Baromètre de l'UNICEF et de l'université de Séville : la solitude et la tristesse augmentent chez les adolescents espagnols depuis 2018
Le bien-être émotionnel des jeunes Espagnols de 12 à 16 ans a reculé après 2018, selon un baromètre de l'UNICEF España et de l'université de Séville, les filles et les élèves issus de familles à faibles revenus étant les plus touchés.
Un recul depuis 2018
L'UNICEF España et l'université de Séville ont présenté le Barómetro de Opinión de la Infancia y la Adolescencia 2024-2026 le jeudi 15 octobre 2026. L'étude, intitulée La salud mental sí es cosa de adolescentes, suit le bien-être émotionnel des 12-16 ans et décrit une baisse que l'UNICEF qualifie sans précédent. Selon les résultats, les indicateurs sont restés globalement stables entre 2006 et 2018, avant de se dégrader sur tous les critères en 2022. Les résultats proviennent d'un échantillon de 14 000 élèves à travers l'Espagne, et les travaux ont été financés par le ministère des Droits sociaux, de la Consommation et de l'Agenda 2030. Sur l'échelle de bien-être KIDSCREEN-10, qui va de un à cinq, la moyenne est passée de 3,75, stable pendant plus d'une décennie, à 3,47 lors de la mesure la plus récente.
Solitude, tristesse et concentration
Entre 2018 et 2022, la part des adolescents qui déclarent se sentir seuls a presque doublé, passant de 7 % à 13,6 %. Ceux qui font état de tristesse sont passés de 11,9 % à 19,5 % sur la même période. La part de ceux qui peuvent se concentrer et être attentifs toujours ou presque toujours a chuté de 55 % à 40,1 %, tandis que l'étude indique aussi que les élèves disposant d'assez de temps libre pour eux-mêmes sont passés de 52,9 % à 36,7 %. Le graphique met côte à côte les chiffres de 2018 et de 2022.
- Se sentent seuls, 2018
- 7 %
- Se sentent seuls, 2022
- 13.6 %
- Se sentent tristes, 2018
- 11.9 %
- Se sentent tristes, 2022
- 19.5 %
- Attentifs toujours ou presque toujours, 2018
- 55 %
- Attentifs toujours ou presque toujours, 2022
- 40.1 %
María Ángeles Espinosa, présidente de l'UNICEF España, a déclaré lors d'une conférence de presse que ces résultats devaient inquiéter et inciter à agir.
Nous devons être très attentifs, car ce ne sont pas simplement des choses qui viennent avec l'âge.
Elle a ajouté que le problème ne devait être traité ni avec alarmisme ni avec simplification excessive, mais qu'il ne pouvait être ignoré car il façonne à la fois le présent et l'avenir de l'adolescence.
Les filles et les élèves des foyers à faibles revenus
Le recul est plus marqué chez les filles. Entre 2018 et 2022, le bien-être des garçons a baissé de 0,14 point, contre 0,41 point chez les filles, près de trois fois plus.
- Garçons
- 0.14 points
- Filles
- 0.41 points
Le milieu socio-économique suit la même tendance. En 2022, les élèves issus de familles disposant de moins de ressources déclaraient un score de bien-être de 3,26, contre 3,54 pour les élèves de foyers à hauts revenus. Les chiffres publiés pour les foyers à revenus intermédiaires diffèrent, 3,4 et 3,49, ce point n'est donc pas tranché. L'étude indique également que les élèves des foyers les moins dotés ont connu la baisse de bien-être la plus forte.
Stigmatisation, recours aux soins et diagnostic
L'étude relie la stigmatisation à une réticence à demander de l'aide. Parmi les élèves du secondaire ayant eu un problème de santé mentale au cours de l'année écoulée, 53 % n'ont demandé de l'aide à personne, et 39,6 % n'en ont parlé à aucun proche. Chez les jeunes, 29,7 % nourrissent des préjugés envers la maladie mentale ou souhaitent une distance sociale avec les personnes concernées, et ces préjugés sont plus élevés chez les garçons (37,6 %) que chez les filles (21,2 %). Seuls 51,8 % de ceux qui ont de tels préjugés consulteraient un psychologue, contre 69 % de ceux qui n'en ont pas. Parmi les 12-16 ans, 18,8 % affirment avec certitude avoir eu un problème de santé mentale au cours de l'année écoulée, et 19,7 % supplémentaires en doutent.
Le rapport met aussi en garde contre deux erreurs opposées : traiter une tristesse ou une anxiété ordinaire comme des troubles, et manquer des pathologies graves nécessitant une prise en charge professionnelle. Pilar Ramos, professeure à l'université de Séville et directrice du baromètre, décrit ainsi les données.
Les données sont inquiétantes car elles montrent un recul net de la perception qu'ont les adolescents eux-mêmes de leur bien-être émotionnel.
Ramos estime que l'essentiel est de disposer de réponses rapides adaptées aux différentes situations, plutôt que de choisir entre attendre que cela passe et consulter un psychologue.