
La CJUE juge illégales les réductions des prestations d'asile en Allemagne, affirmant une norme minimale de dignité dans l'UE
La Cour de justice de l'Union européenne a jugé jeudi que la pratique allemande consistant à réduire les prestations de base pour les demandeurs d'asile déboutés viole le droit de l'UE, une décision ayant des implications immédiates pour les cas de transfert Dublin dans tout le bloc.
L'arrêt
Le 4 juin 2026, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) à Luxembourg a jugé que les réductions des prestations d'asile par l'Allemagne pour les demandeurs déboutés violent le droit de l'UE. L'affaire a été portée par un Afghan, identifié comme FB, qui a demandé l'asile en Allemagne en 2021 après avoir d'abord demandé une protection en Roumanie. Les autorités allemandes ont jugé sa demande irrecevable en vertu du règlement Dublin III et ont ordonné son transfert en Roumanie. En attendant l'expulsion, le district bavarois de Schweinfurt lui a fourni de la nourriture, un logement chauffé, des articles d'hygiène et des soins de santé, mais a cessé les paiements en espèces et l'aide matérielle pour les vêtements et les biens ménagers.
La CJUE a estimé que cette réduction était incompatible avec la directive Accueil de l'UE, qui exige des États membres qu'ils garantissent un « niveau de vie adéquat » aux demandeurs d'asile. La Cour a déclaré que les vêtements font partie des « besoins les plus fondamentaux » et que les prestations en espèces pour les nécessités quotidiennes telles que les billets de transport et les appareils de communication sont essentielles pour garantir un « niveau minimum de participation à la vie sociale et culturelle » de l'État d'accueil.
La CJUE dit sans équivoque qu'il ne peut y avoir de retrait absolu des prestations ; il n'y a pas de base juridique pour cela.
La situation du plaignant
FB est entré en Allemagne et a déposé sa demande d'asile en septembre 2021. Après que l'Office fédéral des migrations et des réfugiés (Bamf) a déterminé que la Roumanie était responsable et a ordonné son expulsion d'ici avril 2022, les autorités locales ont restreint son soutien. Selon son avocat, il lui restait environ 150 euros par mois. Il a intenté une action contre le district, et l'affaire a finalement atteint le Tribunal social fédéral, qui l'a renvoyée à la CJUE pour une décision préjudicielle (affaire C‑621/24).
Implications plus larges pour la politique allemande
L'Allemagne a introduit les restrictions contestées en 2019 et les a renforcées en 2024. L'amendement de 2024 autorise une exclusion totale des prestations pour les cas Dublin lorsque le départ est « légalement et factuellement possible », n'offrant qu'un paiement de transition de deux semaines. Des experts juridiques, dont le professeur de droit d'asile de Fribourg, Constantin Hruschka, soutiennent que si les coupes partielles sont illégales, un retrait total est encore plus clairement en violation du droit de l'UE.
C'est une gifle pour le gouvernement fédéral. Pendant des années, l'Allemagne a refusé aux demandeurs d'asile les prestations auxquelles ils ont droit. Maintenant, c'est clair : c'est une violation du droit européen et un vrai scandale.
Pro Asyl a salué l'arrêt, le qualifiant de rejet des politiques générales qui réduisent le soutien aux demandeurs d'asile à « lit, pain et savon ».
Le nouveau pacte migratoire de l'UE
Une réforme du régime d'asile européen commun (RAEC) entre en vigueur le 12 juin 2026, remplaçant la directive Accueil actuelle. Les nouvelles règles autorisent explicitement des restrictions de prestations pour les demandeurs d'asile présents dans un État membre autre que celui responsable de leur demande. Cependant, les experts notent que le cadre réformé exige toujours un niveau minimum conforme au droit de l'UE. Hruschka a souligné que le raisonnement de la CJUE sur une existence minimale digne, y compris les vêtements et les produits ménagers, restera pertinent sous le nouveau régime.
Même dans le nouveau règlement, il est dit qu'un niveau minimum doit être garanti conformément au droit de l'Union.
Les personnes concernées peuvent également avoir droit à des arriérés de paiement pour les prestations retenues, bien que la quantification des montants exacts présente des difficultés pratiques.
Quelle est la prochaine étape
Les tribunaux allemands doivent maintenant appliquer les orientations de la CJUE au cas individuel de FB. L'arrêt fait également pression immédiatement sur les autorités allemandes pour qu'elles mettent fin aux restrictions et exclusions de prestations en cours. Le ministère fédéral du Travail et des Affaires sociales n'a pas encore publié de réponse détaillée, mais la décision devrait contraindre à un réexamen du renforcement législatif de 2024.
- FB demande l'asile en Allemagne après avoir d'abord demandé une protection en Roumanie.
- Le Bamf juge la demande irrecevable au titre de Dublin III et ordonne le transfert en Roumanie d'ici avril 2022.
- Le district de Schweinfurt réduit les prestations : nourriture, logement, hygiène et soins de santé restent ; les vêtements et les paiements en espèces cessent.
- FB intente une action contre le district ; l'affaire atteint finalement le Tribunal social fédéral.
- L'Allemagne renforce la loi pour permettre l'exclusion totale des prestations pour les cas Dublin lorsque le départ est légalement et factuellement possible.
- La CJUE juge que les coupes violent le droit de l'UE ; les tribunaux allemands doivent désormais appliquer les orientations au cas de FB.
- La nouvelle réforme du RAEC entre en vigueur, autorisant explicitement les restrictions de prestations mais exigeant un niveau minimum de droit de l'UE.


