
Le Maroc expulse des journalistes espagnols de TVE et de l'EFE de Castillejos, près de Ceuta, en pleine répression migratoire
Les autorités marocaines ont ordonné à des journalistes de la télévision publique espagnole TVE et de l'agence de presse EFE de quitter Castillejos (Fnideq) samedi 15 août 2026, alors qu'ils couvraient l'intervention de policiers anti-émeutes dispersant des migrants près de la frontière de Ceuta. La RTVE et le gouvernement espagnol ont exigé des explications de Rabat.
Expulsion de Castillejos
Samedi 15 août 2026, les autorités marocaines ont ordonné à des journalistes de la télévision publique espagnole TVE et de l'agence de presse EFE de quitter Castillejos (Fnideq), la ville frontalière de Ceuta, où ils couvraient les mouvements migratoires et la situation sociale près de la frontière. Youssef Hajji, un représentant du ministère marocain de l'Intérieur, a communiqué l'ordre verbalement, mentionnant seulement qu'il « suivait des instructions », sans explication formelle. Les journalistes ont été informés que leurs accréditations et leur équipement pourraient être confisqués s'ils ne se conformaient pas, et les hôtels où ils séjournaient ont reçu l'ordre des autorités locales de les faire partir immédiatement.
Ce que couvraient les journalistes
Les équipes rapportaient que la police anti-émeute marocaine dispersait des centaines de migrants qui tentaient d'atteindre la frontière de Ceuta. La correspondante de TVE à Rabat, Arantxa Marculeta, a déclaré qu'ils n'avaient pas pu filmer l'intervention policière parce que les autorités locales leur avaient ordonné de quitter les lieux. Elle a indiqué qu'ils travaillaient aux côtés de la presse marocaine et espagnole, y compris l'EFE.
Nous faisons cette connexion par téléphone parce qu'ils nous ont également dit que nous ne pouvons pas emmener la caméra de TVE n'importe où à Castillejos. Que nous ne pouvions pas travailler dans la ville, que nous devions la quitter. Et que si nous le faisions, nous pourrions perdre nos accréditations de presse, ce qui nous permet de travailler dans le pays.
Selon le journal marocain Hespress, près de 300 personnes ont été arrêtées samedi alors qu'elles tentaient d'entrer irrégulièrement à Ceuta depuis Fnideq. La correspondante de TVE a fait état de plus de 140 personnes « interpellées ». La police anti-émeute marocaine a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les migrants, majoritairement subsahariens, après qu'ils ont été arrêtés à un cordon policier à deux kilomètres de la frontière.
Réactions de la RTVE et de l'EFE
La RTVE a publié un communiqué exprimant son « rejet le plus énergique » de l'expulsion. Le président de la société, José Pablo López, a qualifié l'incident d'obstacle d'une gravité énorme à la liberté de la presse et au droit à l'information, et a exigé que les autorités marocaines fournissent toutes les garanties et le maximum de respect pour que les journalistes puissent travailler librement dans la zone frontalière.
L'expulsion de nos professionnels de la ville de Castillejos constitue un obstacle d'une gravité énorme à la liberté de la presse et au droit à l'information.
Le président de l'EFE, Miguel Ángel Oliver, a défendu le droit à la liberté d'information, notant que l'EFE a une importante délégation au Maroc depuis soixante ans. L'EFE a contacté le ministère marocain de l'Intérieur et n'a reçu aucune réponse.
Réponse du gouvernement espagnol
Le gouvernement espagnol, par l'intermédiaire de sources de Moncloa, a déclaré que la liberté de la presse est protégée « à tout moment et dans toutes les parties du monde » et que l'ambassade d'Espagne à Rabat est en contact permanent avec les journalistes concernés et les autorités marocaines, cherchant une solution à l'incident.
Contexte migratoire
Cette expulsion intervient dans un contexte de pression migratoire accrue à la frontière de Ceuta. Deux semaines plus tôt, plus de 72 000 personnes étaient entrées à Ceuta à pied ou à la nage. Mercredi 12 août, les autorités marocaines ont annoncé des mesures pour contenir un éventuel nouveau flux migratoire vers Ceuta. Des publications sur les réseaux sociaux circulaient affirmant que la frontière entre Fnideq et Melilla serait « ouverte » le 15 août, jour férié en Espagne.
- Plus de 72 000 personnes entrent à Ceuta à pied ou à la nage
- Les autorités marocaines annoncent des mesures pour contenir un éventuel nouveau flux migratoire vers Ceuta
- La police anti-émeute marocaine disperse des migrants avec des gaz lacrymogènes près de Fnideq ; des journalistes de TVE et de l'EFE reçoivent l'ordre de quitter Castillejos ; près de 300 arrêtés selon Hespress

