
Le Sénat vote la réintroduction d'insecticides interdits, malgré l'opposition du gouvernement
Lors d'un vote de nuit, le Sénat français a bravé l'exécutif en approuvant le retour encadré de deux insecticides néonicotinoïdes interdits en France mais autorisés ailleurs dans l'UE, rouvrant une vive bataille politique qui menace l'ensemble du projet de loi agricole d'urgence.
Le vote du Sénat défie le gouvernement
Dans la nuit du 29 au 30 juin 2026, le Sénat français a voté par 183 voix contre 129 en faveur de la réintroduction encadrée de deux insecticides interdits en France mais autorisés ailleurs dans l'UE. Le vote est intervenu lors de l'examen du projet de loi agricole d'urgence, poussé par les sénateurs de droite et du centre, contre l'opposition explicite du gouvernement.
Nous ne devons pas prendre le risque que ce texte soit enterré. On ne nous le pardonnerait pas dans les fermes.
Les produits au cœur de la tempête
La mesure concerne l'acétamipride, un néonicotinoïde toxique pour la biodiversité et potentiellement pour la santé humaine, et le flupyradifurone. Tous deux sont interdits d'utilisation en France mais restent légaux dans d'autres pays européens. Les partisans du projet de loi soutiennent que l'interdiction désavantage les producteurs français face à la concurrence, en particulier pour des secteurs en difficulté comme la noisette, la betterave sucrière, la pomme et la cerise.
Nous sommes les seuls en Europe à interdire ces molécules depuis plus de dix ans. Nous tuons lentement notre production fruitière française, pour finir par importer massivement ces mêmes fruits produits avec ces mêmes molécules.
Réactions environnementales et politiques
Les sénateurs de gauche et les groupes environnementaux ont condamné le vote. Le sénateur Daniel Salmon l'a qualifié de « renoncement gigantesque », tandis que le socialiste Jean-Claude Tissot a parlé d'un « recul inacceptable ». Le débat relance une tempête politique datant de 2025, lorsqu'une pétition contre la loi Duplomb initiale avait recueilli plus de deux millions de signatures. La loi, du nom du sénateur Laurent Duplomb, avait été partiellement censurée par le Conseil constitutionnel l'an dernier.
Le gouvernement craint pour la survie du projet de loi
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a averti que la clause sur les pesticides pourrait faire échouer l'ensemble du projet de loi agricole d'urgence, adopté par l'Assemblée nationale début juin avec un soutien allant de la coalition présidentielle à l'extrême droite.
Ce que je crains, c'est que ce sujet soit si virulent qu'il puisse entraîner tout le texte dans sa chute.
Le projet de loi se dirige désormais vers une commission mixte paritaire réunissant députés et sénateurs à la mi-juillet, où le retour des pesticides sera l'un des points les plus controversés.


