
Le pape Léon XIV termine sa visite en Espagne par un hommage aux migrants au « quai de la honte » aux Canaries
Lors du dernier jour de sa tournée espagnole, le pape Léon XIV s'est rendu au port d'Arguineguín, où il a appelé à un « examen de conscience » européen face aux morts de migrants en mer et a conduit un hommage floral aux disparus.
Un pèlerinage pour les migrants
Le pape Léon XIV a conclu jeudi sa tournée de six jours en Espagne par une visite hautement symbolique aux îles Canaries, dernière étape d'un voyage dominé par la question migratoire. L'arrêt au port d'Arguineguín, sur Gran Canaria, a réalisé un souhait de son prédécesseur, le pape François, qui avait voulu se rendre dans ce qui fut surnommé en 2020 le « quai de la honte » (cais da vergonha), après que des milliers de migrants furent retenus dans des camps de fortune pendant des semaines. La présence de Léon XIV a braqué les projecteurs sur la frontière maritime méridionale de l'Union européenne, où les migrants d'Afrique de l'Ouest continuent d'arriver dans des embarcations précaires appelées pateras ou cayucos.
L'« examen de conscience » de l'Europe
S'adressant à quelque 1 800 personnes, dont des centaines de migrants, le pape a lancé un défi direct aux responsables politiques européens.
Il a insisté sur le fait que la Méditerranée et l'Atlantique ne doivent pas se réduire à des « cimetières sans pierres tombales » et a appelé à un « examen de conscience » de la part des pays d'origine, de transit et de destination — et de l'Église elle-même.Nous ne pouvons pas nous habituer à compter les morts. La dignité humaine n'a pas de passeport et ne perd pas sa valeur en franchissant une frontière.
Le pontife a également formulé des demandes concrètes : des voies légales et sûres pour la migration, des opérations de sauvetage, une répression des trafiquants, et des politiques d'intégration qui respectent ce qu'il a appelé le droit de vivre dignement dans son propre pays.Chers migrants, avant toute autre chose, je veux m'incliner devant votre dignité. Vous n'êtes ni des chiffres ni des procédures. Vous êtes des personnes qui ont laissé derrière elles une famille et un foyer, avec des rêves que personne n'a le droit de rabaisser.
Le « quai de la honte » et une chaîne humaine de commémoration
Le port d'Arguineguín a gagné sa sinistre réputation en 2020, lorsqu'un afflux d'arrivées a contraint les migrants à dormir dehors, sans installations sanitaires. Jeudi, le site est devenu un lieu d'hommage. Léon XIV s'est joint à une chaîne humaine le long du rivage tandis que des fleurs étaient jetées à la mer en mémoire des milliers de personnes qui ont péri durant la traversée. La cérémonie visait à donner un visage humain à la tragédie.
- Arrivée à Madrid et discours devant le parlement espagnol
- Barcelone : bénédiction de la tour du Christ à la Sagrada Família
- Gran Canaria : discours au port d'Arguineguín et chaîne humaine en hommage aux migrants disparus en mer
- Retour prévu à Rome
Au-delà des Canaries : un appel plus large
La visite aux Canaries a couronné une semaine d'interventions axées sur la migration. Dans un discours inédit devant le parlement espagnol le 6 juin, peu après son arrivée à Madrid, le pape a qualifié le « drame migratoire tragique » de test pour les consciences nationales et a plaidé pour une coopération multilatérale centrée sur la dignité humaine. Lors d'une halte à Barcelone le 10 juin, il a béni la tour du Christ nouvellement achevée à la Sagrada Família, déclarant devant une foule de plus de 4 000 personnes que la hauteur de la basilique devait servir à « guider les pas du peuple de Dieu » plutôt qu'à battre des records. Tout au long du voyage, le message du pape a fait écho à la politique du gouvernement espagnol : cette année, Madrid a lancé une campagne de régularisation pour des centaines de milliers d'immigrés sans papiers, invoquant à la fois des raisons économiques et humanitaires.


