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Diplomatie·-2 h

La visite du pape Léon XIV en Espagne mêle appels politiques à l'unité et rassemblements religieux de masse

La visite du pape Léon XIV en Espagne a attiré des centaines de milliers de personnes à Madrid et l'a placé au cœur du débat politique du pays, avec un discours historique devant le parlement prévu dimanche.

Une mission politique et pastorale

La visite du pape Léon XIV en Espagne a rapidement dépassé le cadre d'un voyage pastoral standard. En ses deux premiers jours, il a projeté un double message politique et religieux depuis Madrid, confirmant l'ambition de son jeune pontificat : redonner à l'Église une voix influente dans les débats publics et démontrer que la foi catholique conserve sa capacité de mobilisation, ses racines sociales et son autorité morale dans une Europe sécularisée.

Son premier discours, prononcé au Palais royal devant les pouvoirs de l'État, portait une charge politique sans équivoque. Léon XIV a appelé à abandonner « la culture de la confrontation » et à ne pas « attiser les flammes de la polarisation » dans une Espagne déchirée par les tensions institutionnelles et la détérioration du débat public. Le message défiait l'ensemble de la classe politique, même si certains se sont empressés de le réduire à une lecture partielle et commode.

J'invite chacun, par amour de la vérité, à abandonner les récits divisifs de votre réalité sociale.

Un pape des foules

Le week-end a mis en scène un pape des foules. La messe et la procession de la Fête-Dieu, ainsi que la veillée des jeunes de la veille sur la Castellana, ont laissé une image d'une puissance extraordinaire : des centaines de milliers de personnes rassemblées à Madrid autour de la foi. Dans un pays de tradition catholique qui connaît un processus rapide de sécularisation, Léon XIV a réalisé une mobilisation populaire sans précédent.

Il quitte l'Espagne non seulement comme un primat de l'Église attentif à l'IA, à la paix ou à la justice sociale, mais comme un leader religieux capable de rassembler une multitude dans une capitale européenne développée et plurielle. La visite entre maintenant dans son moment le plus historique : le discours aujourd'hui au Congrès des députés. Ce sera la première fois qu'un pontife s'adresse au cœur de la souveraineté nationale espagnole.

Lignes de fracture politique

La visite a mis en lumière les divisions politiques de l'Espagne. Le gouvernement a été le plus enthousiaste à son arrivée, estimant que le pape transmettrait un message en phase avec le sien et que, dans le contexte actuel, cela servirait à détourner l'attention des affaires de corruption entourant le PSOE. Le PP et Vox, en revanche, ont maintenu un profil bas ces dernières semaines concernant la visite, une position motivée par leurs divergences avec le Vatican sur la migration.

Les données de sondage soulignent la complexité. Selon un sondage Sigma Dos pour EL MUNDO, 68 % des catholiques pratiquants votent pour le PP (44 %) ou Vox (24 %). Parmi les croyants non pratiquants, la droite recueille également 60 % des soutiens, tandis que parmi les non-croyants, le PSOE (39,6 %) dépasse le total combiné du PP et de Vox (24,6 %). Pendant la visite de Léon XIV, les socialistes seront plus visibles que les dirigeants de droite, mais la foule dans la rue aura probablement une majorité conservatrice.

Un message moderne

Le discours public de Léon XIV s'est nettement éloigné de la morale sexuelle qui dominait les pontificats précédents. Sa première encyclique, « Magnifica Humanitas », est un essai raisonné sur l'intelligence artificielle et son impact sur la dignité humaine, un contraste frappant avec la catéchèse de 1979 de Jean-Paul II sur la « Théologie du corps » traitant de la virginité, du sexe, du plaisir et du mariage. Cette divergence thématique illustre comment la société a changé en près de cinquante ans et, avec elle, la stratégie de l'Église.

L'Église ne peut pas rester retranchée dans les sacristies.

Le pape a également abordé les blessures internes, rencontrant des victimes d'abus. La mention par le roi de la douleur causée par ces cas a placé la demande de réparation au cœur de la visite. Léon XIV considère les abus sexuels perpétrés par des religieux comme une « plaie ouverte ».

Une Espagne transversale

Les différentes étapes du voyage du pape rappellent l'Espagne transversale, plurinationale et périphérique. Du discours solennel au Congrès aux visites de points emblématiques comme Montserrat et la Sagrada Família, en parlant la langue de Ramon Llull et du pape Alexandre VI, l'itinéraire reflète l'État et le pays qu'est l'Espagne. Il comprend un centre Caritas à Madrid et le centre d'accueil Las Raíces à Tenerife.

Léon XIV a fait ce qu'il devait faire ces jours-ci à Madrid. Il a visité les autorités, mais aussi les pauvres. Il a parcouru le centre de Madrid tout en s'arrêtant en périphérie car « c'est par là qu'il faut commencer ». Il a été accueilli à l'aéroport par des enfants malades et le roi et la reine. La prospérité de l'Espagne repose sur l'accord et non sur la confrontation actuelle, a déclaré le pontife.

Qu'il est dangereux d'alimenter la polarisation pour obtenir des avantages à court terme.

Préférences de vote selon la pratique religieuse en Espagne · %
Catholiques pratiquants (PP)
44 %
Catholiques pratiquants (Vox)
24 %
Non-pratiquants (PP+Vox)
60 %
Non-croyants (PSOE)
39.6 %
Non-croyants (PP+Vox)
24.6 %
Madrid · Barcelone · Santa Cruz de Tenerife

8 sources

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