
L'Assemblée nationale française vote à l'unanimité l'abrogation du « Code Noir » de 1685, 178 ans après l'abolition
Dans un geste historique et symbolique, les députés français ont voté par 254 voix contre 0 pour abroger formellement le « Code Noir », édit du XVIIe siècle qui codifiait l'esclavage et classait les personnes asservies comme biens meubles, près de 180 ans après l'abolition de l'esclavage lui-même.
Un vote unanime pour clore une anomalie historique
L'Assemblée nationale française a voté à l'unanimité jeudi pour abroger formellement le « Code Noir », un édit royal signé par le roi Louis XIV en 1685 qui établissait un cadre juridique pour l'esclavage dans l'empire colonial français. Les 254 députés présents ont soutenu le texte, une rare démonstration d'unité transpartisane dans un parlement amèrement divisé. La législation, présentée par le député guadeloupéen Max Mathiasin, est désormais transmise au Sénat, où son adoption est considérée comme une formalité. Bien que la France ait définitivement aboli l'esclavage en 1848, le Code Noir lui-même n'avait jamais été formellement retiré des textes de loi, survivant comme une anomalie juridique pendant 178 ans.
Le Code Noir n'aurait jamais dû survivre à l'abolition de l'esclavage. Le silence, voire l'indifférence, que nous avons entretenus pendant près de deux siècles à l'égard de ce Code Noir n'est plus un oubli. Il est devenu une forme de faute.
Le texte juridique monstrueux
Les 60 articles du Code Noir régissaient la vie des personnes asservies dans les colonies françaises, d'abord dans les Caraïbes — Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti) — puis en Guyane française, en Louisiane et dans les îles de l'océan Indien comme La Réunion et Maurice. L'article 44 déclarait les personnes asservies « biens meubles », permettant aux maîtres de les acheter, vendre, hypothéquer ou léguer comme des terres ou des meubles. L'article 28 stipulait qu'elles ne pouvaient « rien avoir qui ne soit à leur maître ». Le code prescrivait des punitions brutales pour ceux qui résistaient : une première tentative d'évasion entraînait la coupure des oreilles et une marque au fer rouge sur l'épaule en forme de fleur de lys ; une seconde entraînait la section d'un tendon de la jambe ; une troisième était punie de mort.
Le texte juridique le plus monstrueux des temps modernes.
L'ampleur de l'esclavage colonial français
La France était la troisième puissance européenne négrière, après le Portugal et le Royaume-Uni, ayant transporté environ 1,4 million d'Africains à travers l'Atlantique enchaînés. La plupart étaient contraints de travailler dans les plantations de canne à sucre, alimentant les chaudières où le sirop était réduit sur des feux ouverts, aux côtés de la production de café, de coton et d'indigo. Le travail était si meurtrier que les décès surpassaient les naissances, les planteurs remplaçant simplement les morts par de nouveaux chargements d'Africains. En 1789, Saint-Domingue comptait à elle seule environ 500 000 personnes asservies — plus que toute autre colonie des Caraïbes — et était considérée comme la colonie la plus riche de la terre.
Débat émotionnel et réflexion personnelle
Le débat parlementaire était chargé d'émotion. Steevy Gustave, député écologiste de Martinique, a retenu ses larmes en s'adressant à l'hémicycle. « Aucun vote ne peut à lui seul réparer des siècles de vies brisées », a-t-il déclaré. « Nous ne sommes pas des descendants d'esclaves, nous sommes des descendants d'êtres humains nés libres, puis réduits au pire — réduits à l'esclavage. » Il a parlé de son arrière-grand-mère, Mama Bebelle, petite-fille d'un homme africain asservi sous le numéro 336. Max Mathiasin, le rapporteur du texte, originaire de Guadeloupe, a admis n'avoir jamais pu lire les textes originaux en entier, qualifiant le vote de « manière de restaurer nos ancêtres, de restaurer notre humanité » et d'être à la hauteur de la promesse républicaine de liberté, d'égalité et de fraternité.
En tant qu'arrière-arrière-petit-fils de personnes qui ont été asservies, je n'avais jamais pu le lire en entier. Cela a été fait par des êtres humains, contre des êtres humains.
Ce que l'abrogation signifie pour l'avenir
Si elle est adoptée par le Sénat, la loi exigera du gouvernement français qu'il rende compte au parlement des conséquences du droit colonial et des effets durables de l'esclavage sur le racisme et les discriminations dans la société française, ainsi que de la manière dont l'histoire de l'esclavage est enseignée à l'école. Le vote a également relancé le débat sur les réparations. Le président Macron a reconnu le sujet la semaine dernière, affirmant qu'il s'agit d'une question « qu'il ne faut pas refuser », tout en mettant en garde contre « ne pas faire de fausses promesses ». L'abrogation est considérée comme un acte puissant de mémoire, de justice et de reconnaissance, bien que les députés aient souligné qu'elle ne prétend pas effacer l'histoire ni guérir ses blessures à elle seule.
- Le roi Louis XIV signe le Code Noir à Versailles, établissant le cadre juridique de l'esclavage dans les colonies françaises.
- La série d'édits royaux connue sous le nom de Code Noir est étendue à d'autres territoires français.
- La France abolit définitivement l'esclavage, mais le Code Noir n'est jamais formellement retiré des textes de loi.
- La France reconnaît l'esclavage et la traite négrière comme crimes contre l'humanité, mais le Code Noir reste non abrogé.
- L'Assemblée nationale vote par 254 voix contre 0 pour abroger formellement le Code Noir ; le texte est transmis au Sénat.


