
La Ciivise juge que 28 % seulement de ses mesures de protection de l'enfance sont pleinement effectives et appelle à « passer à la vitesse supérieure »
Deux ans et demi après avoir formulé 82 mesures, la Ciivise constate que 28 % seulement sont pleinement opérationnelles. Lundi, elle a appelé à « passer à la vitesse supérieure » pour protéger les 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année.
Contexte d'un « crime de masse »
La Ciivise a été créée après la publication en 2021 du livre de Camille Kouchner, La Familia Grande, qui a déclenché une prise de conscience nationale sur l'inceste. La commission indépendante a recueilli des témoignages pendant deux ans avant d'émettre 82 recommandations fin 2023. Elle qualifie les violences sexuelles contre les enfants de « crime de masse » : selon ses chiffres, 160 000 enfants en sont victimes chaque année, et un enfant est agressé sexuellement toutes les trois minutes. L'évaluation publiée lundi intervient dans un climat de pression publique accrue par l'affaire Lyhanna, où une fillette de 11 ans a été assassinée après des années de maltraitance.
Bilan de mise en œuvre
Sur les 82 recommandations, 62 (75 %) sont à un stade d'avancement, mais seules 28 % sont pleinement effectives, un taux que la commission juge « insatisfaisant ». Parmi les 17 mesures qu'elle avait identifiées comme prioritaires, seules trois sont pleinement opérationnelles. Les recommandations qui restent inappliquées incluent la création d'une infraction spécifique pour l'inceste, la garantie d'une immunité disciplinaire pour les professionnels signalant des abus, l'interdiction pour un agresseur de reconnaître un enfant né d'un viol, et l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. La commission note également que le cousin n'est toujours pas inclus dans la définition de l'agression sexuelle incestueuse.
- Camille Kouchner publie La Familia Grande, déclenchant un débat national sur l'inceste.
- La Ciivise remet son rapport final avec 82 recommandations au gouvernement.
- La Ciivise présente l'évaluation de la mise en œuvre aux ministres Gérald Darmanin et Stéphanie Rist.
Justice : le « retard majeur »
Le rapport identifie un « décalage persistant entre les besoins de protection de l'enfance et la réponse judiciaire ». Seules 27 des 41 recommandations liées à la justice sont en vigueur ; les autres sont toujours en discussion ou sans suite. La Ciivise pointe du doigt la poursuite des parents protecteurs pour non-représentation d'enfant après une séparation, et l'absence d'une infraction spécifique d'inceste dans le code pénal. La commission regrette également que les expertises psychologiques et pédiatriques obligatoires ne soient pas toujours réalisées par des praticiens formés et spécialisés.
Il existe un décalage persistant entre les besoins de protection de l'enfance et la réponse judiciaire.
Réaction et prochaines étapes
La Ciivise a remis son évaluation au ministre de la Justice Gérald Darmanin et à la ministre de la Santé et des Familles Stéphanie Rist place Vendôme lundi matin. Elle appelle le gouvernement à « passer à la vitesse supérieure » et à fournir des « moyens adaptés d'ici la fin du quinquennat ». La commission exhorte également à un plan de formation interministériel pour les agents de l'État afin de mieux identifier les violences intrafamiliales, notant que l'inceste est rarement couvert par les formations actuelles. Le rapport est publié alors qu'un groupe de députés prépare une proposition de loi sur le sujet.


