
Lagarde défend la hausse des taux de la BCE alors que la zone euro se prépare à l'inflation provoquée par le conflit iranien
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a défendu la première hausse des taux d'intérêt en près de trois ans lors du forum de Sintra, arguant que l'amélioration de la résilience de la zone euro face aux chocs justifiait cette décision, mais elle a mis en garde contre le fait que la durabilité d'un accord entre les États-Unis et l'Iran n'est pas garantie.
La décision du 11 juin
Lagarde a contesté la description de la hausse des taux comme une « mesure de précaution », insistant sur le fait qu'elle était solidement fondée sur les données. Elle a souligné que sans cette augmentation, l'inflation serait restée au-dessus de l'objectif de 2 % de la BCE en 2027 et 2028. « Notre hausse des taux était justifiée dans tous les scénarios envisagés », a-t-elle déclaré.
La hausse des taux d'intérêt était justifiée dans tous les scénarios envisagés. C'était une délibérément solide décision. Et rien d'observé depuis n'a remis en cause cette évaluation.
La banque centrale a relevé son taux directeur de 25 points de base à 2,25 % le 11 juin, sa première hausse depuis septembre 2023. Lagarde a présenté cette décision comme un retour aux fondamentaux, le taux directeur étant le principal instrument de stabilisation de l'inflation, sans recours aux outils non conventionnels.
Le nouvel amortisseur de chocs de l'Europe
Une économie de la zone euro plus résiliente donne désormais à la BCE une marge de manœuvre pour calibrer ses mouvements de taux sans déclencher de tensions financières, a soutenu Lagarde. Le bloc a renforcé son architecture institutionnelle avec une supervision conjointe et d'autres instruments, et l'économie a mieux absorbé les chocs d'offre que lors des crises passées.
Bien que nous soyons plus susceptibles de faire face à des chocs qui éloignent l'inflation de l'objectif, la résilience que l'Europe a construite signifie que leurs effets sur notre économie sont plus limités.
Cette résilience a permis à la BCE de devenir la première grande banque centrale à augmenter ses taux après le début de la guerre en Iran, a noté Lagarde. Elle a souligné que la politique monétaire peut désormais répondre par des « ajustements modérés » plutôt que par le resserrement agressif observé lors de la poussée d'inflation de 2022-2023.
Conflit iranien et volatilité pétrolière
Le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient a bouleversé la désinflation durement acquise de la zone euro. L'inflation a atteint 3,2 % en mai, bien au-dessus de l'objectif, et les prix du pétrole ont fortement fluctué, dépassant les 120 dollars le baril avant de revenir à environ 70 dollars. Lagarde a prévenu qu'une résolution diplomatique est loin d'être assurée.
La durabilité de cet accord n'est pas garantie.
Elle a également souligné la nature imprévisible des réactions géopolitiques, observant que l'impact négatif des tarifs douaniers avait été en partie compensé par une augmentation des dépenses de défense, un choc de demande positif imprévu. La BCE, a-t-elle dit, doit rester prête à agir si les pressions inflationnistes se ravivent.
Prévisions et politique fondée sur les données
Lagarde a attribué la confiance de la BCE pour agir dans un environnement incertain à ses investissements dans les données et les modèles de projection. Les erreurs de prévision étaient très faibles depuis le début du conflit iranien, a-t-elle déclaré, grâce aux améliorations apportées à la modélisation des prix du pétrole, du gaz et de l'électricité après la flambée de l'inflation en 2022.
Nous pouvons continuellement recouper nos prévisions avec les données entrantes pour vérifier si elles restent valides, afin de ne pas nous retrouver à compter sur des projections obsolètes.
Les marchés financiers intègrent les décisions de politique monétaire bien avant les décisions officielles, a-t-elle ajouté, ce qui donne à la BCE le temps d'examiner les données et d'agir seulement après une évaluation minutieuse. Ce mécanisme de transmission est particulièrement précieux en période d'incertitude élevée.
La voie à suivre
Les marchés et les analystes s'attendent désormais à deux ou trois hausses de taux supplémentaires cette année, ce qui porterait le taux de dépôt de 2,25 % à environ 2,75 %. Lagarde ne s'est pas engagée sur un calendrier, soulignant que les décisions seront prises réunion par réunion. La membre du directoire de la BCE, Isabel Schnabel, a récemment déclaré à Die Zeit que de nouvelles hausses de taux sont nécessaires pour ramener l'inflation à l'objectif.
Les perspectives générales restent assombries. La BCE prévoit une croissance du PIB de la zone euro de 0,8 % cette année, 1,2 % en 2027 et 1,5 % en 2028. Mais la persistance d'une forte incertitude signifie que la « zone intermédiaire » de Lagarde, entre les chocs que la BCE peut ignorer et ceux qu'elle doit combattre, pourrait devenir une caractéristique permanente de la politique monétaire.

