
La fuite de données de l'administration fiscale française touche 678 000 utilisateurs, le Premier ministre préside une cellule de crise
Une cyberattaque sophistiquée contre l'administration fiscale française a extrait des données personnelles et professionnelles de 678 000 utilisateurs, déclenchant une enquête judiciaire et une réunion de crise présidée par le Premier ministre Sébastien Lecornu lundi.
L'intrusion
L'administration fiscale française (DGFiP) a confirmé vendredi qu'une intrusion sophistiquée dans ses systèmes d'information avait extrait des données appartenant à 678 000 particuliers et entreprises. La section cyber du parquet de Paris a ouvert une enquête samedi, confiant l'affaire à l'Office anticybercriminalité (Ofac). L'enquête porte sur une "extraction frauduleuse de données" d'un système de traitement de données personnelles géré par l'État et sur une "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement." La DGFiP a déposé une plainte officielle, et une notification a été envoyée à la CNIL, l'autorité française de protection des données.
Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, a détaillé l'étendue des données dérobées. Pour les particuliers, la fuite a exposé les noms, le quotient familial, le revenu fiscal de référence et le taux de prélèvement à la source. Pour les entreprises, les données ont été décrites comme "moins sensibles que celles des particuliers," incluant les numéros Siren et les adresses professionnelles et des mandataires. L'administration fiscale a souligné que les données volées "ne permettent pas d'accéder au compte sécurisé sur impots.gouv.fr."
Le pirate
Un pirate opérant sous l'alias ZeroBytes a revendiqué la responsabilité de la fuite, selon le journaliste de franceinfo Valentin Stoquer, qui a communiqué avec l'auteur. Le pirate a déclaré avoir agi à deux, motivé par le gain financier, et avoir proposé les données à la vente sur un forum, avec des échantillons gratuits contenant des informations sur des dizaines de personnes.
Il n'y a pas nécessairement de lien avec la politique. Nous l'avons trouvée et nous l'avons exploitée.
Interrogé sur les conséquences juridiques potentielles, le pirate a répondu qu'il n'était pas en France et qu'il n'y avait pas d'extradition depuis son lieu de résidence. ZeroBytes a revendiqué plusieurs cyberattaques précédentes, notamment le drive Intermarché, une entreprise de jeux vidéo et la Fédération française de handball. France Télévisions a vérifié l'authenticité des données en appelant des personnes concernées, dont une femme confirmée vivant en Allemagne comme indiqué dans le fichier, qui avait déjà été la cible d'une tentative d'escroquerie.
Réponse du gouvernement
Le Premier ministre Sébastien Lecornu présidera une cellule interministérielle de crise (CIC) lundi après-midi par visioconférence sécurisée, après une visite en Gironde. Matignon a annoncé la réunion dimanche, déclarant qu'elle veillerait à ce que les notifications individuelles aux 678 000 utilisateurs concernés soient "entièrement prêtes avant le lancement." Les utilisateurs seront contactés à partir de lundi avec les détails des données exposées et les mesures de vigilance recommandées.
Lecornu a également demandé un audit au ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel sur la sécurisation des systèmes informatiques de la DGFiP, avec des mesures opérationnelles à présenter en septembre. La réunion de crise examinera le plan plus large de cybersécurité de l'administration publique lancé le 30 avril, qui comprend 200 millions d'euros de financement pour renforcer les défenses contre les cyberattaques.
- Lancement du plan de cybersécurité de l'administration publique, avec 200 millions d'euros de financement
- La DGFiP confirme une intrusion sophistiquée dans les systèmes fiscaux, données de 678 000 utilisateurs extraites
- La section cyber du parquet de Paris ouvre une enquête ; l'Ofac se voit confier l'affaire
- Matignon annonce une cellule interministérielle de crise présidée par le Premier ministre Lecornu pour lundi
- Réunion de la CIC par visioconférence sécurisée ; les utilisateurs concernés commencent à recevoir des notifications individuelles
- Présentation des mesures opérationnelles issues de l'audit de sécurité informatique de la DGFiP
Réactions politiques
La fuite a suscité de vives réactions politiques. Les sénateurs socialistes ont envoyé une lettre au président du Sénat Gérard Larcher demandant une commission d'enquête parlementaire, notant une succession d'incidents qui ne permet pas encore de conclure à une défaillance structurelle mais justifie de vérifier les vulnérabilités communes. Bruno Retailleau, candidat à la présidentielle du parti conservateur Les Républicains, a écrit sur X que la France est "le deuxième pays le plus touché au monde par les cyberattaques" et a appelé à un "Plan Vauban" pour construire une "véritable forteresse numérique" et protéger les données des citoyens français.


