
L'administration Trump soumet un accord nucléaire saoudien sans interdiction d'enrichissement « gold standard »
L'administration Trump prévoit de soumettre au Congrès dans les prochains jours un accord de coopération nucléaire de 30 ans, qui permettrait à l'Arabie saoudite d'enrichir de l'uranium et de retraiter le combustible usé, selon deux sources. Le pacte omet les garanties « gold standard » et le protocole additionnel de l'AIEA.
L'administration Trump est sur le point de soumettre au Congrès un accord de coopération nucléaire de 30 ans qui permettrait à l'Arabie saoudite d'enrichir de l'uranium et de retraiter le combustible usé, selon des sources. Le pacte, connu sous le nom d'accord 123, omet les garanties « gold standard » et le protocole additionnel de l'AIEA.
L'accord et ses garanties manquantes
L'accord, qui doit être signé par le secrétaire à l'Énergie Chris Wright et le ministre saoudien de l'Énergie Abdulaziz ben Salmane, fait suite à un pacte préliminaire signé à Riyad l'année dernière. Il offre une voie légale aux entreprises américaines pour construire et exploiter des centrales nucléaires dans le royaume, y compris potentiellement une installation d'enrichissement d'uranium si une étude conjointe le juge justifié. L'accord de 30 ans donnerait aux entreprises américaines un rôle clé et exclurait les concurrents étrangers, selon le Wall Street Journal. L'accord n'interdit pas à l'Arabie saoudite d'enrichir de l'uranium ou de retraiter le combustible usé, deux voies vers des matières fissiles pour une ogive. Il manque également le protocole additionnel, qui accorde à l'AIEA des pouvoirs d'inspection surprise sur les sites non déclarés.
- Accord préliminaire signé à Riyad par le secrétaire à l'Énergie Chris Wright et le ministre saoudien de l'Énergie Abdulaziz ben Salmane.
- Signature officielle et annonce de l'accord 123 prévues.
- Soumission de l'accord au Congrès pour examen.
Craintes de prolifération et réactions régionales
Le prince héritier Mohammed ben Salmane a déclaré à plusieurs reprises que si l'Iran développait une arme nucléaire, l'Arabie saoudite ferait de même. Lors d'une interview sur CBS en 2018, il a affirmé que l'Arabie saoudite ne voulait pas de bombe nucléaire mais qu'elle égalerait une bombe iranienne. Cette position, combinée à la guerre en cours entre les États-Unis et l'Iran, a intensifié les inquiétudes. Kelsey Davenport, de l'Arms Control Association, a prévenu qu'« avec la coopération nucléaire, le diable se cache dans les détails », et a estimé que les documents suggèrent que Washington n'a pas soigneusement pesé les risques de prolifération. Israël, qui s'est longtemps opposé à un programme nucléaire saoudien, devrait réagir avec alarme, et l'Iran considérera également l'accord comme une menace, a déclaré Bader Al-Saif, professeur d'histoire à l'Université du Koweït.
L'Arabie saoudite ne veut pas acquérir de bombe nucléaire, mais sans aucun doute si l'Iran développe une bombe nucléaire, nous ferons de même dès que possible.
Un triomphe pour le prince héritier Mohammed
Pour le prince Mohammed, l'accord représente une victoire après plus de cinq ans de poursuite. Il fait avancer son plan Vision 2030 visant à diversifier l'économie loin du pétrole, l'énergie nucléaire étant considérée comme un moyen de réduire la combustion de pétrole domestique pour l'électricité et le dessalement. Le royaume brûle actuellement 1,4 million de barils de brut par jour pour l'électricité pendant les mois d'été de pointe, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie. L'accord dissocie également la coopération nucléaire de la reconnaissance d'Israël par l'Arabie saoudite, un lien qui avait bloqué les négociations sous l'administration Biden. « L'accord est en préparation depuis des années -- il précède l'administration Trump et témoigne de la norme d'or incontestable des États-Unis en matière de technologie nucléaire », a déclaré Al-Saif.
L'accord est en préparation depuis des années -- il précède l'administration Trump et témoigne de la norme d'or incontestable des États-Unis en matière de technologie nucléaire.
Opposition parlementaire et internationale
Le pacte fait face à une résistance au Congrès, où des élus des deux partis ont exigé des conditions strictes de non-prolifération. Le sénateur Edward Markey a appelé le Congrès à rejeter l'accord, accusant l'administration de céder à Riyad. Le secrétaire d'État Marco Rubio, s'exprimant à Manille, a refusé de confirmer l'accord mais a déclaré que les États-Unis « ne concluraient jamais un accord avec un pays du monde qui pourrait conduire à un risque de prolifération ». L'accord doit être soumis à l'examen du Congrès, mais son approbation n'est pas requise pour qu'il entre en vigueur, selon France 24. Les Émirats arabes unis, qui ont signé un accord nucléaire avec les États-Unis en 2009, ont accepté de renoncer à l'enrichissement, créant un précédent que cet accord brise.
Nous ne conclurions jamais un accord avec un pays du monde qui pourrait conduire à un risque de prolifération.
Enjeux commerciaux et rivalité française
L'industrie nucléaire américaine devrait gagner des milliards de dollars grâce à l'accord, qui verrouillerait les entreprises américaines comme principaux contractants. EDF, l'un des quatre soumissionnaires approuvés, avait cherché à obtenir un rôle, mais l'accord semble favoriser les entreprises américaines. Les États-Unis exploitent 94 réacteurs générant 782 TWh en 2024, tandis que les 57 réacteurs français ont produit 373 TWh en 2025 et exporté un record de 92 TWh. L'accord pourrait aider les entreprises américaines à concurrencer à l'échelle mondiale, mais l'absence de garanties pourrait compliquer les partenariats internationaux.
- Production américaine (2024)
- 782 TWh
- Production française (2025)
- 373 TWh
- Exportations nettes américaines (2024)
- 0 TWh
- Exportations nettes françaises (2025)
- 92 TWh


