
La réduction des effectifs par classe coûtera 28 milliards d'euros sur dix ans sans améliorer les résultats scolaires, selon une étude
Un projet de loi visant à réduire le nombre maximum d'élèves par classe en Espagne nécessitera au moins 28,18 milliards d'euros de dépenses publiques nettes sur dix ans, alors que les données scientifiques indiquent des gains négligeables en matière de performances académiques.
Une initiative législative du ministère espagnol de l'Éducation visant à abaisser les ratios obligatoires élèves-enseignant fait l'objet de vives critiques de la part d'une nouvelle analyse économique, qui prévoit un coût net de plus de 28 milliards d'euros sur la prochaine décennie pour un impact quasi nul sur les résultats d'apprentissage.
La réforme proposée
Actuellement en débat au Congrès des députés, le projet de loi réduirait le nombre maximum d'élèves par classe dans l'enseignement primaire de 25 à 22, et dans l'enseignement secondaire obligatoire (ESO) de 30 à 25. De plus, chaque élève ayant des besoins éducatifs particuliers compterait pour deux dans le calcul du ratio. La réforme est prévue pour une mise en œuvre progressive, avec un déploiement complet d'ici 2031.
Le coût
Une étude du Centre de politique économique Esade (EsadeEcPol), signée par les chercheurs Lucas Gortazar et José Montalbán, estime le coût budgétaire annuel net moyen à 2,818 milliards d'euros entre 2027 et 2036, soit un total de 28,184 milliards d'euros. Au cours de l'année de pointe 2031, lorsque la loi sera pleinement en vigueur dans les cycles primaire et secondaire, le coût réel atteindra 6,549 milliards d'euros, compensé par un dividende démographique de 1,38 milliard d'euros dû à la baisse du nombre d'élèves, laissant un coût net de pointe de 5,169 milliards d'euros. La réforme nécessiterait la création d'environ 69 000 nouvelles salles de classe et le recrutement de l'équivalent de 103 000 enseignants à temps plein.
Le memorandum économique du projet de loi affirme que la réduction des ratios n'entraînera pas de coûts, mais ils n'ont rendu publiques aucune donnée pour étayer cela. Nous avons fait les calculs et, en faisant une estimation prudente, nous voyons bien un effet.
Répartition inégale des fonds
Le rapport souligne une distribution régressive des ressources. Les écoles accueillant les 25 % d'élèves les plus favorisés absorberaient 31,2 % du financement, tandis que celles accueillant les 25 % les plus vulnérables n'en recevraient que 21,9 %. Cela s'explique par le fait que la réduction linéaire profite aux écoles dont les classes sont actuellement les plus pleines, lesquelles sont concentrées dans les zones urbaines aisées. Au niveau régional, l'Andalousie, la Catalogne et Madrid concentreraient 63 % du coût national, bien qu'elles scolarisent environ 50 % de l'ensemble des élèves du primaire et du secondaire.
- Début de la mise en œuvre progressive des nouveaux ratios dans les écoles primaires et secondaires.
- Réforme entièrement déployée. Le coût réel atteint un pic à 6,549 milliards d'euros ; le coût net est de 5,169 milliards d'euros après les économies démographiques.
- Fin de la première décennie de mise en œuvre. Le coût net cumulé atteint 28,184 milliards d'euros.
Impact éducatif discutable
Malgré son coût élevé, la politique manque de fondement scientifique. L'analyse d'EsadeEcPol, s'appuyant sur les données du ministère, de l'Institut national de la statistique (INE) et des évaluations internationales comme PISA, TIMSS et PIRLS, conclut que la réduction de la taille des classes n'entraîne que peu ou pas d'avantage en termes de performances des élèves. Les chercheurs estiment que les fonds pourraient être utilisés plus efficacement pour des interventions ciblées telles que des programmes de tutorat intensif ou des compléments de salaire pour les enseignants dans les établissements à forte complexité.
L'effort d'investissement de cette loi est très élevé, et les conséquences sur l'apprentissage sont maigres.
Un appel à des alternatives ciblées
Plutôt qu'une réduction universelle, EsadeEcPol préconise d'appliquer la mesure uniquement dans les établissements à forte complexité où les élèves sont confrontés à des conditions socio-économiques défavorisées. L'étude recommande également de généraliser d'autres initiatives dont l'efficacité pour améliorer l'apprentissage est mieux étayée, comme le tutorat en petits groupes pendant les heures de cours.


