
La Commission vérité suédoise exige des excuses de l'État et des réparations pour la persécution des Samis
La Commission vérité suédoise a présenté un rapport de 1 100 pages documentant quatre siècles de persécution étatique du peuple autochtone sami, exigeant des excuses officielles, des réparations financières et une plus grande autonomie.
Les conclusions de la Commission vérité
Le 30 septembre 2026, la Commission vérité indépendante suédoise a remis son rapport final sur le traitement du peuple autochtone sami au gouvernement suédois, à l'Église de Suède et aux musées nationaux. Le document, intitulé « Terre, eau, réflexions : conséquences de la politique suédoise à l'égard des Samis », compte 1 100 pages et 71 recommandations formelles. Créée par le gouvernement en 2021, la commission a achevé cinq années d'enquête sur quatre siècles de colonisation soutenue par l'État, de racisme et de persécutions systémiques. Sa présidente, Lena Nyberg, a déclaré que les autorités devaient reconnaître formellement ces actes et mettre fin aux discriminations qui perdurent.
- Arrivée des premiers colons suédois dans le village sami de Mala, en Laponie
- Le gouvernement suédois crée la Commission vérité indépendante pour le peuple sami
- La Commission vérité remet son rapport final de 1 100 pages contenant 71 recommandations
Assimilation systémique et séparation des familles
La commission a recueilli 300 témoignages directs de Samis âgés ayant vécu des déplacements forcés, des spoliations foncières et des violences institutionnelles. Jusqu'à la fin du XXe siècle, les autorités de l'État ont placé de nombreux enfants samis dans des orphelinats et des maisons de travail sous prétexte d'intégration sociale. L'Église luthérienne de Suède a activement participé à ces politiques d'assimilation, considérant les Samis comme une race inférieure et cherchant à démanteler leurs pratiques traditionnelles. Nyberg a décrit la séparation des familles dans les médias suédois :
La manière dont ils ont été arrachés à leurs proches et le traitement qu'ils ont subi constituent un chapitre abominable de notre histoire.
Érosion culturelle et perte linguistique
Des siècles d'assimilation étatique ont visé la religion samie, les pratiques chamaniques et les langues autochtones de l'Arctique. La population samie dans son ensemble compte près de 100 000 personnes en Suède, en Norvège, en Finlande et dans la péninsule de Kola, en Russie, ce qui en fait le seul peuple autochtone juridiquement reconnu d'Europe. Les politiques d'assimilation ont fortement réduit l'usage des langues autochtones. Le same d'Ume, l'une des cinq langues sames distinctes, n'est ainsi plus parlé que par une vingtaine de personnes. L'éleveur de rennes Jörgen Stenberg a déclaré avoir du mal à parler couramment sa langue maternelle. Pour enrayer cette perte, la commission a demandé un enseignement des langues sames financé par l'État dès l'école maternelle.
Conflits fonciers et expansion industrielle
La dépossession des terres ancestrales reste une revendication centrale pour les communautés sames, dont les moyens de subsistance traditionnels reposent sur l'élevage de rennes, la pêche et la cueillette. La colonisation remonte aux premiers peuplements, comme l'arrivée de colons suédois en 1769 dans le village lapon de Mala. Tout au long des XIXe et XXe siècles, l'État a réaffecté pâturages, cours d'eau et habitats naturels à l'industrie commerciale, notamment à l'extraction de minerai de fer dans le nord. Les représentants samis indiquent que les mines, la sylviculture et le développement industriel empiètent encore aujourd'hui sur les territoires de pâturage traditionnels.
Réparations proposées et contexte régional
La commission a défini 71 mesures précises pour répondre aux torts historiques, à commencer par des excuses officielles de l'État suédois. Les propositions réclament aussi des réparations financières, une meilleure formation administrative des fonctionnaires et une autonomie territoriale renforcée pour les communautés sames. L'enquête suédoise s'inscrit dans une dynamique régionale comparable ; l'an dernier, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo a déclaré que la Finlande devait elle aussi présenter des excuses officielles complètes et dignes à sa population samie.

