau du roi Abdallah d’Arabie saoudite lors de sa visite d’État en 2007. Pourtant, cette version comporte trois failles : Zapatero a bien remis deux montres en émeraude de cette visite à la collection du patrimoine national ; son porte-parole a nié toute origine saoudienne ; et le roi est mort, rendant toute vérification impossible. Si les bijoux étaient un cadeau institutionnel, ils auraient dû être déclarés en vertu du propre code de bonne gouvernance de Zapatero de 2005. Au lieu de cela, il pourrait faire face à des accusations fiscales et de contrebande.
Esa pregunta quien tiene que responderla es el señor Zapatero, no yo.
Le cabinet de conseil : pas de contrat, seulement la course à pied
Lors de son audition, Zapatero a déclaré au juge José Luis Calama que sa relation professionnelle avec Martínez était née d’un hobby commun, la course à pied à El Pardo. Ils n’avaient pas de contrat écrit. Calama a insisté à plusieurs reprises sur les « contrats vides » souvent utilisés comme écrans fiscaux, mais Zapatero a maintenu qu’il fournissait simplement des services de conseil mondiaux par téléphone et n’avait jamais produit de feuille Excel. Les registres montrent que la société de ses filles a également reçu des paiements.
Sánchez traite un prédécesseur mis en examen comme un membre de la famille
Le président du gouvernement Pedro Sánchez s’est entretenu avec Zapatero « tous les jours » et a présenté toutes les révélations comme des questions de confiance et de présomption d’innocence. Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, il a éludé les questions sur la restitution des bijoux et a fait valoir que les normes de 2007 différaient de celles d’aujourd’hui, alors même que le code de 2005 exigeait déjà la déclaration des cadeaux institutionnels. Le Parti socialiste a serré les rangs, traitant le scandale non comme une affaire de corruption, mais comme une attaque à endurer jusqu’à des élections anticipées probables après le rejet du budget 2027.
Siempre me conduje con decencia y honradez.
- La police perquisitionne la compagnie aérienne Plus Ultra et arrête Julio Martínez.
- EL MUNDO révèle que Zapatero a reçu des paiements de Martínez.
- Des rapports montrent 450 000 euros d’honoraires de conseil d’Análisis Relevante.
- Zapatero témoigne devant le juge Calama, nie les faits.
- Sánchez tient une conférence de presse à Bruxelles, élude les questions sur les bijoux.
Pourriture éthique ou cynisme tactique ?
Les critiques estiment que cette défense normalise les actes répréhensibles. Les mêmes politiciens qui dénonçaient autrefois les violations constitutionnelles ont désormais embrassé la cause de Zapatero, passant des principes au pragmatisme. Le véritable dommage démocratique, préviennent les commentateurs, n’est pas les bijoux ou les paiements, mais la corrosion de la responsabilité : quand toute vérité devient négociable, la frontière entre le bien et le mal s’estompe.


