
Mette Frederiksen obtient un troisième mandat de Première ministre danoise après un record de 69 jours de négociations de coalition
La social-démocrate Mette Frederiksen dirigera un gouvernement minoritaire de quatre partis après deux mois de négociations dans l'impasse, devenues les plus longues négociations de coalition de l'histoire danoise.
L'accord
Après 69 jours de négociations post-électorales (les plus longues de l'histoire du Danemark), la Première ministre sortante Mette Frederiksen a annoncé lundi soir qu'elle avait obtenu une coalition de centre-gauche. Le gouvernement de quatre partis rassemble ses sociaux-démocrates, le Parti populaire socialiste (Gauche verte), le Parti social-libéral (Radikale Venstre) et les Modérés centristes du ministre sortant des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen. La Maison royale danoise a confirmé l'accord dans un communiqué, et Frederiksen a informé le roi Frederik X du résultat lors d'une réunion à bord du yacht royal Dannebrog, amarré à Odense.
J'ai été en contact avec Sa Majesté le Roi et j'ai annoncé qu'après de longues négociations, un gouvernement peut être formé.
L'arithmétique parlementaire
La coalition contrôle 82 des 179 sièges du Folketing monocaméral, soit trois sièges de moins que le seuil de majorité de 90 sièges. Elle devra donc compter sur le soutien de deux petits partis d'extrême gauche, l'Alliance rouge-verte et l'Alternative, pour faire adopter des lois. Des critiques, comme le note la Neue Zürcher Zeitung, qualifient cet arrangement de prise d'otage politique. Les sociaux-démocrates de Frederiksen ont obtenu 38 sièges aux élections de mars, contre 50 en 2022, soit le pire résultat du parti depuis sa création, mais toujours le plus grand bloc au parlement.
- Sociaux-démocrates
- 38 sièges
- Parti populaire socialiste
- 15 sièges
- Parti social-libéral
- 7 sièges
- Modérés
- 22 sièges
- Autres partis
- 97 sièges
Trois tours de négociations, deux tentatives avortées
La voie vers un gouvernement a nécessité trois rounds de négociations. Le bloc de centre-gauche de Frederiksen et le bloc de droite n'ont chacun pas réussi à obtenir une majorité après le vote de mars, qui a vu 12 partis entrer au parlement. Une première tentative de Frederiksen pour former un gouvernement a échoué, tout comme un effort parallèle de l'ancien ministre de la Défense Troels Lund Poulsen pour assembler une coalition de centre-droit. À un moment donné, Frederiksen a été temporairement remplacée dans les négociations. L'impasse de 69 jours a éclipsé toute formation gouvernementale danoise antérieure.
- Frederiksen convoque des élections anticipées, espérant que la crise groenlandaise renforce son parti.
- Élection parlementaire tenue ; les sociaux-démocrates obtiennent 38 sièges, leur pire résultat depuis la fondation du parti.
- Premier cycle de négociations de coalition commence ; ni le bloc de gauche ni celui de droite n'obtient la majorité.
- La tentative de Frederiksen de former un gouvernement s'effondre ; la tentative de centre-droit de Troels Lund Poulsen échoue également.
- Frederiksen temporairement remplacée dans les négociations ; un troisième cycle de pourparlers commence.
- Après 69 jours, Frederiksen annonce un accord de coalition à quatre partis à bord du yacht royal Dannebrog à Odense.
- Programme gouvernemental présenté au public.
- Noms des nouveaux ministres à annoncer au roi Frederik X.
Priorités politiques
Le programme du nouveau gouvernement a été présenté mardi, les noms des ministres devant être annoncés au roi mercredi. Les premiers signaux indiquent un accent mis sur le soutien au pouvoir d'achat des ménages après que l'inflation a érodé la popularité de Frederiksen au cours de son deuxième mandat. La coalition hérite également de sa position ferme en matière de migration : Frederiksen a proposé un "frein d'urgence" sur l'asile et des contrôles plus stricts sur les criminels non-résidents, invoquant une possible augmentation liée à la guerre en Iran. En politique étrangère, le Danemark reste l'un des plus grands donateurs par habitant de l'Ukraine et un allié vocal de l'OTAN.
Le facteur Groenland
Frederiksen a convoqué des élections anticipées en février, apparemment en pariant que sa position conflictuelle envers le président américain Donald Trump au sujet du Groenland renforcerait son parti. La crise provoquée par les visées de Trump sur ce territoire semi-autonome a effectivement temporairement augmenté sa cote personnelle. Mais aux urnes, les électeurs se sont concentrés sur les préoccupations intérieures, les impôts, les écoles et l'élevage porcin, plutôt que sur les affaires étrangères. Le pari n'a pas payé, mais l'absence d'alternative viable, tant au sein de son parti qu'à droite, l'a maintenue au pouvoir.
Je pense que tout le monde sera surpris de voir à quel point nous sommes déterminés.
Ce qui change
Frederiksen, 48 ans, dirige le Danemark depuis mi-2019 et devient désormais la Première ministre danoise en exercice la plus ancienne depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais son troisième mandat commence avec un mandat plus étroit. La structure à quatre partis (la première du genre au Danemark en 30 ans) l'oblige à négocier avec des partis allant des Modérés de centre-droit aux Libéraux sociaux de gauche. La survie de la coalition dépend de la capacité à garder à la fois les partis de soutien d'extrême gauche et les Modérés économiquement libéraux dans la même alliance.


