
La France ouvre une enquête pour crimes de guerre contre Israël pour le traitement de militants français de la flottille de Gaza
Les procureurs antiterroristes français ont ouvert une enquête préliminaire pour soupçons de torture et de crimes de guerre concernant le traitement présumé de ressortissants français détenus lors d'une flottille d'aide à destination de Gaza le mois dernier.
Les procureurs antiterroristes français ont annoncé vendredi l'ouverture d'une enquête préliminaire sur des allégations de torture et de crimes de guerre commis par les autorités israéliennes contre des militants français. L'enquête fait suite à un signalement du ministère français des Affaires étrangères fin du mois dernier, après que des participants à la Flottille mondiale Sumud ont accusé les forces de sécurité israéliennes de violences physiques et sexuelles graves lors de leur détention.
L'interception et la détention
Le 18 mai, la marine israélienne a intercepté une flottille de plus de 50 bateaux dans les eaux internationales à l'ouest de Chypre. Les navires tentaient de briser le blocus naval de la bande de Gaza et d'acheminer de l'aide humanitaire. Environ 430 militants de quelque 40 pays ont été détenus et emmenés de force en Israël, où ils ont été incarcérés à la prison de Ktziot dans le sud avant d'être expulsés vers la Turquie. Plus de 30 ressortissants français faisaient partie des personnes à bord.
Allégations de mauvais traitements
À leur retour en France le 22 mai, huit militants français ont décrit ce qu'ils ont qualifié d'épreuve violente et humiliante. Une femme a raconté avoir été touchée et giflée par un soldat dans un conteneur sombre, et a déclaré avoir craint d'être violée. Un autre militant a décrit des détenus forcés à adopter une position de stress, à genoux, le front au sol pendant plusieurs heures, tandis que l'hymne national israélien était joué en boucle. Deux des participants français sont restés hospitalisés en Turquie au moment du retour de leurs collègues.
Suhad Bishara, directrice juridique du centre juridique israélien Adalah, a déclaré à Al Jazeera que, selon les récits reçus, il s'agissait du cas le plus grave de mauvais traitements documenté au cours des dix dernières années, pouvant constituer des actes de torture. Les avocats d'Adalah ont été informés de violences physiques répétées ayant entraîné des blessures graves, des positions de stress prolongées, ainsi que de l'humiliation et du harcèlement sexuels. Les autorités pénitentiaires israéliennes ont nié ces allégations, les jugeant totalement infondées.
La vidéo de Ben-Gvir
L'indignation internationale a été alimentée par une vidéo postée par le ministre israélien d'extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Les images montraient le ministre marchant parmi des militants menottés, plaqués au pont d'un navire, tandis que l'hymne national israélien retentissait. Dans la vidéo d'une minute, on voit des policiers bousculer au moins un détenu. La vidéo a suscité des critiques rapides et rares de la part du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a déclaré que la conduite de Ben-Gvir n'était pas conforme aux valeurs et aux normes d'Israël.
n'est pas conforme aux valeurs et aux normes d'Israël
Conséquences diplomatiques
La France a convoqué l'ambassadeur israélien et imposé une interdiction d'entrée à Ben-Gvir après l'incident. L'Allemagne, les États-Unis, l'Union européenne, l'Italie et l'Espagne ont également exprimé de vives critiques, plusieurs États convoquant leurs ambassadeurs israéliens. L'Irlande a ensuite imposé des interdictions d'entrée à Ben-Gvir et au ministre d'extrême droite Bezalel Smotrich. Le gouvernement néerlandais a convoqué l'ambassadeur israélien, le Premier ministre Jetten qualifiant le traitement des détenus de dégradant.
L'enquête française
L'enquête a été confiée au Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH). Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait saisi les procureurs sur la base d'un rapport du consul général de France en Turquie, qui détaillait des cas de violences sexuelles, d'exposition au froid, de passages à tabac et d'humiliations répétées contre des ressortissants français. L'enquête examine d'éventuelles violations de la Convention de New York du 10 décembre 1984 contre la torture, ainsi que des crimes de guerre.
violences sexuelles, exposition au froid, passages à tabac et humiliations répétées contre des ressortissants français
Les avocats de la Flottille mondiale Sumud se sont déclarés satisfaits de l'enquête, mais ont noté que les mauvais traitements subis par les participants à la flottille ne sont rien comparés à ce que le peuple palestinien endure quotidiennement. Cette affaire s'ajoute à l'isolement diplomatique croissant d'Israël parmi ses alliés européens de longue date au cours de sa campagne militaire à Gaza.
- La flottille d'environ 50 navires quitte la Turquie à destination de Gaza.
- La marine israélienne intercepte la flottille dans les eaux internationales à l'ouest de Chypre ; environ 430 militants détenus.
- Huit militants français rentrent en France et décrivent un traitement violent et humiliant lors de leur détention.
- Le ministère français des Affaires étrangères saisit formellement les procureurs antiterroristes.
- Les procureurs français ouvrent une enquête préliminaire pour torture et crimes de guerre.


