
Le pape Léon XIV dénonce les « cimetières sans pierres tombales » des migrants sur un quai des Canaries autrefois appelé « quai de la honte »
Le pape Léon XIV s'est rendu au quai d'Arguineguín, à Grande Canarie, symbole de la crise migratoire atlantique, où il a entendu des témoignages poignants de survivants et a appelé l'Europe et la communauté internationale à cesser de traiter la mer comme une fosse commune.
Le pape Léon XIV a conclu sa visite en Espagne au quai d'Arguineguín, à Grande Canarie, un site devenu tristement célèbre en 2020 lorsque des milliers de migrants ont été abandonnés dans des conditions insalubres pendant la pandémie, lui valant le nom de « quai de la honte ». Le pontife a exaucé un vœu de son prédécesseur, François, qui avait prévu de s'y rendre mais est décédé avant d'avoir pu effectuer le voyage. Debout devant environ 1 800 invités, dont le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et le président des Canaries Fernando Clavijo, le pape a écouté des survivants, des sauveteurs et des bénévoles avant de prononcer un discours vigoureux sur le coût humain de la route migratoire atlantique.
Témoignages poignants de la route atlantique
L'événement a été ponctué de récits personnels. Une femme nigériane, victime de traite des êtres humains, a raconté au pape comment elle avait été forcée de choisir entre une vie de souffrance et une traversée mortelle. Elle est tombée enceinte pendant le voyage d'un homme lié à des réseaux criminels. À son arrivée en Espagne, son bébé lui a été enlevé pour la contraindre à la prostitution. Un autre migrant, originaire du Pérou, a raconté être arrivé en Espagne il y a trente ans sans rien et avoir finalement créé sa propre entreprise. Tito Villarmea, capitaine du service espagnol de sauvetage maritime Salvamento Marítimo, a déclaré que son équipe avait secouru plus de 20 000 personnes en mer, un chiffre qu'il a qualifié de douloureux et d'impérissable.
Queridos migrantes, antes de decir nada, quiero inclinarme ante su dignidad.
Un appel à un « examen de conscience » européen
Le pape a adressé son message directement aux dirigeants politiques, les exhortant à entendre les voix de ceux qui avaient parlé. Il a appelé à un large « examen de conscience » ciblant les pays d'origine, les pays de transit et l'Europe elle-même. Il a soutenu que l'Europe ne peut proclamer la dignité humaine tout en s'habituant à ce que la Méditerranée et l'Atlantique servent de « cimetières sans pierres tombales ». Il a insisté sur le fait que la dignité humaine n'a pas besoin de passeport et ne perd pas de valeur en franchissant une frontière.
Europa no puede proclamar la dignidad humana y acostumbrarse a que el Mediterráneo y el Atlántico sean cementerios sin lápidas.
Condamnation des réseaux de traite
Léon XIV a condamné ce qu'il a appelé des « industries de la mort » et les « monstres » qui rôdent sur les mers, faisant référence aux mafias qui trafiquent le désespoir et exploitent les femmes et les enfants. Il a averti les migrants de ne pas faire confiance à ceux qui promettent des paradis faciles en échange de leur corps, de leur argent, de leur silence ou de leur liberté. Le pape a également abordé l'indifférence de ceux qui laissent les pauvres être engloutis par l'exploitation ou la négligence, insistant sur le fait que l'Église ne peut pas se détourner de ces quais où la souffrance humaine exige une réponse.
No entreguen su existencia a quienes comercian con ella.
Frictions politiques autour de la politique de « priorité nationale »
Le message du pape est tombé dans un contexte de tensions politiques en Espagne. Le Parti populaire (PP) conservateur a tenté de concilier son soutien au pontife avec sa politique de « priorité nationale », qui privilégie les citoyens espagnols par rapport aux migrants. La porte-parole du PP, Ester Muñoz, a déclaré que le parti convenait que toute personne arrivant en Espagne devait être accueillie avec toute la dignité. Cependant, la présidente de la région de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, a soutenu que le discours du pape était global et ne s'adressait pas aux Espagnols. Cette position contraste avec l'appel explicite du pape à la non-discrimination et à l'accueil, des principes que les critiques jugent en contradiction directe avec le cadre de « priorité nationale » convenu entre le PP et le parti d'extrême droite Vox.
Le pacte migratoire de l'UE à l'horizon et avertissements locaux
La visite a eu lieu un jour avant l'entrée en vigueur du nouveau Pacte sur la migration et l'asile de l'Union européenne, prévue le 12 juin 2026. Des ONG, dont le CEAR, Save the Children et Médecins Sans Frontières, ont averti que le pacte serait « dévastateur », anticipant davantage de personnes piégées, détenues et privées de protection. Le président des Canaries, Fernando Clavijo, a exprimé l'espoir que le message du pape empêcherait une répétition des scènes du « quai de la honte » de 2020, avertissant que le nouveau pacte de l'UE va dans le sens inverse d'une gestion raisonnable des frontières et pourrait conduire à une crise similaire. L'année dernière, près de 1 200 migrants sont morts ou ont disparu sur la route des Canaries, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
- L'avion papal atterrit à la base aérienne de Gando, à Grande Canarie, avec 136 passagers dont 86 journalistes.
- Léon XIV arrive au quai d'Arguineguín, accueilli par la maire Onalia Bueno qui lui offre un chapelet en bois de pin et d'avocat.
- L'évêque José Mazuelos ouvre l'événement ; lecture de l'Évangile selon Matthieu 25, 31-46.
- Témoignages d'un sauveteur en mer, d'une bénévole de Caritas, d'une victime de la traite et d'un entrepreneur latino-américain.
- Le pape prononce un discours condamnant l'indifférence, appelle à un « examen de conscience » et jette des fleurs à la mer pour les morts.


