Le Myanmar publie des photos d'Aung San Suu Kyi rencontrant un responsable de la Croix-Rouge, premier contact avec un étranger depuis le coup d'État de 2021
Le gouvernement soutenu par l'armée a publié des images de la dirigeante détenue de 81 ans serrant la main du représentant du CICR, Arnaud de Baecque, à Naypyidaw, alors que les inquiétudes grandissent quant à sa santé et que son fils réclame une preuve de vie.
Première rencontre depuis le coup d'État
L'ancienne dirigeante détenue du Myanmar, Aung San Suu Kyi, a rencontré Arnaud de Baecque, le représentant résident du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Myanmar, lundi matin dans la capitale Naypyidaw. Le bureau du président a annoncé la rencontre, et la porte-parole du gouvernement, Khine Khine Soe, l'a confirmée via Telegram. Il s'agit du premier contact connu entre Suu Kyi et un responsable étranger depuis que l'armée a renversé son gouvernement élu en février 2021. L'administration soutenue par l'armée a publié plusieurs photographies de la rencontre, montrant la femme de 81 ans serrant la main d'un homme qui semble être de Baecque et coupant un gâteau d'anniversaire avec l'inscription « Joyeux anniversaire Tante Suu ».
Nous sommes heureux de voir sa photo comme ça, si c'est vraiment elle qui rencontre le CICR. Nous pouvons maintenant savoir qu'elle est vivante.
Les images n'ont pas pu être immédiatement vérifiées par l'AFP, mais une analyse par IA n'a révélé aucun signe de falsification. Le CICR a été contacté pour commentaires.
Inquiétudes sanitaires et preuve de vie
La localisation exacte et l'état de santé de Suu Kyi sont inconnus depuis sa détention. Fin avril 2026, après que l'ancien chef de la junte, Min Aung Hlaing, a été installé comme président civil à la suite d'élections très restreintes, les autorités ont annoncé que Suu Kyi avait été transférée de prison en résidence surveillée. Sa peine initiale de 33 ans, prononcée lors de procès largement critiqués pour leur manque de procédure régulière, a été réduite à 18 ans dans le cadre de deux programmes d'amnistie des prisonniers plus tôt cette année. Le 30 avril, les médias d'État ont publié une photo d'elle assise sur un banc en bois avec deux officiers en uniforme, mais la véracité de cette image a rapidement été remise en question.
Son fils, Kim Aris, un citoyen britannique de 48 ans, a réclamé à plusieurs reprises une preuve de vie vérifiée de manière indépendante que sa mère est en vie. Après la photo d'avril, il a écrit sur Facebook : « Plus de cinq ans après le coup d'État, il n'existe toujours aucune preuve crédible et vérifiée de manière indépendante que ma mère est en vie. »
Déplacer ma mère, une lauréate du prix Nobel de la paix de 81 ans, d'un endroit secret à un autre n'est pas la liberté. Elle reste une otage. Montrez une preuve de vie.
Il a ajouté que lorsque les autorités ont annoncé le transfert en résidence surveillée, « elles s'attendaient à ce que le monde détourne le regard ». Aris a également critiqué l'Inde pour avoir déroulé le tapis rouge à Min Aung Hlaing, exhortant la plus grande démocratie du monde à se ranger du côté des droits de l'homme.
Contexte politique et militaire
Le coup d'État de 2021 a plongé le Myanmar dans une guerre civile qui a tué plus de 100 000 personnes de tous les côtés, selon France 24, et déplacé des millions de personnes. L'armée a fait face à une résistance armée de la part des organisations ethniques armées et des milices pro-démocratie. Le parti de Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, qui avait remporté une victoire écrasante aux élections de 2020, a été mis à l'écart, et les groupes de défense des droits de l'homme affirment que les nombreuses accusations portées contre elle ont été fabriquées pour l'écarter de la vie politique.
- Coup d'État militaire renversant le gouvernement de Suu Kyi ; elle est détenue.
- Min Aung Hlaing est installé comme président civil après des élections restreintes.
- Les médias d'État publient une photo de Suu Kyi avec des officiers en uniforme ; l'authenticité est remise en question.
- Suu Kyi rencontre le représentant du CICR Arnaud de Baecque ; premier contact avec un étranger.
Réactions internationales
Depuis le coup d'État, le Myanmar a été largement ostracisé par la communauté internationale. L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), composée de 11 membres, a exclu les dirigeants du pays des sommets de haut niveau. Cependant, la Thaïlande voisine mène un effort pour ramener le Myanmar dans le giron diplomatique, à la fois bilatéralement et par le biais de canaux régionaux. Les Nations Unies ont renouvelé leur appel à la libération de Suu Kyi pour son 81e anniversaire en juin. La rencontre avec le CICR, une organisation humanitaire neutre, pourrait signaler une ouverture limitée de la part des autorités militaires, mais le politicien anonyme de son parti a souligné : « Tante doit être libérée immédiatement car elle est détenue illégalement. »


