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Diplomatie·-3 h

L'UE ouvre le premier chapitre d'adhésion pour l'Ukraine et la Moldavie, mettant fin à deux ans de blocage hongrois

L'Union européenne a officiellement ouvert lundi le premier groupe de chapitres de négociation avec l'Ukraine et la Moldavie, levant un obstacle hongrois de longue date et marquant une étape symbolique sur le chemin de Kiev vers l'adhésion.

Un lundi majeur à Luxembourg

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE se sont réunis lundi à Luxembourg pour ouvrir formellement les pourparlers d'adhésion avec l'Ukraine et la Moldavie, lançant le premier groupe de négociation, dit des « fondamentaux ». La commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, a qualifié cette journée de « lundi majeur », soulignant que les deux pays avaient mené à bien les réformes nécessaires et qu'il était « vraiment temps pour nous de le faire ». Ce premier groupe couvre des questions essentielles : l'État de droit, l'indépendance judiciaire, la lutte contre la corruption et les droits de l'homme. La vice-ministre chypriote aux Affaires européennes, Marilena Raouna, s'exprimant au nom de la présidence de l'UE, a décrit cette journée comme « un jour pour l'Ukraine et pour l'Europe », qualifiant l'ouverture des négociations d'« étape critique et attendue ».

Un veto levé et un accord sur les droits des minorités

Le déblocage est intervenu après que le nouveau Premier ministre hongrois, Peter Magyar, a conclu un accord avec l'Ukraine sur des mesures de protection de la minorité ethnique hongroise, levant ainsi le veto imposé depuis deux ans par son prédécesseur Viktor Orban. Orban, proche allié de la Russie, avait bloqué toute progression, avertissant que l'adhésion de l'Ukraine intensifierait la concurrence agricole et drainerait les fonds européens. Son éviction lors des élections de printemps a permis à Magyar de lever cet obstacle, ouvrant la voie à la conférence intergouvernementale. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, s'exprimant depuis le sommet du G7 à Évian, a qualifié cette avancée d'« étape vers l'avenir de l'Ukraine au sein de l'UE ».

Les exigences du groupe des fondamentaux

L'Ukraine entame désormais un long processus d'alignement de ses lois et institutions sur les normes européennes à travers 35 chapitres de négociation regroupés en six pôles. Le groupe des fondamentaux, toujours le premier à s'ouvrir et le dernier à se clore, exige des engagements sur les institutions démocratiques, les critères économiques, la réforme de l'administration publique et la protection des droits fondamentaux tels que la vie privée et la liberté d'expression. En coulisses, l'Ukraine travaillait de manière informelle avec la Commission européenne pour orienter les changements législatifs nécessaires malgré le blocage officiel.

Une enquête pour corruption en toile de fond

L'un des domaines les plus sensibles est la lutte contre la corruption. Un scandale majeur survenu à la fin de l'année dernière a déclenché la première crise politique ukrainienne en temps de guerre, des enquêteurs alléguant qu'un « groupe criminel » avait blanchi 10,4 millions de dollars pour construire des propriétés de luxe près de Kiev. L'enquête a contraint le président Volodymyr Zelenskyy à limoger le puissant chef de son bureau présidentiel, Andriy Yermak, qui nie les faits. L'investigation, menée par le Bureau national de lutte contre la corruption et le Bureau du procureur spécialisé dans la lutte contre la corruption, a été saluée par les responsables européens comme un signe que les institutions de réforme de Kiev peuvent fonctionner sous pression.

Un horizon d'une décennie

Malgré l'enthousiasme, les responsables et diplomates européens ont prévenu que l'adhésion complète prendrait des années, voire plus d'une décennie. Un diplomate européen a déclaré à l'AFP que « la perspective d'un élargissement rapide à l'Ukraine n'a jamais été réaliste ». Le Premier ministre hongrois Magyar s'est engagé à organiser un référendum si l'Ukraine termine les négociations « dans les 10 à 15 prochaines années ». La Moldavie, dotée d'une administration plus légère, devrait progresser plus rapidement, mais le chemin reste long pour Kiev. Zelenskyy, s'exprimant depuis Chisinau aux côtés des dirigeants moldaves, a déclaré que ce développement « envoie un message clair : le progrès de l'Europe ne peut être arrêté ».

Luxembourg · Kiev · Chisinau

8 sources

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