
La Slovaquie réactive sa commission avec la Russie et rétablit l'échange d'attachés militaires
Bratislava a accepté de reconvoquer sa commission intergouvernementale avec Moscou, une session étant prévue le 25 novembre, et de rétablir l'échange d'attachés militaires pour la première fois depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.
La commission de retour à l'ordre du jour
La Slovaquie a accepté de relancer la Commission intergouvernementale russo-slovaque, une instance de coopération économique, scientifique et technique dont la 21e session s'est tenue pour la dernière fois à Bratislava le 12 novembre 2021. Selon un document du gouvernement russe daté du 10 septembre et obtenu par POLITICO, le ministre slovaque des Affaires étrangères Juraj Blanár a accepté une réunion à Moscou lors d'un appel vidéo le 20 août. Robert Fico a déclaré le 14 octobre que la session est prévue le 25 novembre, alors que le document russe évoquait d'abord les 26 et 27 octobre. La commission est inactive depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en février 2022. POLITICO rapporte que le ministère russe des Affaires étrangères n'a pas répondu à une demande de commentaire.
- La commission tient sa 21e et dernière session à Bratislava
- Viktor Orbán perd l'élection parlementaire hongroise face à Péter Magyar
- Fico assiste aux commémorations du Jour de la Victoire à Moscou et rencontre Poutine
- Blanár accepte une réunion de la commission à Moscou lors d'un appel vidéo
- Le général de brigade Staviarsky serait à Moscou depuis début août
- Date du document du gouvernement russe sur la réunion prévue
- Aktuality.sk rapporte les nominations des attachés militaires
- Session prévue de la commission à Moscou
Énergie et agenda élargi
Le document russe cite l'énergie comme principal sujet que Bratislava souhaite aborder. La Slovaquie s'opposerait aux projets de l'UE de supprimer progressivement les importations de gaz russe, et l'agenda comprend les livraisons de pétrole russe via le pipeline Druzhba ainsi que les envois réguliers de combustible nucléaire pour les centrales du pays. Fico soutient qu'une fin rapide des importations russes augmenterait les coûts pour les consommateurs slovaques, le pays restant fortement dépendant de l'énergie russe. Au-delà de l'énergie, les parties pourraient créer des groupes de travail sur la culture, le tourisme, l'agriculture et la protection de l'environnement. Le document inscrit aussi sur la liste le Centre russe des sciences et de la culture à Bratislava, ainsi que la situation des athlètes russes, que Bratislava et Moscou disent victimes de discrimination au niveau international. POLITICO n'a pas pu vérifier le document de manière indépendante, même s'il présente les caractéristiques d'une note ministérielle authentique.
Le retour des attachés militaires
Ce mouvement rétablit une représentation militaro-diplomatique pour la première fois depuis l'invasion, selon DW. La Slovaquie a envoyé deux officiers à Moscou, le général de brigade Slavomír Staviarsky et son adjoint, le colonel Ivo Gahir. Le radiodiffuseur public STVR rapporte que Staviarsky se trouve à Moscou depuis début août. La Russie doit envoyer un officier expérimenté à Bratislava. Des experts en défense de l'opposition cités par Aktuality.sk le nomment Maxim Verezan, qui a l'aval slovaque mais ne figure pas encore sur la liste officielle des attachés accrédités, tandis que Tagesschau rapporte qu'il est déjà accrédité mais pas encore en poste. Aktuality.sk a rapporté ces nominations le 8 octobre et indique que le ministère de la Défense n'a pas répondu aux questions sur la date d'arrivée de Verezan. Le ministre de la Défense actuel défend cette reprise, soulignant que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France ont eux aussi des officiers à Moscou.
Opposition et craintes d'espionnage
Les critiques de l'opposition ont été vives. Tomas Valasek, expert en sécurité de Progressive Slovakia, a déclaré que Fico s'était laissé faire chanter et a rappelé le dernier attaché militaire russe à Bratislava. Cet officier avait été pris en 2021 en train de remettre de l'argent liquide à un employé d'un site de désinformation pro-Kremlin, et Valasek affirme qu'il avait recruté des Slovaques pour transmettre des secrets à la Russie. Le gouvernement pro-européen de l'époque avait expulsé des dizaines de membres de l'ambassade de Russie à Bratislava après cette affaire. Martin Poliačik, ancien député associé à Progressive Slovakia, a déclaré à DW qu'un attaché supplémentaire ne change pas la donne globale, mais que cette nomination envoie un signal politique. Il a ajouté que les alliés de l'OTAN devraient s'inquiéter tant des activités de l'officier entrant que de l'environnement politique dans lequel il travaillera. DW rapporte que les critiques avertissent que la Russie pourrait utiliser cet arrangement pour étendre ses activités de renseignement et d'espionnage, tandis que le prédécesseur du ministre de la Défense avertit que Moscou pourrait se servir de la Slovaquie comme base pour soutenir des partis et des portails extrêmes à travers l'Europe.
Les liens de Fico avec Moscou et le basculement hongrois
Fico a été le seul chef de gouvernement d'un pays de l'UE à assister aux commémorations du Jour de la Victoire à Moscou le 9 mai, où il a rencontré Vladimir Poutine. Poutine l'a accueilli chaleureusement et a déclaré que la Russie ferait tout pour répondre aux besoins énergétiques de la Slovaquie et était prête à coopérer dans d'autres domaines. Ce revirement fait suite à la défaite de Viktor Orbán, qui a perdu l'élection hongroise d'avril face à Péter Magyar, un résultat qui, selon POLITICO, a coûté à Poutine l'un de ses plus proches partenaires en Europe. Avant cette défaite, Orbán avait relancé une commission intergouvernementale russo-hongroise sur la coopération économique, et le gouvernement de Magyar n'a pas confirmé s'il la poursuivrait l'an prochain. Selon POLITICO, les États-Unis ont invité Poutine au sommet du G20 à Miami en décembre, et le Comité international olympique a levé provisoirement la suspension du Comité olympique russe.
