- 20 oct.La police évacue le campement de Lisbonne avant l'aube et interpelle 55 personnes
- 21 oct.Les manifestants interpellés doivent comparaître devant un juge au Campus de Justiça
- 11 nov.Grève générale ibérique proposée sur le logement
L'opération à l'aube
La police portugaise a démonté le campement de protestation pour le logement de la place du Rossio, officiellement Praça D. Pedro IV, à Lisbonne, vers 06h00 le mardi 20 octobre. Les agents ont retiré des dizaines de tentes de la voie publique et interpellé 55 personnes, deux autres ayant été légèrement blessées. Au même moment, un campement similaire sur la Praça D. João I, à Porto, était évacué sans aucune interpellation. Des images de la télévision locale ont montré des échauffourées, les manifestants formant une chaîne humaine pour ralentir l'opération.
La police a indiqué avoir d'abord tenté le dialogue, avant de donner des ordres de dispersion explicites et de prévenir des infractions de désobéissance. À Lisbonne, selon elle, un groupe a refusé de partir et fait preuve d'« résistance active », et son action répondait aux critères de nécessité, d'adéquation et de proportionnalité. Les manifestants affirment avoir été frappés et bousculés, et que des tentes ont été démontées alors que des personnes se trouvaient encore à l'intérieur.
Récits divergents
Le porte-parole de la PSP, Sérgio Soares, a déclaré qu'aucune matraque n'avait été utilisée à Lisbonne, qu'aucune charge policière n'avait eu lieu et qu'aucun agent n'avait dépassé les règles de conduite. Il a attribué les deux blessures légères à la désobéissance et à la résistance au départ pendant l'opération. À Porto, il a indiqué que les manifestants avaient suivi les instructions et étaient partis volontairement.
Le ministre de l'Intérieur, Luís Neves, a déclaré que la loi devait être respectée et que des tentes ne pouvaient être installées dans l'espace public. Il a ajouté que les autorités avaient fait preuve de tolérance envers ce type de protestation et que l'espace devrait finalement être rendu à tous. Le maire de Porto, Pedro Duarte, a déclaré que le droit de manifester ne pouvait être remis en cause dans sa ville, mais qu'il devait s'exercer dans un cadre légal et démocratique.
Le constitutionnaliste Pedro Bacelar de Vasconcelos a estimé que la charge policière résultait d'une frontière floue entre ordre public, expression, réunion et droit à la tranquillité. Selon lui, la police ne devrait intervenir que lorsque les protestations troublent l'ordre public, créent un bruit insupportable pour les riverains ou bloquent la circulation. À son sens, la question n'est pas de savoir si les campeurs disposent d'une autorisation ou ont payé une redevance.
Interpellations et statut juridique
Les 55 personnes interpellées ont été conduites dans deux commissariats : 28 à Martim Moniz et 27 à Campolide, où un groupe s'est rassemblé pour protester contre l'action policière. Toutes ont été libérées et constituées arguidos (suspects formels), soumises à des obligations d'identification et de résidence, et sont soupçonnées de désobéissance. Un avocat les représente. Selon le mouvement Acampada pela Habitação, elles doivent comparaître devant un juge au Campus de Justiça le mercredi 21 octobre à 10h00, la PSP les ayant pour sa part orientées vers la juridiction de petite instance. La porte-parole du mouvement, Ana Luísa, a accusé la police d'être une « source de violence » contre une manifestation pacifique, et affirmé que la plupart des parents et des camarades de classe qui avaient cherché des informations auprès de la police n'en avaient obtenu aucune.
- Commissariat de Martim Moniz
- 28 personnes
- Commissariat de Campolide
- 27 personnes
Données tirées du texte de l’article
Un mouvement de protestation plus large
Les campements s'inscrivent dans une vague de protestations sur l'accès au logement et la hausse du coût de la vie, après des mobilisations similaires en France, en Espagne et en Italie. Le campement de Porto avait commencé plus d'une semaine auparavant et avait été évacué pendant une nuit le jeudi 15 octobre, après des charges policières qui avaient fait plusieurs blessés. Celui de Lisbonne a débuté le samedi 17 octobre. Les manifestants ont annoncé qu'ils continueraient à camper et à résister, et qu'ils se réuniraient en assemblée l'après-midi même pour décider d'une nouvelle installation.
Le mouvement réclame aussi une grève générale ibérique sur le logement le 11 novembre. Un rassemblement de solidarité a été appelé à 19h00 sur la Praça 8 de Maio, à Coimbra, pour soutenir les campements de Lisbonne et de Porto. Les organisateurs ont demandé à toutes les personnes souhaitant se joindre à eux de venir pacifiquement et de réclamer des mesures publiques garantissant l'accès au logement.