
La récolte de pommes de terre française devrait chuter de 23 % après la sécheresse estivale, les producteurs estiment une perte de 400 millions d'euros
La France connaît ses rendements de pommes de terre les plus bas depuis plus de 30 ans après cinq vagues de chaleur successives, entraînant au moins 400 millions d'euros de pertes directes pour les producteurs et augmentant les coûts de transformation.
Prévisions de récolte et baisse des rendements
L'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) a annoncé le 24 août 2026 que la production française de pommes de terre devrait se contracter de 23 % par rapport à 2025, soit une réduction de volume d'environ 2 millions de tonnes métriques. Les vagues de chaleur successives et les déficits hydriques persistants sur plus de 70 % de la France ont limité le développement des tubercules, entraînant le rendement national le plus bas depuis plus de trois décennies. Le rendement moyen projeté pour les pommes de terre de consommation s'élève à 37,4 tonnes par hectare, soit une réduction de 14 % par rapport aux 43,5 tonnes par hectare enregistrées en 2025 et une baisse de 13 % par rapport à la moyenne quinquennale de 43,1 tonnes par hectare. Les représentants de l'UNPT ont noté que cette récolte prévue est inférieure aux niveaux enregistrés lors de la sécheresse de 2022.
- Moyenne quinquennale
- 43.1 t/ha
- 2025
- 43.5 t/ha
- Projection 2026
- 37.4 t/ha
Goulots d'étranglement de la transformation et conditions agricoles
Dans la région des Hauts-de-France, le principal bassin de production du pays, les températures élevées ont accéléré le cycle végétatif et contraint les producteurs à récolter jusqu'à deux semaines plus tôt que prévu. Les agriculteurs du département de la Somme ont signalé des réductions généralisées de la taille des tubercules malgré des systèmes d'irrigation actifs. La réduction du calibre des pommes de terre pose des difficultés opérationnelles pour les transformateurs industriels qui transforment les pommes de terre crues en chips, frites et flocons déshydratés. À l'usine de transformation Mousline de Rosières-en-Santerre, où 200 tonnes de récolte brute arrivent chaque jour, les tubercules plus petits réduisent le rapport chair/peau et augmentent les dépenses de transformation. Philippe Fardel, directeur général de Mousline, a expliqué l'impact opérationnel sur les marges de fabrication :
Le fait d'avoir moins de chair va augmenter le coût de transformation du produit. Quand on prend une grosse pomme de terre, on voit qu'il y a un volume à transformer qui, par euro kilo, sera beaucoup plus avantageux que celles-ci.
Pertes financières et intervention gouvernementale
L'UNPT a estimé les pertes directes des producteurs à au moins 400 millions d'euros pour l'ensemble du secteur français. L'effondrement des rendements fait suite à des réductions antérieures des surfaces cultivées de 10 % en France et de 11 % dans le nord-ouest de l'Europe, que les producteurs avaient mises en œuvre après une production excédentaire en 2025. Les responsables syndicaux ont demandé à l'État des mécanismes financiers d'urgence pour éviter les faillites agricoles, notant qu'une hausse des prix de détail des biens de consommation comme la purée et les frites sera nécessaire pour équilibrer les coûts d'exploitation. Geoffroy D'Evry, président de l'UNPT, a déclaré que l'exposition financière ne peut pas rester entièrement supportée par les producteurs agricoles :
Le risque climatique ne peut pas être supporté financièrement uniquement par l'agriculteur. Il faudra que tous nos acheteurs, nos clients, comprennent que produire des pommes de terre est coûteux et risqué.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a annoncé le 5 août 2026 un cadre national de soutien comprenant des aides à la trésorerie, des exonérations de cotisations sociales et des simplifications réglementaires. Le gouvernement a reporté le calibrage financier final du dispositif à une prochaine réunion préfectorale prévue le 27 août 2026. Le 8 août 2026, le président du syndicat FNSEA, Arnaud Rousseau, a déclaré que l'agriculture française dans son ensemble aura besoin de milliards d'euros de soutien de l'État pour se remettre des pertes météorologiques estivales, qui comprenaient plus de 120 000 hectares brûlés à l'échelle nationale.
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