Le juge Piña ordonne une recherche de preuves pénales dans les conversations Cospedal-Villarejo, relançant l'affaire Kitchen
Un juge de l'Audiencia Nacional espagnole a ordonné à la police d'examiner les communications entre l'ancienne secrétaire générale du PP María Dolores de Cospedal et le commissaire retraité José Manuel Villarejo pour y rechercher des preuves pénales, et a exigé qu'une station de radio remette des enregistrements qui pourraient impliquer l'ancien Premier ministre Mariano Rajoy.
L'ordonnance judiciaire
Le juge Antonio Piña, qui supervise la vaste affaire Villarejo à l'Audiencia Nacional, a chargé l'unité des affaires internes de la Police nationale de localiser toute conversation, courriel ou virement bancaire entre Villarejo, Cospedal et son ancien compagnon, l'homme d'affaires Ignacio López del Hierro, qui « pourrait fournir des preuves de criminalité ». L'ordonnance, signée jeudi et consultée par plusieurs médias espagnols, oblige également la radio catalane RAC1 à remettre les enregistrements qu'elle a publiés en mars 2025.
Les enregistrements
Un audio, daté du 15 septembre 2014, capture Villarejo rendant visite à Cospedal au siège national du PP, rue de Génova, environ un an après le gros de l'opération Kitchen. Dans l'échange, Villarejo mentionne que des « documents compliqués » ont été trouvés un mois plus tôt, et Cospedal demande s'ils ont été découverts par le réseau de Villarejo ou par l'agence de renseignement CNI.
Nous l'avons trouvé.
Je sais qu'ils avaient trouvé des choses avant et qu'ils ont plus ou moins nettoyé tout ce qu'il avait. Le président me l'a dit. Personne d'autre ne me l'a dit.
La conversation semble faire référence à l'ancien trésorier du PP Luis Bárcenas, cible de l'opération illégale Kitchen.
Pression politique
Cette décision fait suite aux demandes répétées du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui agit comme accusateur populaire dans plusieurs branches de l'affaire Villarejo. Le PSOE cherche depuis longtemps à faire remettre en examen Cospedal pour ses liens avec le commissaire, mais les tentatives précédentes ont été rejetées. Cospedal avait été mise en examen dans l'enquête Kitchen avant que le juge Manuel García-Castellón ne classe l'affaire la concernant.
Contexte de l'affaire Kitchen
L'opération Kitchen était une opération policière présumée hors des livres visant à espionner Bárcenas et à récupérer des documents sensibles qui pourraient nuire au PP. Le procès doit se conclure le 30 juillet 2026. Cospedal et Rajoy ont témoigné en tant que témoins, apparaissant parfois ayant des trous de mémoire ou se montrant dédaigneux, selon des comptes rendus judiciaires. La nouvelle ordonnance relance une piste d'enquête restée en sommeil : un rapport des affaires internes passé inaperçu qui contenait une annexe intitulée « MDCosped ».
- Opération Kitchen : la police espionne l'ancien trésorier du PP Luis Bárcenas pour récupérer des documents sensibles.
- Villarejo rend visite à Cospedal au siège du PP ; l'enregistrement capture une discussion sur des documents compromettants et la connaissance présumée de Rajoy.
- La radio catalane RAC1 publie les enregistrements, mais ils ne sont pas évalués judiciairement.
- Le juge Piña ordonne aux affaires internes d'examiner les communications pour y rechercher des preuves pénales et exige que RAC1 remette les enregistrements.
La suite
Les agents des affaires internes qui ont enquêté à l'origine sur Kitchen vont désormais revenir sur l'affaire pour produire le rapport demandé. La décision du juge ouvre une nouvelle voie pour agir potentiellement contre l'ancienne politicienne, bien qu'aucune nouvelle accusation n'ait été portée. Les enregistrements de RAC1, qui n'avaient pas été évalués judiciairement lors de leur première publication, seront désormais formellement intégrés à l'enquête.


