
Les gangs haïtiens tuent 47 personnes et kidnappent plus de 50 autres à Kenscoff
Des hommes armés à moto ont pris d'assaut le district montagneux de Kenscoff près de Port-au-Prince, exécutant 22 personnes dans un abri d'église et menaçant de tuer des dizaines d'otages.
L'assaut sur Kenscoff
Des gangs armés ont lancé une attaque sur la communauté montagneuse de Kenscoff près de Port-au-Prince dimanche soir, faisant au moins 47 morts et plus de 50 kidnappés selon les Nations Unies. Des hommes armés à moto sont entrés dans la ville vers 21h30, poussant vers le centre-ville près du poste de police local. Les assaillants ont perquisitionné un complexe religieux servant d'abri temporaire pour les déplacés, exécutant 22 personnes qui y avaient cherché refuge. Le porte-parole des Nations Unies Stéphane Dujarric et le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti ont confirmé qu'au moins cinq enfants figurent parmi les morts. Le maire de Kenscoff, Jean Massillon, a rapporté que 25 maisons ont été incendiées, une école endommagée, et qu'au moins 15 personnes restent portées disparues en plus de 10 blessés par balles. Deux employés municipaux, dont un cousin du maire, figurent parmi les tués lors de l'assaut nocturne.
Témoignages des résidents et dévastation locale
Les résidents survivants ont raconté avoir fui sous les tirs alors que les hommes armés pénétraient dans les maisons privées de toute la ville. Un résident sexagénaire a décrit avoir escaladé un mur d'enceinte avec sa famille après avoir confondu les premiers tirs avec des opérations de police, puis s'être caché sous des tôles ondulées. Un autre résident a rapporté que les assaillants ont enlevé son frère, sa belle-mère, son beau-père et deux cousins, tandis que sa nièce de 16 ans a échappé après avoir été kidnappée et agressée. Dans une autre maison, des hommes armés ont forcé l'entrée et exécuté un prestataire local lorsqu'il a refusé de les suivre.
Il m'a laissée avec cinq enfants, même si c'était lui qui subvenait à nos besoins.
Menaces sur les otages et dilemme sécuritaire
Après le raid, un commandant de faction armée se faisant appeler Izo 2 a publié une vidéo menaçant la vie de plus de 50 otages kidnappés. Le commandant, également connu sous le nom de Didi, dirige une cellule armée coordonnée avec Johnson André, l'un des principaux chefs de gangs haïtiens connu sous le nom d'Izo. La vidéo s'adressait directement à Vladimir Paraison, le directeur de la Police nationale d'Haïti, lui ordonnant de cesser la surveillance par drones et d'éviter de cibler les combattants des gangs dans les collines.
Paraison, si un de nos soldats est blessé, je les tuerai tous.
Romain Le Cour, chef de l'Observatoire d'Haïti à l'Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, a noté que la menace sur les otages place les autorités dans une impasse tactique. Il a expliqué que toute intervention policière active qui entraînerait la mort d'otages sera imputée à l'État, tandis que l'inaction sera perçue comme un échec à protéger les citoyens.
Géographie stratégique et calendrier électoral
Kenscoff est situé à environ 10 kilomètres au sud de Port-au-Prince à une altitude de 2 000 mètres, historiquement connu comme une retraite montagneuse plus fraîche pour les résidents des classes moyenne et aisée. La zone contrôle des routes de montagne cruciales et borde Pétion-Ville, une banlieue aisée abritant des institutions gouvernementales, des banques commerciales et des missions diplomatiques étrangères. Les gangs ont d'abord lancé une offensive armée contre Kenscoff en janvier 2025, suivie d'affrontements sporadiques dans les collines environnantes avant la poussée directe de dimanche dans le centre. Lors de l'incursion, les assaillants armés ont également ciblé la résidence privée du Dr Jean William Pape, le directeur de la clinique de santé Gheskio à Port-au-Prince.
- Première offensive armée des gangs visant la communauté montagneuse de Kenscoff
- Des combattants entrent à moto, attaquant le centre-ville de Kenscoff et un abri d'église
- Les responsables locaux signalent 25 maisons incendiées et comptent les victimes dans la ville
- Les Nations Unies confirment 47 morts et le chef de gang publie une vidéo d'otages
L'escalade survient alors qu'Haïti se prépare pour des élections générales nationales prévues le 13 décembre, ce qui marquerait le premier vote national du pays depuis plus d'une décennie. Le bureau du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé que des renforts de l'État seraient déployés pour rétablir le contrôle à Kenscoff. Le secrétaire général des Nations Unies António Guterres a condamné les meurtres et exhorté les autorités haïtiennes à poursuivre les responsables par l'intermédiaire d'unités judiciaires spécialisées établies avec un soutien international. Le Cour a observé que le fait d'obliger la police et la force de répression des gangs soutenue par l'ONU à redéployer du personnel rare à Kenscoff dilue la couverture sécuritaire sur le reste de la capitale.

