
Le pape Léon aux victimes de traite aux Canaries : « Votre corps a une dignité que personne ne peut vous enlever »
Le pape Léon XIV a conclu jeudi sa tournée espagnole d'une semaine aux îles Canaries, rencontrant des victimes de traite et des migrants dans un port autrefois tristement célèbre pour ses conditions insalubres, et réclamant des routes sûres et un traitement humain.
Arrivée au « quai de la honte »
Le pape Léon XIV a atterri jeudi matin à Grande Canarie pour la dernière étape de sa tournée espagnole, se rendant directement au port d'Arguineguin. Ce site est devenu connu comme le « quai de la honte » après qu'environ 1 000 migrants y ont été bloqués dans des conditions insalubres et à ciel ouvert au cours des premiers mois de la pandémie de Covid-19 en 2020. Beaucoup ont été contraints de dormir pendant des semaines avec seulement une couverture et sans douche, et les demandeurs d'asile potentiels n'avaient pas un accès adéquat à des conseils juridiques, certains étant détenus bien plus longtemps que les trois jours autorisés par la loi. Le défenseur des droits a ensuite contraint le gouvernement à fermer le campement de fortune.
Un appel aux victimes de traite
Au port, le pontife nord-américain a écouté le témoignage d'une femme victime de traite qui s'exprimait au nom de toutes les femmes victimes. Il s'est ensuite adressé directement à elles, insistant sur leur valeur inhérente.
Si d'autres ont mis un prix sur votre corps, Dieu n'a jamais cessé de vous regarder comme une personne d'une valeur inestimable. Si on vous a traitées comme une chose, l'Église veut vous dire aujourd'hui : vous êtes filles et sœurs, votre vie n'appartient pas à ceux qui vous ont fait du mal, votre corps n'appartient pas à ceux qui ont profité de vous, et il a une dignité que personne ne peut vous enlever.
« La dignité humaine n'a pas de passeport »
Léon a élargi son message à la communauté internationale, lançant ce qu'il a appelé un « appel à la conscience » des politiques en Europe et au-delà. Il a averti que l'histoire condamnerait ceux qui laissent souffrir les personnes fuyant la guerre ou la pauvreté.
Le pape a souligné que la dignité exige des routes légales et sûres, des secours et une assistance, une véritable coopération contre les trafiquants, une protection effective des victimes, et des processus sérieux d'accueil et d'intégration. Il a ajouté qu'il existe aussi un droit de ne pas devoir migrer : celui de rester chez soi sans souffrir de la faim, de la guerre, de la persécution ou de la corruption.La dignité humaine n'a pas de passeport et ne perd pas sa valeur en franchissant une frontière.
La périlleuse route atlantique
Les îles Canaries sont un point d'entrée clé pour les migrants introduits clandestinement depuis l'Afrique de l'Ouest, souvent dans des embarcations surchargées et en mauvais état. Plus de 3 000 personnes sont mortes en 2025 en tentant d'atteindre l'archipel, selon l'ONG Caminando Fronteras. Un record de près de 47 000 migrants est arrivé en 2024, bien que les chiffres aient fortement chuté, avec un peu plus de 3 000 personnes débarquant au cours des cinq premiers mois de 2026. Vendredi, le pape doit rencontrer environ 1 000 réfugiés et migrants. Juan Carlos Lorenzo, coordinateur de la Commission espagnole pour les réfugiés aux Canaries, a qualifié cette visite de jalon important.
Elle servira de forte affirmation de la défense des droits de l'homme, du respect et de la dignité que toutes les personnes méritent, quelle que soit leur origine.
Un contrepoint à la politique migratoire européenne
Le gouvernement espagnol, dirigé par les socialistes, a pris le contre-pied de la tendance en Europe et aux États-Unis en défendant l'immigration sur des bases économiques et humanitaires, lançant plus tôt cette année une campagne de régularisation pour des centaines de milliers d'immigrés sans papiers. Le Premier ministre Pedro Sanchez a souligné les avantages pour une économie dont la population active vieillit et le taux de natalité est faible. Cette initiative a suscité les critiques des dirigeants d'extrême droite en Espagne et sur le continent. La visite de Léon réalise un souhait de longue date de son prédécesseur, François, décédé il y a un an sans avoir pu effectuer le voyage prévu aux îles. Plus tôt dans la semaine, Léon a déclaré au Parlement espagnol que le manque d'aide aux migrants du monde remettait en cause « le fondement éthique de l'ordre international », recevant une ovation debout de sept minutes.
- 2024
- 47000 personnes
- 2025
- 46000 personnes
- 2026 (janv.-mai)
- 3000 personnes


