
France : 60 400 manifestants pour l’affaire Lyhanna, le Conseil supérieur de la magistrature dénonce le « discrédit » jeté sur les juges
Les rassemblements organisés lundi soir dans toute la France ont réuni 60 400 personnes sur 216 sites, tandis que le Conseil supérieur de la magistrature a condamné les menaces visant des magistrats et l’« instrumentalisation » du drame.
Mobilisation massive en France
Plus de 60 000 personnes sont descendues dans la rue lundi soir 8 juin pour exprimer colère et tristesse après la mort de la petite Lyhanna, 11 ans. Le ministère de l’Intérieur a dénombré 60 400 participants lors de 216 rassemblements dans tout le pays, dont 2 900 à Paris. Ces rassemblements, souvent organisés devant des palais de justice, faisaient suite à une marche blanche organisée le week-end précédent dans le village de l’enfant, qui avait rassemblé plus de 6 000 personnes.
C’est l’expression d’un sentiment fort de colère et d’incompréhension chez nos concitoyens.
Les manifestations dénoncent les défaillances présumées de la justice dans le traitement de l’affaire. Le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour viol visant des mineures, dont certaines ont été classées sans suite.
La riposte du Conseil supérieur de la magistrature
Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a publié mardi un communiqué dans lequel il déplore le « discrédit jeté sur des milliers de magistrats, qui travaillent sans relâche dans un contexte difficile ». L’instance a regretté « l’instrumentalisation de cette affaire par ceux qui rendent les magistrats comptables par avance de ce drame et dénoncent leur irresponsabilité ».
De tels comportements n’ont pas leur place dans une démocratie.
Le CSM a condamné les menaces de mort proférées contre des magistrats nommément désignés, dont le procureur de la République d’Auch, dont le parquet traitait une plainte pour viol déposée en août 2025 contre Barella. Le conseil a rappelé que ses formations disciplinaires, composées pour moitié de personnalités extérieures issues de la société civile, prononcent chaque année de nombreuses sanctions, dont une proportion significative concerne l’exclusion du magistrat mis en cause.
Une chronologie du dossier judiciaire
La plainte qui a suscité le plus d’attention a été déposée le 22 août 2025 à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) par la mère d’une fillette de 11 ans. Elle dénonçait des viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect. Après plusieurs actes d’enquête, dont des expertises médico-légales corroborant le récit de l’enfant, le parquet de Toulouse a transmis le dossier à celui d’Auch, territorialement compétent. Expédié par la poste fin 2025, le dossier n’est parvenu à la gendarmerie de Lectoure que le 9 janvier 2026. Barella n’a jamais été entendu dans le cadre de cette procédure.
- Début présumé des viols au domicile du suspect (selon la plainte d’août 2025)
- Fin présumée des viols (selon la plainte d’août 2025)
- Dépôt d’une plainte pour viol par la mère d’une fillette de 11 ans à Plaisance-du-Touch
- Le parquet de Toulouse transmet le dossier à celui d’Auch ; envoi par courrier fin 2025
- Le dossier parvient à la gendarmerie de Lectoure ; le suspect n’est jamais entendu
- 60 400 manifestants en France ; plus de 6 000 personnes à la marche blanche dans le village
- Publication des conclusions de l’enquête administrative
- Date butoir pour l’examen de 70 000 dossiers liés à des enfants par les procureurs généraux
Réponse du gouvernement et révision de 70 000 dossiers
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a convoqué l’ensemble des 36 procureurs généraux et leur a ordonné de passer en revue quelque 70 000 plaintes en cours impliquant des enfants d’ici le 14 juillet. Le porte-parole du ministère, Sacha Straub-Kahn, a indiqué que l’objectif est de « créer des priorités et surtout protéger les enfants qui ont besoin d’être protégés ». Il a reconnu un « échec collectif » qui dépasse le seul champ judiciaire, évoquant d’éventuelles carences de la gendarmerie et de l’Éducation nationale.
Chaque minute que je passe dans mon poste sera consacrée à réformer le système judiciaire. Il y a des échecs. Aujourd’hui, c’est un échec immense.
Darmanin a rejeté les appels à sa démission, affirmant qu’il ne « quitterait pas le navire au milieu de la tempête ». Une enquête administrative sur l’affaire est en cours, avec des premiers résultats attendus le 19 juin. Le rapport sera rendu public afin de restaurer la confiance dans l’institution judiciaire.
Tensions systémiques et contraintes budgétaires
La rédaction de SudOuest a souligné le sous-financement chronique, citant les chiffres du Conseil de l’Europe : la France compte 3,3 procureurs pour 100 000 habitants, soit le 43e rang, et consacre 0,2 % de son PIB à la justice. Le syndicat de magistrats USM rapporte que depuis 2025, le ministère a émis 42 circulaires et 72 dépêches à destination des parquets. La mère de la plaignante de 11 ans à l’origine de la plainte d’août 2025 a annoncé, par l’intermédiaire de son avocat Me Pierre Debuisson, qu’elle déposerait une plainte pénale contre l’État et contre Gérald Darmanin, ainsi que contre les enquêteurs et magistrats qui « n’ont pas fait leur travail ».


