
Le Sénat français rouvre le débat sur l'acétamipride alors que 1 000 élus locaux promettent de punir les sénateurs pro-pesticides
Le Sénat français commence l'examen lundi d'un projet de loi d'urgence agricole qui comprend des amendements visant à réintroduire deux insecticides néonicotinoïdes, l'acétamipride et le flupyradifurone, à titre dérogatoire. Une tribune transpartisane signée par 1 000 élus locaux prévient les sénateurs qu'ils ne voteront pas pour les candidats qui soutiennent cette mesure.
L'amendement et son retour dans l'hémicycle
L'examen du projet de loi d'urgence agricole (PLUA) par le Sénat commence à 16h00 le 29 juin 2026. En commission, des sénateurs menés par Laurent Duplomb (LR) ont inséré un amendement visant à réintroduire l'acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides néonicotinoïdes interdits en France depuis 2016 mais toujours autorisés ailleurs dans l'Union européenne. Les dérogations seraient limitées dans le temps, soumises à un avis de l'agence de sécurité sanitaire Anses, et restreintes à des filières spécifiques comme la noisette et la betterave sucrière.
Des dispositions similaires avaient été censurées par le Conseil constitutionnel en 2025 après qu'une pétition estivale contre l'acétamipride a recueilli plus de 2 millions de signatures. Le nouveau texte a été retravaillé pour passer le cap du contrôle de constitutionnalité, espèrent ses auteurs. Le gouvernement s'oppose à la clause pesticide, craignant qu'elle ne fasse dérailler l'ensemble du projet de loi avant la pause estivale de fin juillet.
Les élus locaux tracent une ligne rouge
Avant le débat, 1 000 élus locaux de toute la France ont publié une tribune transpartisane dans la Gazette des communes. Dix signataires de la région du Trégor en Bretagne ont appelé les plus de 400 grands électeurs de la communauté Lannion-Trégor à se joindre à eux. Ils ont lancé un ultimatum aux sénateurs en exercice et aux candidats aux élections sénatoriales de septembre 2026.
Nous ne pourrons pas, en conscience, voter pour des candidats qui, en tant que sénateurs, auraient voté pour réautoriser ce type de pesticide.
La tribune décrit les néonicotinoïdes comme des poisons du système nerveux pour tous les invertébrés terrestres et aquatiques, ainsi que pour les oiseaux, les poissons et les mammifères, et met en garde contre de graves risques pour la santé humaine. Elle invoque également la mobilisation citoyenne sans précédent de l'été 2025, arguant qu'un tel revirement législatif irait à l'encontre des attentes exprimées par une grande partie de la population.
Les betteraviers plaident pour une bouée de sauvetage concurrentielle
Les producteurs de betterave sucrière, qui ont récolté 4,5 millions de tonnes de sucre en 2025, considèrent l'acétamipride comme essentiel pour lutter contre les pucerons propagateurs de la jaunisse. Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (23 000 membres), souligne une baisse de 5 % de la superficie betteravière française à un peu moins de 400 000 hectares l'an dernier, tandis que la superficie polonaise a augmenté de 30 % et la superficie allemande de 10 %.
Nos principaux concurrents sont les Allemands. Je suis Alsacien et à 20 kilomètres de chez moi, ce produit est utilisé. Moi, en Alsace, je ne peux pas.
Sander lie la perte de compétitivité à la fermeture de six sucreries françaises au cours des sept dernières années et prévient que 70 000 emplois liés à la filière sont en jeu. Il appelle au pragmatisme, arguant que la production ne devrait pas être délocalisée juste de l'autre côté du Rhin.
- France
- -5 %
- Germany
- 10 %
- Poland
- 30 %
Un calendrier politique tendu
Le PLUA a été adopté par l'Assemblée nationale début juin avec un soutien allant du camp présidentiel au Rassemblement National. Le Sénat, dominé par une alliance droite-centre, entend aller plus loin que le texte du gouvernement sur plusieurs fronts, notamment la gestion de l'eau et la prédation du loup. L'amendement pesticide a déjà suscité de vives critiques de la part de la gauche, qui dénonce une escalade pro-pesticides, et des groupes environnementaux. Le gouvernement a publiquement exprimé sa crainte que les ajouts du Sénat ne fragilisent la majorité fragile et ne bloquent le projet de loi avant la pause parlementaire estivale.


