
Un tribunal chinois condamne l'artiste dissident Gao Zhen à trois ans de prison pour des sculptures de Mao
Un tribunal de la province du Hebei a condamné l'artiste Gao Zhen à trois ans de prison pour diffamation de héros et martyrs nationaux, sanctionnant des sculptures de Mao Zedong créées entre 2005 et 2009.
Verdict et accusations rétroactives
Le 25 août 2026, le tribunal populaire de la ville de Sanhe, dans la province du Hebei, a condamné l'artiste chinois Gao Zhen à trois ans de prison pour diffamation de héros et martyrs nationaux. L'artiste de 70 ans, qui réside aux États-Unis depuis 2022, a reçu la peine maximale prévue par la loi. La condamnation découle de sculptures satiriques de l'ancien dirigeant Mao Zedong que Gao a créées avec son frère Gao Qiang entre 2005 et 2009. Les autorités chinoises ont appliqué rétroactivement la loi sur la protection des héros et martyrs, entrée en vigueur en 2018 et modifiée en 2021, pour sanctionner des œuvres produites plus d'une décennie avant l'existence de cette législation. Comme Gao est détenu depuis août 2024, le temps passé en détention provisoire est déduit de la peine de trois ans, ce qui place sa libération prévue au 25 août 2027.
Art satirique et histoire familiale
Travaillant en duo sous le nom des Frères Gao, Gao Zhen et son frère Gao Qiang, âgé de 64 ans, se sont fait connaître au début des années 2000 pour leurs œuvres d'art confrontant les tabous politiques chinois. Leurs pièces examinaient la Révolution culturelle de 1966-1976 et la répression des manifestations pro-démocratie de 1989 à Pékin. Parmi leurs sculptures marquantes citées dans l'affaire figurent La Culpabilité de Mao, une œuvre en bronze représentant Mao agenouillé en pénitence, et Miss Mao, qui dépeint l'ancien dirigeant avec des seins et un nez de Pinocchio. Une autre œuvre, L'Exécution du Christ, présente des figures en bronze de Mao pointant des fusils vers Jésus. La critique était directement liée à leur histoire personnelle : pendant la Révolution culturelle, leur père a été emprisonné comme ennemi de classe par les Gardes rouges et est mort en détention, une mort que la famille a toujours refusé d'accepter comme un suicide.
- La Chine adopte la loi sur la protection des héros et martyrs
- Loi modifiée avec des sanctions pénales pour diffamation de martyrs
- Gao Zhen émigre de Chine vers les États-Unis
- La police arrête Gao dans son studio d'art à Pékin lors d'une visite familiale
- Les procureurs chinois inculpent formellement Gao
- Le tribunal populaire de la ville de Sanhe tient un procès à huis clos d'une journée
- Le tribunal condamne Gao à la peine maximale de trois ans de prison
- Achèvement prévu de la peine de trois ans de prison de Gao
Procès à huis clos et interdictions de sortie du territoire
La police chinoise a arrêté Gao en août 2024 lorsque trente agents ont pénétré dans son studio de Pékin lors d'une visite familiale. Les procureurs l'ont officiellement inculpé en juin 2025, ce qui a conduit à un procès à huis clos d'une journée en mars 2026, où sa famille et les diplomates occidentaux se sont vu interdire l'accès à la salle d'audience. Après son arrestation initiale, les autorités chinoises ont imposé des interdictions de sortie du territoire à l'épouse de Gao, Zhao Yaliang, et à leur fils de sept ans, citoyen américain, les empêchant de quitter la Chine. Zhao a appris la décision finale du tribunal directement par l'avocat de la défense de Gao.
Depuis que j'ai appris le verdict, je n'arrive pas à m'en remettre... C'est dévastateur.
Condamnation internationale et appel prévu
Des avocats, des organisations de défense des droits de l'homme et des responsables des Nations Unies ont condamné les poursuites rétroactives. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a exhorté les autorités chinoises à libérer Gao immédiatement et sans condition. Amnesty International et Chinese Human Rights Defenders ont critiqué la peine comme une tentative de réprimer l'expression artistique et historique indépendante, tandis que la famille de Gao a confirmé son intention de déposer un appel formel contre la condamnation.
Aucun artiste ne devrait faire l'objet de sanctions pénales pour avoir créé une œuvre qui remet en question les récits officiels ou encourage une réflexion critique sur l'histoire.
En appliquant une loi rétroactivement et en organisant un procès à huis clos qui a exclu même sa propre famille, les autorités chinoises ont montré exactement à quel point elles sont peu disposées à accorder une procédure régulière.


